© Galyna Andrushko

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Les corps étrangers bloqués dans le pharynx sont fréquents chez les chats et les chiens ; on les retrouve plus particulièrement chez les jeunes car ils sont très curieux. Ils sont généralement ingérés à la suite d’un jeu, ou en essayant d’avaler des morceaux de nourriture trop gros ou de forme irrégulière. Les objets très volumineux peuvent obstruer les voies respiratoires et provoquer une asphyxie. lorsqu’un corps étranger s’ancre dans les tissus mous du pharynx, il provoque souvent un abcès qui va gonfler et parfois aller jusqu’à occlure le pharynx.

 



Diagnostics différentiels

  • Tumeur pharyngée, ex : carcinome amygdalien, polype dans la trompe d’Eustache
  • Plaie pharyngée
  • Amygdalite
  • Malformation du pharynx chez les races prédisposées
  • Affection des voies respiratoires supérieures
  • Fracture d’une corne hyoïdienne.


Signes cliniques

Bien qu’il existe plusieurs hypothèses diagnostiques à envisager, lorsque le problème apparaît brutalement et que l’animal semble en détresse respiratoire, la suspicion d’un corps étranger bloqué dans le pharynx sera la principale hypothèse diagnostique. Il arrive que le propriétaire sache exactement quel est le problème et/ou que le corps étranger soit facilement visible à l’examen clinique.

Les signes cliniques classiques d’un corps étranger dans le pharynx sont des coups de patte vers la bouche, l’impression que l’animal est en train de s’étouffer et un ptyalisme, qui est parfois teinté de sang. Si le nasopharynx est touché, l’animal éternue et produit des bruits et des ronflements intenses, en particulier chez les chats. Il arrive souvent que l’animal refuse de manger, et lorsqu’il essaie, il manque de s’étouffer. Généralement avec le temps, la détresse que cause la présence d’un petit corps étranger s’estompe, et les symptômes deviennent plus subtils. Ils incluent un refus de s’alimenter, un gonflement et une douleur dans la région parotidienne ou la gorge. Si l’on observe une adénomégalie des nœuds lymphatiques rétropharyngés, leur augmentation de taille peut provoquer des signes engendrant une confusion avec une protrusion d’un disque cervical. Les corps étrangers migrants qui ne sont pas retirés (ex : épillet) peuvent provoquer une fibrose touchant les masséters et rendant l’ouverture complète de la bouche difficile, même sous anesthésie générale. Si le corps étranger est de grande taille, ex : une balle, l’occlusion du pharynx peut provoquer une dyspnée sévère ou une asphyxie. Les corps étrangers nasopharyngés chroniques peuvent induire l’apparition d’un écoulement nasal mucopurulent.

Techniques diagnostiques spécifiques

Il est parfois possible d’apercevoir le corps étranger au cours de l’examen de la cavité buccale sans sédation. Lorsque l’on soupçonne fortement la présence d’un corps étranger mais qu’il n’est pas visible, ou qu’il est difficile d’examiner la cavité buccale, il faut réaliser un examen complet sous anesthésie générale. On pourra ainsi examiner l’oropharynx, le nasopharynx, et rechercher la présence de plaies ou de fistules pharyngées. Il est essentiel d’avoir un éclairage de bonne qualité; on pourra s’aider d’une lampe frontale, d’un laryngoscope ou d’un endoscope flexible. Il faut s’attarder sur l’examen des cryptes amygdaliennes et du nasopharynx, en réfléchissant le palais mou.

Les clichés radiographiques permettront de détecter la taille et la position d’un corps étranger métallique ou osseux, ainsi que tout déplacement de tissu mou en région cervicale secondairement à la formation d’un abcès. l’échographie de la région cervicale peut aider à localiser un corps étranger radio-transparent et à déterminer la nature d’un gonflement à la base du cou. Il faut toujours avoir recours à l’imagerie lorsque l’on suspecte la présence d’un corps étranger mais qu’il est impossible de le voir, ou encore lorsqu’on peut voir un point d’entrée.

Traitement

Une fois le corps étranger identifié, il faut le retirer puis contrôler l’œdème, la douleur ou l’infection pharyngée. Il est parfois possible de retirer certains corps étrangers oraux sans sédation, en particulier s’il est accessible et n’a pas perforé de structure buccale. Cependant, les animaux ayant un corps étranger bloqué dans le pharynx doivent généralement subir une anesthésie générale. Il faut bien explorer les plaies pharyngées pour retirer tous les débris d’un corps étranger puis les flusher avec une solution saline tiède. Avant de flusher, il faut mettre une sonde endotrachéale parfaitement ajustée au diamètre trachéal et incliner la tête de l’animal vers le bas pour éviter toute fausse-route. On administrera des antibiotiques à large spectre s’il y a des lésions dans la paroi pharyngée. Les AINS seront utilisés pour réduire le gonflement des tissus mous et la douleur.

Les blessures pharyngées cicatrisent généralement très vite. Il n’y en a que très peu qui nécessitent d’être suturées, mais si c’est le cas, il faut mettre le minimum de points possible. S’il semble difficile ou douloureux pour l’animal d’avaler de la nourriture, on lui proposera de la glace un peu ramollie, et une fois qu’il a commencé à manger, il ingèrera les aliments mous plus facilement.

Traitement spécifique des corps étrangers les plus fréquents dans le pharynx

Les arêtes de poisson, les os irréguliers (vertèbres) : les os fins (cartilagineux) se coincent souvent chez le chat, on les retrouve typiquement plantés 1 à l’horizontale dans le pharynx et ancrés dans les tissus mous. On les retirera facilement à l’aide d’une pince hémostatique, mais il est généralement nécessaire d’effectuer une anesthésie généra le. On trouve souvent des os de forme irrégulière chez les chiens, il est facile de les trouver et de les retirer. Les lésions tissulaires sont souvent minimes.

Les hameçons : les chats sont touchés lorsqu’ils jouent avec les mouches ou mangent l’appât. Les chiens peuvent aussi manger l’appât ou d’attraper une ligne de pêche qui bouge. Il faut essayer autant que possible lorsqu’il reste une ligne attachée à l’hameçon, de la préserver et d’empêcher l’animal de l’avaler. L’ardillon de l’hameçon rend son extraction très difficile lorsqu’on essaie de le tirer vers l’extérieur, il est donc plus facile de l’extraire en le poussant à travers les tissus mous. Si l’œil de l’hameçon est large ou s’il n’y a pas suffisamment de place pour le manipuler, il peut s’avérer nécessaire de couper l’hameçon en deux avant de pouvoir le retirer. Cependant, la majorité des hameçons sont constitués d’acier très résistant et ne peuvent être sectionnés qu’à l’aide d’une scie à métaux adaptée (et pas d’un coupe ongles). Les hameçons qui ont migré depuis le pharynx vont parfois se loger dans l’œsophage ou l’estomac. Dans ce cas, il faut effectuer un cliché radiographique et faire une endoscopie pour déterminer la position exacte de l’hameçon et évaluer les lésions tissulaires. Certains peuvent être retirés par endoscopie, sinon il faut opérer.

Les fils et les aiguilles : l’aiguille peut se planter en travers du pharynx ou s’enfoncer profondément à la racine de la langue. Au contraire des hameçons, elles sont généralement faciles à retirer avec une pince hémostatique. Il est utile de préserver le fil pouvant être attaché à l’aiguille afin de la localiser plus facilement et de pouvoir la bouger au cours de l’extraction.

Les épillets, les brins d’herbe, les ébarbures de certaines plantes : ces corps étrangers sont généralement ingérés lorsque l’animal se lèche ou ingère des plantes. Les épillets s’enfoncent souvent dans les cryptes des amygdales, et les brins d’herbe vont souvent se loger dans le nasopharynx, à l’arrière du palais mou. Les épillets vont commencer à migrer à travers la muqueuse si on ne les trouve pas et retire pas rapidement, ce qui rend leur localisation encore plus difficile et provoque une vive réaction inflammatoire dans les tissus mous.

Les balles : cela se produit généralement lorsque le chien attrape une balle qui est trop petite par rapport à sa taille. La balle est alors coincée à l’arrière de la bouche au-dessus de la racine de la langue. La respiration est alors sévèrement compromise et le risque de mort par asphyxie est très élevé. Le temps que l’animal soit présenté, il est généralement en dyspnée sévère et il faut tout mettre en œuvre pour que l’animal ne soit pas stressé et se calme. Le plus facile est de retirer la balle avec une anesthésie générale d’action courte, mais il faut préparer tout le matériel nécessaire à une trachéotomie d’urgence avant l’induction. Une fois le chien anesthésié, on fixera la balle en manipulant le larynx de l’extérieur, puis on l’attrapera avec un gros clamp. Il faut souvent beaucoup d’efforts pour arriver à extraire la balle. Pendant cette opération, le chien ne peut généralement pas respirer, il faut donc extraire la balle aussi vite que possible si l’on n’a pas fait de trachéotomte. On pourra faciliter le retrait des balles remplies d’air (ex: balle de tennis) en les perçant d’abord, afin qu’elles s’aplatissent lorsqu’on les attrape.

Les échardes de bois : on les retrouve chez les chiens qui jouent avec des morceaux de bots ou qui ont un comportement destructeur. Bien que le chien soit parfois présenté avec des signes cliniques typiques de détresse et d’étouffement, il est très fréquent que ces signes soient devenus chroniques. Les échardes de bois sont souvent à l’origine de la formation d’abcès à la base de la langue ou dans la région cervicale supérieure, mais sont difficiles à identifier et localiser. Comme elles ne sont pas radio-opaques, l’échographie est plus utile que la radiographie pour les détecter.

Les blessures par pénétration d’un bâton : elles sont fréquentes et se produisent lorsqu’un chien attrape un bâton au vol en jouant. Ces blessures doivent toujours être examinées de façon complète sous anesthésie générale. Les lésions tissulaires peuvent être importantes et sont souvent très contaminées.

Suivi et soins

Si le diagnostic est établi rapidement et que le corps étranger est retiré sans anesthésie générale, le coût ne sera pas excessif et l’animal n’aura besoin que de quelques médicaments pour s’en remettre. En revanche, si les signes persistent après le retrait du corps étranger, il faut rechercher rapidement une autre cause.

=> En complément de cette fiche, vous pouvez lire le cas clinique d’Umphrey, soigné à la clinique de Neuilly pour ce problème précis.