Le chien agressif

février 6th, 2015 | Redigé par admin in Le chien agressif - (1 Comments)
© Rita Kochmarjova

© Rita Kochmarjova

La composante agressive du comportement d’un chien fait partie des éléments normaux de son mode de communication. Cependant, l’agressivité peut être normale ou anormale. L’agression normale est très ritualisée, chaque posture et chaque vocalisation possède une signification spécifique. L’intensité des signaux que le chien émet va augmenter pour signifier qu’il est de plus en plus menaçant et sur le point de passer à l’attaque. Le chien va donc d’abord grogner, puis montrer les dents, claquer des dents pour enfin essayer de mordre. Ces signaux d’avertissement sont accompagnés de postures particulières indiquant le degré de confiance du chien. Lorsqu’il s’aplatit et se recroqueville, il est effrayé et peu sûr de lui ; en revanche, lorsqu’il est dressé sur ses pattes, il est généralement sûr de lui et prêt pour une confrontation.

Avant de devenir agressifs, les chiens montrent généralement des signes d’anxiété, de stress, de peur ou de tension émotionnelle. Parmi ceux-ci, on pourra voir le chien se lécher les babines, bailler, lever la patte, ramener la queue entre les postérieurs, avoir un regard fuyant et se recroqueviller.

La morsure, elle, survient lorsque la personne a ignoré tous ces signes et que le chien est resté stressé. Mais même lorsqu’il devient agressif, l’agressivité est contrôlée, il ne va généralement mordre qu’une fois et lâcher prise. Le chien cessera d’émettre tous ces signaux s’il a appris, au travers de ses expériences passées, que ces signes d’avertissement sont souvent ignorés et donc inutiles.

Les chiens souffrant de troubles physiques ou émotionnels ne suivront pas toujours ce schéma ritualisé. Certains chiens peuvent devenir agressifs sans avoir émis, ou très peu, d’avertissements ou de provocation. Ils vont alors attaquer et mordre plusieurs fois.

Principaux diagnostics différentiels

Les principaux diagnostics différentiels comportementaux de l’agressivité sont un comportement de prédation ou un comportement de jeu :

  • le comportement de prédation est rare. Il cible généralement les autres animaux de compagnie et rarement les hommes. Il n’y a alors aucun signal indiquant l’imminence de l’attaque (pas de grognement, d’aboiement etc)

  • Le comportement de jeu est très courant et il est souvent confondu avec l’agressivité, en particulier lorsque de jeunes chiens jouent avec des enfants. On retrouve alors des signaux de communication qui sont spécifiques au jeu.

Le jeu peut parfois sembler agressif, être à l’origine de blessures et sembler difficile à distinguer d’une réelle agression au premier abord. Cependant, au cours du jeu, les chiens vont entrecouper l’agression pour jouer avec des signaux de « métacommunication », qui ont pour but de rassurer l’autre individu qu’il n’y a pas de réelle intention d’attaque. On pourra ainsi remarquer que le chien s’arqueboute, que sa posture est assez souple et que la bouche est ouverte avec les dents presque entièrement recouvertes par les babines.

Approche diagnostique

Toute douleur, maladie ou affection débilitante a tendance à augmenter l’irritabilité et le caractère craintif des animaux dans toutes les espèces. Il faut partir du principe que lorsqu’un chien adulte change brutalement de caractère ou de comportement, il est possible qu’il soit malade.

On conseille de se concentrer sur l’analyse des éléments suivants :

  • la cible de l’agression : espèce, âge, sexe, aspect physique, lien avec le chien (familier ou inconnu), que faisait la cible avant, pendant et après l’incident.

  • la posture et la communication : vocalises, comportement et postures avant, pendant et après l’incident.

  • le contexte : dans la maison, à l’extérieur, présence d’éléments stressants (bruit)

  • si le chien a des phobies ou peurs connues pouvant être reliées à l’incident.

Ces informations permettront de placer le problème dans l’une de ces catégories d’agressivité ;

  • Liée à la peur : lorsque la cible est un inconnu, la posture et le comportement du chien seront typiquement liés à la peur.

  • Territorialité : la cible est un individu non familier qui pénètre ou qui se trouve dans le territoire du chien. Il adopte une posture dressée. Le chien peut se comporter normalement lorsqu’il est sorti de ce contexte.

  • Possessivité : le chien défend de la nourriture ou un objet. Il peut adopter une posture reflétant de la peur ou être prêt à une confrontation.

  • Réorientation : elle se produit lorsque le chien devient frustré ou est puni lorsqu’il devenait agressif. Son agressivité se réoriente alors sur un autre individu tel que le propriétaire. Ce comportement augmente beaucoup le risque associé au traitement d’une agressivité territoriale ou entre deux chiens

  • Instinct maternel : lorsqu’une chienne a des petits ou fait une lactation de pseudo-gestation

  • Agressivité entre les chiens mâles

  • Agressivité dirigée vers le propriétaire ou la famille : la cible est alors une personne familière. Les signaux envoyés par le chien peuvent être de la peur, une attitude de confrontation ou changer au cours du temps et à la suite des incidents.

Une attaque dirigée vers le propriétaire/la famille comporte généralement plutôt des postures ambivalentes que des postures de dominance. L’analyse du déroulement d’un incident met toujours en évidence comme cause sous-jacente de la peur, de l’anxiété ou un conflit émotionnel.

Comment gérer ?

Il faut identifier les circonstances pouvant rendre le chien agressif afin de les éviter. S’il y a un facteur médical, il faut le traiter avant d’envisager les autres causes d’agressivité. Dans la majorité des cas, afin d’avoir des résultats concluants, il faut référer le chien à un comportementaliste. Cependant, il existe quelques méthodes pouvant aider le propriétaire à gérer les différentes formes d’agressivité que peut présenter son chien :

  • un chien qui devient agressif pour défendre son territoire ne doit pas entrer en contact avec des inconnus sans la supervision d’un adulte capable de le contrôler

  • on nourrira les chiens possessifs dans un endroit calme pour ne pas les déranger, et on s’assurera que les objets qu’il cherche à protéger son hors de portée.

  • L’agressivité liée à la peur doit être traitée par des techniques de déconditionnement

Il n’existe à l’heure actuelle aucune preuve que la stérilisation peut contribuer à diminuer l’agressivité d’un chien. Il ne faut donc pas conseiller d’opérer en premier lieu. Il est recommandé d’identifier la cause ou la motivation précise de ce comportement.