Les affections dentaires

octobre 26th, 2015 | Redigé par admin in Les affections dentaires - (0 Comments)
© kozorog

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Les affections dentaires peuvent être congénitales, comme lors de malocclusion ou de dent déciduale persistante, ou bien acquises, comme lors de gingivite, de maladie parodontale, de lésions de résorption,d’abcès de la racine dentaire, de fracture dentaire, d’attrition dentaire ou de tartre. Les affections dentaires acquises sont plus fréquentes chez les animaux âgés; les petites races (< 5 kg) et les brachycéphales sont généralement touchés plus précocement et de façon plus sévère que les autres races. Les troubles dentaires sont courants chez les chats et les chiens. Le tartre, qui correspond à une minéralisation de la plaque dentaire, touche 20-25 % de la population canine et féline présentée chez les vétérinaires, et 15-20 % d’entre eux souffrent d’une gingivite plus ou moins sévère (inflammation de la gencive). La maladie parodontale (l’évolution d’une gingivite) est la maladie infectieuse la plus courante chez les chiens et les chats. Elle touche les tissus de soutien des dents, provoquant une augmentation de leur mobilité. Lorsqu’elle n’est pas traitée, elle se propage dans tout le corps grâce à la circulation sanguine, lymphatique ou en étant avalée, provoquant des dommages sub-cliniques aux organes ou une maladie systémique.

Les traumatismes dentaires et les caries peuvent être à l’origine de blessures, et donc d’infection, de la cavité pulpaire. Il va alors y avoir une inflammation de la pulpe puis une nécrose. Des granulomes ou des abcès de la racine dentaire peuvent se former si des toxines et des bactéries s’échappent au niveau de l’apex de la racine. Ce phénomène peut se produire rapidement en quelques jours, ou lentement sur plusieurs mois.

L’abrasion dentaire (usure anormale des dents) est généralement due au mâchonnement de pierres ou de balles. L’attrition est provoquée par un frottement anormal entre les dents. Les fractures dentaires sont généralement dues au mâchonnement d’objets trop durs tels que des pierres ou des os. Il est généralement admis que tout objet dont la surface ne peut être attaquée avec un ongle est trop dur.

La résorption dentaire n’est fréquente que chez les chats, et peut toucher jusqu’à 75% de la population à un moment de leur vie. Il existe un système de classification complexe pour ces lésions selon leur sévérité et leur localisation. La sévérité est notée sur une échelle débutant au stade 1 (perte modérée d’émail), puis progressant jusqu’au stade 4 (perte osseuse majeure associée à une perte de l’intégrité de la quasi-totalité de la dent, et enfin au stade 5 (débris d’os totalement recouverts par la gencive et uniquement visibles sur les radiographies comme des formes radio-opaques irrégulières). Sur les radiographies, on classe les lésions en types 1, 2 et 3 (voir plus loin).

Signes cliniques

Malgré la prévalence élevée des affections dentaires, les chiens et les chats n’expriment souvent que très peu de signes de douleur orale, et les propriétaires amènent rarement leur compagnon pour ce motif. Les animaux souffrant d’une maladie dentaire peuvent être asymptomatiques, mais ils peuvent aussi exprimer différents signes tels qu’une perte d’appétit, une anorexie, une perte de poids, une léthargie, une halitose, une dysphagie, une hypersalivation, un claquement des mâchoires, une difficulté à ouvrir ou fermer la bouche ou un œdème au niveau de la face. Les abcès de la racine dentaire affectant les prémolaires ou les molaires supérieures peuvent être à l’origine d’un œdème maxillaire et d’un trajet fistuleux infra-orbitaire. Les abcès se situent souvent au niveau de la carnassière. Les abcès de la racine dentaire peuvent être à l’origine d’un écoulement nasal unilatéral ou d’une fistule se déversant en haut de la muqueuse buccale au-dessus de la dent.

Techniques diagnostiques spécifiques

Il est important que le clinicien examine soigneusement la cavité buccale aussi bien lors d’un examen clinique complet (afin de vérifier qu’il n’y a aucun problème que le propriétaire n’aurait pas remarqué) que lorsqu’il suspecte une atteinte de la cavité buccale. Tout d’abord, il convient d’inspecter visuellement la tête de l’animal et de la palper pour vérifier qu’il n’y aucune douleur, sensibilité, chaleur ou gonflement, ainsi que de palper les nœuds lymphatiques mandibulaires. On examinera ensuite les babines et on les soulèvera pour examiner leur face interne, la muqueuse buccale, la surface rostrale des incisives et la surface buccale des canines, des prémolaires et des molaires. Il faut ensuite ouvrir la gueule afin d’examiner le plancher de la cavité buccale, la langue, la partie interne des dents, la gencive, le palais, l’oropharynx et les amygdales. Il faut rechercher une modification de la couleur, une inflammation, une ulcération, une hyperplasie, des saignements, un gonflement anormal,une tumeur ou un corps étranger.

Au cours de l’examen des dents, le clinicien doit rechercher la présence et déterminer la sévérité de la couche de tartre, d’une gingivite, d’une maladie parodontale, d’une malocclusion, ou chez les chats de lésions de résorption dentaire. Les anomalies qu’il est possible de détecter incluent un retard de l’éruption des dents définitives, une persistance des dents déciduales, une attrition dentaire, des anomalies de l’émail, une exposition de la racine ou une furcation, des caries, l’absence d’une dent ou une dent fracturée.

Un examen plus poussé de la cavité buccale (réalisé sous sédation ou anesthésie générale) peut s’avérer nécessaire lorsqu’un problème a été détecté, si l’animal refuse ou est incapable d’ouvrir la gueule. Il sera ainsi possible d’inspecter plus précisément le parodonte, la dentition, la profondeur du sulcus et de détecter des poches parodontales infectées. Pour diagnostiquer correctement une maladie parodontale, il faut sonder l’espace sous-gingival afin de déterminer la profondeur du sulcus. La profondeur maximale du sulcus est de 3 mm pour les chiens, et 1mm pour les chats. L’examen minutieux des dents peut aussi révéler des zones où il est possible qu’il y ait des caries ou que la pulpe soit exposée (on verra parfois des points noirs sur le bord incisif ou une fissure).

Les radiographies dentaires sont de précieux outils pour établir le diagnostic, le pronostic et le traitement de beaucoup d’affections dentaires telles qu’une maladie parodontale, une affection endodontique ou une résorption dentaire. Il convient de réaliser une radiographie afin d’évaluer de façon optimale la sévérité de l’atteinte des dents entourées d’un sulcus ou de poches d’une profondeur supérieure à 4 mm. Il est indispensable de faire une radiographie pour différencier une lésion de résorption dentaire de type 1, 2 ou 3 chez les chats :

  • Type 1 : zones radiotransparentes focales ou multifocales au sein de la dent, le reste de sa structure est d’opacité normale et l’espace ligamentaire parodontal est normal

  • Type 2 : l’espace ligamentaire parodontal peut être diminué ou absent au moins dans certaines zones, et la radiotransparence de la dent est diminuée dans certaines parties

  • Type 3 : des éléments du type 1et du type 2 sont présents au sein d’une même dent.

Chez certains animaux souffrant d’une affection dentaire, il est conseillé d’effectuer des analyses sanguines de routine afin de vérifier qu’il n’y a pas une maladie systémique sous-jacente et à cause du risque anesthésique souvent plus élevé chez les animaux souffrant d’une affection dentaire (ex : seniors, races pesant moins de 5 kg, animaux atteints d’une maladie parodontale chronique et animaux débilités de façon générale). Il est généralement inutile d’effectuer une culture bactérienne pour explorer une affection dentaire car la flore commensale buccale est très nombreuse et variée aussi bien de façon physiologique que pathologique. La seule exception à cette règle est le syndrome gingivite/stomatite chronique félin. Cette affection est complexe et son origine multifactorielle ; pourtant, une culture bactérienne met souvent en évidence la présence exclusive de Pasteurella multocida. Bien que cette donnée soit utile pour traiter le patient, il est probable qu’il existe d’autres facteurs étiologiques tels que le calicivirus félin,la génétique et l’environnement. Lorsque l’on détecte la présence d’une masse dans la cavité buccale, il est nécessaire d’effectuer une biopsie pour connaître sa nature et établir un diagnostic.

Traitement

Tartre, gingivite et maladie parodontale

Le moment optimal pour intervenir se situe lorsqu’il y a une gingivite mais avant que la maladie parodontale 1 et la perte des moyens de fixité n’aient débuté. A ce stade, l’inflammation gingivale est réversible si l’on détartre et on polit les dents, et si le propriétaire effectue des soins quotidiens chez lui. Une fois la maladie parodontale installée, les attaches de la dent à l’os sous-jacent vont irrémédiablement disparaître, ce qui aboutira à la chute de la dent.

Lorsqu’une maladie parodontale est diagnostiquée, il est impératif de la traiter. Les dents devront être détartrées et polies, et si possible radiographiées pour déterminer quel est le traitement optimal et le pronostic. Il est préférable de retirer les dents mobiles ou ayant perdu plus de 50 % de leurs moyens de fixité. Il est possible de sauver les dents ayant perdu plus de 50 % de leurs attaches, mais il faudra utiliser des techniques spécialisées, il est donc préférable de référer l’animal. Selon la sévérité de la maladie parodontale, il est possible de prescrire un traitement antibiotique systémique. Dans les cas avancés, on recommande de démarrer le traitement 5 jours avant l’opération ; pour les cas moins sévères, il est possible de limiter le traitement à la période postopératoire. Les antibiotiques qui sont considérés comme étant les plus efficaces sont la doxycycline, le métronidazole et la clindamycine.

La prévention à long terme repose sur un brossage quotidien avec un dentifrice vétérinaire. Cette prévention nécessite que le propriétaire soit motivé et impliqué, et que son animal soit coopératif. Il est important que les vétérinaires de la clinique encouragent et apprennent aux propriétaires comment brosser les dents de leur compagnon. Il ne faut jamais utiliser de dentifrice humain chez les animaux car ils contiennent des détergents, des agents moussants et du fluor qui sont toxiques à long terme lorsqu’ils sont avalés (les chats et les chiens ne pouvant pas le recracher puis se rincer la bouche). Beaucoup de solutions, lamelles et autres produits vendus comme protecteurs de la plaque dentaire sur le marché, n’ont que très peu voire aucune justification scientifique derrière leurs slogans. Il convient de recommander ou vendre ces produits après s’être bien renseigné.

Abcès de la racine dentaire

On les traitera en identifiant tout d’abord la dent affectée grâce à un cliché radiographique. L’extraction chirurgicale de cette dernière sera curative, il est 1 possible d’associer un traitement du canal radiculaire chez les chats et les chiens, en particulier lorsqu’il s’agit d’une canine ou d’une carnassière.

Dent usée ou fracturée

Si la cavité pulpaire n’est pas exposée, il faut essayer de la protéger pour éviter les traumatismes répétés, et , il faut également surveiller son état deux fois par an. Si la cavité pulpaire est exposée, la pulpe va devenir inflammée et se nécroser. Il convient alors soit d’extraire la dent, soit de traiter le canal radiculaire en retirant et en remplaçant la pulpe inflammée ou nécrosée. Il ne faut en aucun cas « attendre de voir » comment évolue l’état d’une dent fracturée avec exposition de la pulpe.

Résorption dentaire chez les chats

Il est nécessaire d’avoir des clichés radiographiques de qualité au niveau des lésions si l’on veut correctement traiter cette affection ; cependant, il faudra de toute façon retirer toutes les dents atteintes.

Lors de lésion de type 1, il y a encore des tissus présents dans la dent pouvant engendrer une inflammation puis une nécrose. Il faut les retirer de façon conventionnelle, afin de s’assurer que toutes les racines ont bien été extraites. Cette extraction est souvent difficile à cause de la perte d’intégrité de la structure dentaire, et il faudra parfois faire une fenêtre dans la gencive en découpant un lambeau pour pouvoir retirer toutes les parties de la dent. Lors de lésion de type 2, on ne voit plus de ligament parodontal ou de pulpe et tout le matériel présent commence à fusionner avec l’os. Il n’est alors pas conseillé d’effectuer une extraction conventionnelle car la dent s’ankylose (fusion entre la racine dentaire et l’os alvéolaire) sans être à l’origine d’une douleur particulière pour l’animal. Pour traiter ces lésions, il est possible de retirer la couronne après avoir soulevé un lambeau de la gencive, tout en conservant les racines. Les dents atteintes de lésions de type 3 devront être traitées avec une combinaison des techniques utilisées pour les lésions de type 1et 2, en réalisant par exemple l’extraction conventionnelle d’une racine et la conservation d’une autre.

Dent déciduale persistante

Il convient de retirer les dents déciduales si elles engendrent des traumatismes sur les tissus mous, ou si elles restent en place après l’éruption de la dent définitive. Ces dents sont fragiles et possèdent des racines qui sont profondes, il faut donc être très vigilant lors de leur extraction. Il est généralement nécessaire de découper une fenêtre dans la muqueuse gingivale pour avoir un bon accès aux racines et éviter de léser la dent définitive sous-jacente.

Occlusion anormale/malocclusion

La malocclusion douloureuse la plus fréquente est la brachygnathie mandibulaire (mandibule trop courte/ maxille normale). Bien souvent, on observera une occlusion de la canine inférieure dans le palais dur,ce qui est douloureux pour l’animal. Il faut mettre en place un traitement dès que possible. Pour les dents déciduales, il faut extraire la ou les canine(s) inférieure(s). Pour les dents définitives, il existe plusieurs options, telles qu’une extraction, un retrait de la couronne associé à un coiffage pulpaire, ou la mise en place d’un traitement orthodontique correctif.

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

Lorsqu’on effectue un détartrage, le propriétaire pourra constater tout de suite l’amélioration.Si on extrait une dent ou si l’on traite une maladie parodontale, l’état de l’animal s’améliorera nettement en quelques jours. En revanche, lorsqu’une dent en mauvais état n’a pas été soignée, ou lorsque la racine n’a pas été entièrement extraite, l’animal pourra continuer à montrer des signes de douleur. La cartographie de la dentition et les radiographies dentaires aident à localiser les zones lésées.