Le chien craintif

février 6th, 2015 | Redigé par admin in Le chien craintif - (0 Comments)
© Eric Isselée

© Eric Isselée

La peur constitue la base émotionnelle de beaucoup, voire de la majorité des problèmes comportementaux. Les signes les plus classiques de peur sont :

  • une attention focalisée sur le stimulus dont le chien a peur

  • une posture plutôt basse

  • des aboiements/grognements

  • des tremblements, un halètement

Le degré de peur est proportionnel à l’importance de la menace, il a tendance à diminuer au fur et à mesure des expositions ; l’animal aura de moins en moins peur du stimulus si ce dernier se révèle être en fait sans danger. Les chiens peuvent souvent avoir peur des inconnus, des autres chiens, du bruit et de la circulation en ville. Dans le contexte clinique, les chiens sont souvent craintifs lorsqu’ils voient un stéthoscope, un thermomètre ou une seringue.

Lorsqu’ils sont effrayés, les jeunes chiens adoptent plutôt un comportement d’évitement en essayant d’échapper à la menace, ou en allant se réfugier auprès d’un autre individu tel que le propriétaire. Lorsque le chien devient adulte, cette attitude se transforme donc généralement en agressivité liée à la peur ; il est donc important d’apprendre au chien à ne pas avoir peur des gens ou de ses congénères dès que possible.

Les chiens qui ont été élevés dans un environnement non domestique (chenil, ferme, dans une annexe hors de la maison) ont plus de chances d’être craintifs et de devenir agressifs, tout comme les chiens qui n’ont pas suffisamment été socialisés. Les propriétaires vont alors souvent renforcer ou confirmer le comportement craintif du chien en essayant de le calmer lorsqu’il est effrayé.

Principaux diagnostics référentiels

Les principaux diagnostics référentiels d’un comportement craintif sont l’anxiété et la phobie. L’anxiété correspond à une appréhension par anticipation d’un danger ou d’une menace. Elle se produit dans des situations sans véritable danger, mais où le chien n’a soit pas l’habitude et ne se sent alors pas en sécurité, soit il va l’associer à un autre situation dans laquelle il a peur. Les signes typiques de l’anxiété sont :

  • une perte d’appétit

  • des tremblements, un halètement

  • le léchage des babines

  • des bâillements

  • une augmentation de la vigilance ou de l’exploration de l’environnement

  • des difficultés pour fixer son attention (par exemple lorsqu’on lui donne un ordre)

Les chiens anxieux sont difficiles à entraîner car ils n’arrivent pas à se concentrer et ne sont pas motivés par les récompenses sous forme de friandises. Lorsqu’ils sont anxieux, les chiens sont facilement effrayés, perçoivent plus facilement les évènements extérieurs comme des menaces et réagissent de façon excessive à ce qui leur arrive (en devenant parfois agressifs ou en s’enfuyant). Une peur phobique est progressive et débilitante. Elle a tendance à s’étendre à d’autres stimuli. Un chien souffrant d’une phobie vis-à-vis d’un bruit en particulier devient souvent effrayé lorsqu’il entend un bruit qui se rapproche. Les signes typiques d’une phobie sont :

  • la peur ne s’estompe pas lors d’expositions normales et répétées au stimulus. Lorsqu’il s’agit d’une phobie, elle a tendance à s’aggraver avec le temps.

  • La peur est disproportionnée face au réel danger, et elle persiste longtemps après la disparition du stimulus. Lorsqu’un chien est phobique vis-à-vis du bruit en particulier, il paniquera même lorsque celui-ci est presque inaudible.

  • Des réactions de panique, le chien cherche à tout prix à s’enfuir.

La peur ou l’anxiété qu’éprouvent certains chiens font parfois partie d’un problème comportemental plus global. Cependant, il est important d’arriver à faire la différence entre une réaction de peur, phobique ou d’anxiété face à un stimulus, car le traitement ne sera pas le même.

Comment traiter l’anxiété ?

On conseille d’essayer d’éliminer l’exposition aux stimuli dont le chien a peur afin d’améliorer son bien-être. On réduira ainsi leur impact psychologique et le risque que l’animal devienne agressif tout en améliorant l’efficacité du traitement. Il ne faut pas que les propriétaires essaient de rassurer leur chien lorsqu’il est effrayé. On se servira des caractéristiques de la réponse du chien lorsqu’il a peur afin de :

  • déterminer un moyen de confronter le chien face au stimulus sans franchir le seuil au-delà duquel il a peur (en utilisant un enregistrement visuel ou auditif, en augmentant la distance ou en cachant en partie le stimulus) ?

  • Trouver les conditions dans lesquelles le chien ne sera pas anxieux mais détendu.

  • Exposer régulièrement le chien au stimulus de façon contrôlée en adoptant une approche de désensibilisation et de déconditionnement.

Comment désensibiliser ?

Pour effectuer une désensibilisation, il faut exposer le chien au stimulus dont il a peur de façon répétée, en restant sous le seuil d’intensité qui déclenche la peur et dans un environnement calme où le chien n’est pas stressé. L’avantage de cette méthode est que l’on peut la répéter tout le temps au même endroit et que les progrès effectués seront transposables partout. La désensibilisation est la première étape dans le traitement d’une phobie, il faut débuter avec un stimulus d’intensité très faible afin d’éviter d’effrayer le chien.

Le déconditionnement nécessite d’établir une association entre le stimulus à l’origine de la peur et quelque chose que le chien aime de façon inconditionnelle. Dès que le stimulus qui l’effraie apparaît, il faut lui proposer de jouer ou de lui offrir une friandise jusqu’à la disparition du stimulus. Cette méthode marche bien chez les chiens qui sont très motivés par ce type de récompense, mais il faut répéter l’opération dans des endroits différents, afin que l’apprentissage se généralise à toutes les situations.

Il est également important que le chien dispose d’un moyen de contrôle de l’intensité du stimulus qui l’effraie lorsqu’il y est confronté (on pourra par exemple lui donner un moyen d’éviter ou d’échapper à la menace qu’il perçoit). Ceci est particulièrement important pour les situations dans lesquelles il est impossible de supprimer le stimulus, telles que l’arrivée d’un bébé dans une maison où le chien a peur des enfants. Si ce chien peut se retirer dans un endroit inaccessible pour l’enfant, il s’habituera à sa présence beaucoup plus rapidement et risquera de devenir moins agressif.

On peut également appliquer le déconditionnement aux chiens ayant la phobie de certains bruits. Lorsqu’il se produit un événement dont le chien a la phobie, tel qu’un orage ou un feu d’artifice, il faut qu’il puisse avoir accès à une cachette au calme, dans la pénombre, avec un couchage confortable, de l’eau, de la nourriture et des objets familiers tels que des jouets ou des vêtements du propriétaire. Dans l’idéal, il faut préparer cette cachette une semaine avant l’évènement dont le chien a la phobie, il est également possible de le rendre plus apaisant à l’aide d’un diffuseur de phéromones.

Pour un stimulus donné, on constate généralement une amélioration en 4-6 semaines lorsque le traitement comportemental est effectué quotidiennement. Il est parfois nécessaire, dans les cas plus sévères, d’avoir recours à un traitement de soutien à base de phéromones ou d’un psychotrope.