© Quasarphoto - Fotolia.com

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Depuis que les chats et les chiens voyagent sur des distances de plus en plus grandes et vers des régions au climat très différent, on voit apparaître et s’étendre des maladies infectieuses exotiques dans des régions où elles étaient auparavant absentes. La rage représente la zoonose qu’il faut prendre le plus au sérieux lorsque l’on voyage avec des animaux, bien que le risque reste faible si le protocole de vaccination a été correctement suivi selon les instructions du fabricant et si l’on évite d’exposer son animal à la faune sauvage.

Les maladies exotiques les plus fréquemment diagnostiquées chez les animaux domestiques qui voyagent sont les maladies vectorielles chez les chiens. Les chats sont moins facilement transportés lors de longues distances, et semblent être moins sensibles aux principales maladies vectorielles. Les chiens qui se rendent dans un pays méditerranéen, dans l’Europe centrale, de l’est ou du nord sont responsables de l’augmentation des cas de maladies considérées auparavant comme exotiques, et ces nouveaux agents pathogènes sont en train de s’installer de façon durable dans les populations de vecteurs et/ou de chiens en France.

Lorsque la maladie se déclare quelques jours/ semaines après le retour de voyage, il est facile de l’associer à l’exposition à un agent pathogène inhabituel, mais les symptômes des animaux subcliniques peuvent ne se développer que plusieurs mois/années après l’exposition à l’occasion d’une baisse de l’immunité (ex : à la suite d’une opération chirurgicale, de l’administration de médicaments immunosuppresseurs, d’une maladie systémique ou d’un processus tumoral).

Principaux diagnostics différentiels

  • Babésiose (ou piroplasmose) : c’est une maladie transmise par la morsure des tiques. Elle est due à un parasite protozoaire qui se multiplie dans les globules rouges. Chez les chiens, la maladie est présente dans le monde entier aussi bien dans les pays à climat tempéré que tropical. Les espèces les plus souvent incriminées chez les chiens sont Babesia canis et Babesia gibsoni ; cependant, beaucoup de nouvelles espèces ont été identifiées au cours des 10 dernières années. La babésiose féline (B.felis) touche principalement les chats ayant voyagé dans les pays d’Afrique du sud. Les principales espèces de Babesia présentes chez les chiens et les chats ne représentent presque aucun danger zoonotique.

  • Ehrlichiose et anaplasmose : c’est une maladie transmise par la morsure des tiques. Elle est due à une bactérie qui se multiplie dans les leucocytes ou les plaquettes (selon l’espèce du parasite). Les formes les plus courantes de la maladie sont l’ehrlichiose monocytaire, causée par Ehrlichia canis, et la thrombocytopénie cyclique, causée par Anaplasma platys. Ces deux maladies ont la même distribution géographique dans les régions tempérées et tropicales du monde car l’espèce de la tique vecteur est la même. L’ehrlichiose est rare chez les chats. Les principales espèces parasitaires qui provoquent l’ehrlichiose ne représentent presque aucun danger zoonotique, mais certaines espèces plus rares identifiées en Amérique sont considérées comme zoonotiques.

  • Leishmaniose : c’est une maladie vectorielle transmise par les phlébotomes. Elle est due à un parasite protozoaire du genre Leishmania. Leishmania infantum est l’espèce la plus représentée chez les chiens. L’infestation est endémique dans les régions méditerranéennes. Les parasites envahissent les macrophages tissulaires et provoquent ainsi non seulement une inflammation granulomateuse locale chronique, mais également une infestation qui se dissémine chez les chiens sensibles. Les chats peuvent aussi être infectés lorsqu’ils se rendent ou vivent dans des régions où la maladie est présente chez les chiens, mais ce phénomène reste rare. La leishmaniose est une maladie zoonotique, et les chiens sont le principal réservoir de L. infantum, mais il n’existe pas de cas connu de transmission directe non vectorielle depuis un chien infecté à un humain. Cependant, il est préférable de déconseiller à une personne immunodéprimée de rester en contact étroit avec un chien infecté.

  • Dirofilariose (filaires du cœur) : c’est une maladie vectorielle transmise par les moustiques. Elle est due à Oirofilaria immitis, un nématode parasite. On le trouve à travers le monde entier dans les régions tempérées et tropicales où l’été est chaud. Les stades intermédiaires de O. immitis migrent dans l’artère pul­monaire où ils deviennent matures. La dirofilariose est moins fréquente chez les chats qui représentent plutôt des hôtes accidentels. O. immitis peut aussi être trans­ mis aux humains par accident, il y a alors formation d’un granulome oculaire et pulmonaire, mais cette transmission reste extrêmement rare et ne se produit que dans les régions où la prévalence est très élevée.

Signes cliniques

Comme un certain nombre de symptômes sont communs à plusieurs affections exotiques, il faut prendre en compte l’ensemble de la présentation clinique lorsqu’ils sont non spécifiques. Les signes cliniques les plus fréquents de ces affections sont les suivants :

Babésiose (piroplasmose) : fièvre, léthargie, faiblesse, urines sombres (hémoglobinurie) et collapsus dans les cas les plus sévères. Puis on pourra observer une anémie sévère, un ictère et une insuffisance progressive de plusieurs organes. Le reste de l’examen clinique et des analyses complémentaires mettront en évidence les conséquences de l’anémie hémolytique et la splénomégalie :

Ehrlichiose : fièvre, lymphadénopathie, saignements (pétéchies, hématurie, épistaxis, hémorragie rétinienne). Les examens complémentaires révèlent très souvent une thrombocytopénie. L’infestation chronique peut être associée à une splénomégalie, une perte de poids, une affection panophtalmique, d’autres symptômes associés à une perturbation du système immunitaire ainsi qu’une hypoplasie de la moelle osseuse avec une cytopénie. Ce dernier symptôme est plus fréquent chez les Bergers allemands et races apparentées.

Leishmaniose : lésions cutanées (alopécie, desquamation, ulcère,nodules),lymphadénopathie, perte de poids, amyotrophie, épistaxis et panophtalmite. Les examens complémentaires pourront mettre en évidence une splénomégalie, une glomérulopathie et une polyarthrite.

Dirofllariose (filaires du cœur) : chez les chiens, intolérance à l’exercice, toux, perte de poids, et parfois décès. Les symptômes apparaissent généralement de façon très progressive (sur plusieurs mois voire années) sauf lorsque le chien a été exposé à un nombre important de moustiques infectés en même temps.

Chez les chats : la maladie s’installe souvent plus rapidement et est plus sévère comparé aux chiens. Les symptômes sont dominés par l’apparition brutale d’une léthargie, d’une intolérance à l’effort, d’une toux et une mort subite. Dans les régions de forte prévalence, il peut y avoir jusqu’à 20 % des chats qui sont infectés, mais très peu de filaires arrivent à maturité dans l’artère pulmonaire.

Pour toutes ces affections, il est indispensable d’effectuer une NF sanguine, une analyse biochimique et une analyse urinaire afin non seulement de progresser dans le diagnostic, mais aussi pour évaluer l’atteinte des organes. Ces valeurs pourront également servir de base avec lesquelles on pourra déterminer l’efficacité du traitement. On peut observer sur les radiographies du thorax des modifications de l’artère pulmonaire les caractéristiques de la dirofilariose, mais il est également conseillé d’évaluer la fonction cardiopulmonaire avant d’initier le traitement.

Pour déterminer quel est l’agent pathogène spécifi­quement en cause, il faut parfois effectuer beaucoup d’analyses ; il est important de prévenir le propriétaire qu’un seul test n’est pas toujours suffisant pour avoir une réponse sûre.

Les tests suivants peuvent être utiles :

  • un frottis sanguin peut mettre en évidence la présence de Babesia ou de Ehrlichia, et occasionnellement celle de Leishmania ou d’un microfilaire.

  • une cytologie d’un nœud lymphatique, d’un prélèvement de moelle osseuse ou d’une ponction de la rate pour mettre en évidence la présence de Leishmania ou Ehrlichia. Cependant, il existe des tests plus spécifiques et plus sensibles disponibles dans le commerce.

  • Les analyses PCR sont facilement disponibles et permettent d’identifier (et souvent de dénombrer) l’ADN de Babesia, Ehrlichia, Leishmania (et dans certains pays Dirofilaria) dans un échantillon de sang, de moelle osseuse, une cytoponction d’un nœud lymphatique, un écouvillon ou une biopsie conjonctivale.

  • une sérologie permettant de détecter la présence d’antigènes spécifiques. Cette analyse est également facilement disponible et permet de diagnostiquer une infestation par D. mmitis.

  • Une sérologie afin de détecter la présence d’une réponse humorale à une infestation particulière. Cette analyse est souvent disponible mais sa sensibilité et/ou sa spécificité varie beaucoup. Il est conseillé de contacter son laboratoire d’analyse local pour l’interprétation

  • Une analyse histopathologique à partir d’une biopsie de la peau ou d’un nœud lymphatique est utile pour le diagnostic de Leishmania bien que sa sensibilité et spécificité ne soient limitées.

Quels traitements appliquer ?

Le traitement et le suivi de ces maladies nécessitent du temps et de l’argent. Si le diagnostic est précoce et qu’il n’y a pas encore de lésion majeure des organes, la réponse clinique à un traitement approprié est généralement bonne.

Babésiose : dans les cas les plus sévères, il faut traiter le choc et l’anémie. Pour les espèces de Babesia canis, le traitement de choix est l’injection de dipropionate d’imidocarbe. Il faut répéter l’injection soit 2 semaines plus tard, soit de façon moins conventionnelle, 48 h après la première. On doit normalement observer une réponse clinique rapidement (dans les 48h). Le traitement des espèces de Babesia de petite taille est plus complexe. On pourra suivre la réponse au traitement grâce à un test PCR si la réponse clinique ou si les résultats des analyses sanguines ne sont pas satisfaisants, ou si l’on suspecte la présence d’une espèce de Babesia pour qu’il subisse d’autres analyses ou qu’il reçoive un traitement spécifique.

Ehrlichiose : le traitement de choix repose sur l’administration dedoxycycline durant 28 jours. Il faut effectuer une numération plaquettaire manuelle tous les 7-14 jours, en fonction de l’état général du chien. On peut évaluer l’efficacité du traitement grâce à une PCR. La réponse est généralement bonne ; cependant, si ce n’est pas le cas mais que la numération plaquettaire reste subnormale, qu’il y a une anémie ou une leucopénie, il est possible de prolonger l’administration de la doxycycline durant 28 jours supplémentaires. Il faudra généralement tout de même envisager de référer l’animal ou d’effectuer une analyse d’un échantillon de moelle osseuse.

Leishmaniose : les protocoles thérapeutiques sont complexes et le pronostic toujours difficile à déterminer. Le traitement a pour but de diminuer la charge parasitaire, le rétablissement du chien dépendra donc de l’efficacité de sa réponse immunitaire. Certains chiens plus fragiles nécessiteront un traitement à long terme (parfois même à vie). Avant d’initier un traitement, il est indispensable d’effectuer une NF sanguine, une biochimie (en particulier l’urée, la créatinine et le rapport albumine/globuline) et une analyse urinaire comprenant la mesure du rapport protéine/ créatinine. Si les résultats ne mettent en évidence que des modifications mineures, on pourra initier un traitement associant de l’allopurinol par voie orale avec soit de lantimoniate de méglumine par voie parentérale, soit de la miltéfosine PO durant 28 jours. L’allopurinol sera poursuivi jusqu’à ce que les signes cliniques disparaissent, que le rapport protéine/créatinine urinaire revienne dans la norme, que le taux de globuline soit à nouveau normal, que la PCR soit négative et le titre pour la sérologie quantitative de Leishmania inférieur ou 1 égal à 1/50.11 n’est pas rare que la guérison nécessite 9-12 mois. Pour les animaux présentant une insuffisance sévère de certains organes, le pronostic est réservé à mauvais ; il faut généralement leur fournir des soins de soutien de la fonction rénale avant d’envisager d’initier un traitement spécifique pour la leishmaniose.

Dirofilariose (filaires du cœur) : le traitement est complexe et peut être dangereux à cause du risque de thrombo·embolie due à la présence de filaires morts ou mourants. Dirofilaria, comme d’autres filaires, héberge une bactérie qui vit en symbiose (Wolbachia). Le relargage de ces bactéries et de leur contenu dans la circulation sanguine au moment de la mort du filaire est responsable de la majeure partie des effets secondaires des médicaments adulticides. En conséquence, il faut initier le traitement à base de doxycycline durant 28 jours, avant de démarrer le traitement spécifique pour les nématodes adultes. La doxycycline diminue également la viabilité des microfilaires en tuant les Wolbachia qui vivent en symbiose.

Chez les chiens, la mélarsomine injectable, ou moins couramment la thiacétarsamide, ont une activité adulticide. Le protocole thérapeutique diffère selon la sévérité de l’atteinte. Aucune de ces molécules ne doit être prescrite chez un chat. Dans l’idéal, on conseille d’hospitaliser les animaux au cours du traitement adulticide afin de pouvoir intervenir rapidement en cas d’effet secondaire majeur. Il faut fournir des soins de soutien, comme une oxygénothérapie, aux animaux dont l’état est critique. On injectera un corticoïde à une dose anti-inflammatoire avant d’initier le traitement adulticide lorsqu’on a détecté des signes d’affection péri-bronchiolaire sévère.

A la fin du traitement adulticide, l’animal devra rester au repos chez lui durant 4-6 semaines. On pourra suivre l’efficacité du traitement grâce à une analyse sérologique (mettant en évidence des antigènes spécifiques). Six semaines après la fin du traitement adulticide, on traiter enfin les microfilaires circulants à l’aide de moxidectine, de milbémycine ou d’ivermectine. Ces molécules ont également une légère activité adulticide lorsqu’elles sont utilisée plusieurs mois, et elles peuvent être prescrites pour les chats comme pour les chiens qui tolèrent pas les autres molécules adulticides, efficaces mais aussi plus toxiques.