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Les éternuements et écoulements nasaux sont des signes cliniques fréquents à la fois chez les chiens et les chats ; ils orientent généralement vers une affection touchant la cavité nasale ou le nasopharynx. Ils sont plus courants chez les chats en raison du « syndrome coryza du chat » qui circule souvent.

Principaux diagnostics différentiels

  • Syndrome coryza du chat – une affection des voies respiratoires supérieures du chat provoquée par un herpesvirus, un calicivirus ou Chlamydophia, seul ou en association (bien que Chlamydophila soit rarement seule à l’origine d’un écoulement nasal important). On a fréquemment des complications par surinfection bactérienne

  • Affection dentaire avec fistule oro-nasale ou abcès d’une racine dentaire

  • Corps étranger – ex : épillet

  • Tumeur (les lymphomes sont les plus courants chez les chats, tandis que chez les chiens on trouve plutôt des carcinomes)

  • Polype naso-pharyngé – chez les chats

  • Sténose nase-pharyngée – chez les chats

  • Mycose (Aspergillus chez les chiens, Cryptococcus chez les chats mais reste rare en France).

Il arrive que l’origine de l’écoulement nasal ne puisse pas être déterminée et que l’on établisse un diagnostic de rhinite chronique idiopathique après avoir exploré les autres hypothèses. Les chats ayant eu un coryza sont prédisposés à la rhinite chronique et elle est beaucoup plus rare chez les chiens, elle touche alors plutôt les grandes races.

Approche diagnostique

Les éléments importants à prendre en considérations dans l’anamnèse pour pouvoir hiérarchiser les hypothèses diagnostiques sont l’âge, la race, la rapidité de l’installation des symptômes, la durée de leur évolution, la présence d’autres signes cliniques, la nature de l’écoulement, s’il est unilatéral ou bilatéral et si l’animal est vacciné. Il est également important de déterminer si des animaux ayant été en contact avec celui qui est présenté ont déclaré des symptômes similaires.

L’examen clinique doit permettre de déterminer la nature de l’écoulement (séreux, purulent, hémorragique), s’il est plus abondant d’un côté et si la respiration est ronflante. Il faut également vérifier que les narines sont symétriques, regarder s’il y a une douleur ou un inconfort, examiner la bouche et les dents et évaluer l’état général de l’animal. Pour essayer d’évaluer la circulation de l’air, on obstruera une narine puis l’autre à l’aide d’une lame de microscope, de quelques poils ou d’un coton.

Le coryza du chat démarre généralement de façon aiguë et provoque un écoulement nasal bilatéral purulent ou séreux, associé ou non à un écoulement oculaire. Il touche préférentiellement les jeunes chats, mais tous les âges sont concernés, y compris les animaux vaccinés. Le chat peut apparaître en mauvais état général et présenter d’autres signes d’atteinte respiratoire supérieure virale, tels que des ulcères sur la langue (calicivirus félin) ou sur la cornée (herpesvirus félin). Lorsqu’un corps étranger est présent, on aura une apparition aiguë d’éternuements sévères souvent accompagnés de frottements de la tête avec les pattes ou contre des objets. L’écoulement nasal apparaît alors un jour ou deux plus tard,il est purulent, d’odeur nauséabonde, généralement unilatéral mais parfois bilatéral. Les tumeurs touchent plutôt les animaux âgés et sont alors associées à une dyspnée et un écoulement nasal hémorragique et/ ou unilatéral, contrairement aux animaux atteints d’une rhinite chronique qui présentent souvent des éternuements associés à un écoulement nasal bilatéral. Lors de tumeur, de polype nase-pharyngé ou de sténose nase-pharyngée, la respiration est ronflante. Les chats avec un polype nase-pharyngé sont généralement assez jeunes et peuvent également montrer des signes d’atteinte de l’oreille moyenne. L’aspergillose nasale touche préférentiellement les chiens de grande race dolichocéphales.

Chez les chats qui éternuent ou qui présentent un écoulement nasal, il est généralement possible d’établir le diagnostic de coryza ou de rhinite chronique en se basant uniquement sur les signes cliniques. On pourra poursuivre les investigations dans les cas sévères ou récurrents, ou lorsque l’anamnèse et l’examen clinique orientent vers une autre hypothèse diagnostique. Il est possible d’envoyer un écouvillon pour faire une recherche PCR des principaux agents pathogènes respiratoires félins (herpesvirus félin, calicivirus félin, Chlamydophila et Mycoplasma). Il est aussi possible d’isoler le calicivirus félin à partir d’un écouvillon oro­-pharyngé (que l’on conditionnera comme pour une recherche virale ou de Chlamydaphia). Dans l’idéal, on recommande d’effectuer une NF sanguine complète, une biochimie, un test FIV et FeLV pour évaluer l’état général de l’animal, en particulier s’il est âgé.

Les radiographies du nez aideront à détecter certaines anomalies telles qu’une modification de la radio-opacité des tissus mous, une destruction des cornets nasaux ou un corps étranger radio-opaque dans la cavité nasale. Une incidence intra-buccale permet de mieux visualiser la cavité nasale, mais il est également utile de prendre un cliché latéral du pharynx et de la bulle tympanique. Les radiographies dentaires permettront de détecter une atteinte des racines dentaires, les radiographies thoraciques sont indiquées lors de suspicion de complications pulmonaires. S’il est possible d’effectuer une endoscopie, une rhinoscopie antérograde et rétrograde permettra de visualiser une masse,des plaques fongiques ou un corps étranger.

Il est également possible de voir un corps étranger qui s’étend jusqu’au pharynx sans endoscopie en tirant le palais mou vers l’avant et/ou en utilisant un miroir dentaire. Il existe une technique qui fonctionne bien pour détecter et retirer un brin d’herbe situé dans la cavité nasale d’un chat : on insère doucement un fil de suture monofilament dans le nez afin de repousser le corps étranger jusqu’au nasopharynx. Il est possible d’effectuer une biopsie nasale pour confirmer ou écarter une hypothèse tumorale. Il est également possible d’effectuer une analyse cytologique d’un flush nasal, en particulier si l’on suspecte un lymphome nasal. Il est en revanche inutile d’effectuer une culture bactérienne de l’écoulement nasal.

Chez les chiens, la rhinite chronique est beaucoup moins fréquente, il convient donc de poursuivre les investigations plus rapidement lorsqu’un chien est amené pour un écoulement nasal. On réalisera une sérologie pour rechercher des anticorps dirigés contre Aspergillus s’il fait partie des hypothèses diagnostiques. Si elle est positive, il est très probable qu’il y ait une infection à Aspergillus ; en revanche, comme cette analyse n’est pas très sensible, on ne pourra pas exclure de façon certaine une infection par Aspergillus si elle revient négative. Il est important de prendre en compte l’état général de l’animal ainsi que la présence d’autres signes cliniques concernant d’autres systèmes. S’il n’est pas possible de hiérarchiser les hypothèses diagnostiques, il est possible d’effectuer une NF sanguine, une biochimie, des radiographies, une rhinoscopie ou des biopsies.

Traitement

Un traitement approprie doit être basé sur l’établissement d’un diagnostic. On prescrira aux chats qui présentent un écoulement nasal provoqué par un coryza ou une rhinite chronique,des antibiotiques sur une période de 7 à 14 jours en première intention. Le choix se portera sur un antibiotique à large spectre tel que l’association amoxicilline-acide clavulanique, la céfalexine ou la doxycycline. Ilest également important de fournir des soins de soutien et d’encourager le chat à manger. L’inhalation (par nébulisation) de vapeurs d’une solution saline (10-15 minutes deux ou trois fois par jour au départ) aideront à fluidifier les sécrétions et faciliteront leur expectoration. La majorité des pharmacies vendent des nébulisateurs. On orientera les vapeurs d’eau vers un endroit étroit et fermé (ex : une cage à chat ou une cachette recouverte d’une couverture ou d’un sac plastique). Sinon, on peut aussi mettre le chat dans une pièce avec beaucoup de buée (ex : salle de bain). On peut également prescrire de la bromhexine (Bisolvon•, Boehringer lngelheim), un mucolytique,afin de fluidifier les sécrétions visqueuses (une pincée deux fois par jour dans la nourriture), mais utilisée seule,elle n’est pas aussi efficace que les nébulisations.

Chez les chiens, un écoulement nasal est rarement provoqué par une infection bactérienne primaire, et un traitement antibiotique empirique n’est généralement pas efficace à long terme, bien qu’il soit possible que l’infection soit secondaire à une affection dentaire, un corps étranger ou une tumeur. Il faudra donc réaliser des examens complémentaires plus précocement dans l’évolution de la maladie. Si l’écoulement nasal est dû à une affection dentaire ou à un corps étranger, il doit disparaître après traitement de l’affection dentaire ou retrait du corps étranger. S’il y a un polype naso-pharyngé, il faut le retirer chirurgicalement. Un lymphome nasal répond généralement bien à la chimiothérapie (ex : protocole avec de la cyclophosphamide, de la vincristine et de la prednisone),tandis que d’autres tumeurs nasales (ex : carcinome) pourront être traitées de façon palliative avec une radiothérapie. Le traitement de choix d’une aspergillose est la trépanation du sinus frontal et l’infusion de clotrimazole ; il faudra donc parfois référer l’animal. ‘

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

Si le traitement initial n’est pas efficace, ou si les signes cliniques récidivent, il faut poursuivre les investigations comme décrit précédemment. Dans certains cas, des techniques d’imagerie avancées (scanner ou IRM) peuvent fournir des informations intéressantes. Il est possible de prescrire aux chats souffrant d’une rhinite chronique des antibiotiques à plus long terme (6-8 semaines). Dans certains cas, il faudra mettre en place une antibiothérapie continue ou par impulsions. Il est important de poursuivre les inhalations de vapeur ou les nébulisations de solution saline. Il est possible de flusher la cavité nasale de temps en temps sous anesthésie générale pour éliminer les sécrétions qui restent bloquées. Certains animaux se porteront mieux sous meloxicam. Il est également possible d’utiliser d’autres corticoïdes topiques (en gouttes ou inhalés). Il est préférable d’éviter l’utilisation des corticoïdes lors d’infection virale aiguë, et de ne pas les prescrire en même temps que des AINS.

La rhinite chronique idiopathique chez le chien est un diagnostic d’exclusion ; elle est plus fréquente chez certaines races comme le Lévrier irlandais par exemple. Les traitements possibles sont des antibiotiques par intermittence, des antihistaminiques ainsi que des AINS et des corticoïdes par voie orale ou en inhalation. Certains chiens répondent partiellement à la doxycycline ou l’azithromycine, mais on ne sait pas si cette réponse est liée aux propriétés anti-microbiennes ou anti-inflammatoires de ces médicaments. L’humidification de la cavité nasale avec des gouttes ou des aérosols aide à limiter l’écoulement, et certains animaux répondront bien à l’inhalation de corticoïdes. Bien qu’un traitement adapté puisse être efficace sur une tumeur nasale, il faut prévenir les propriétaires qu’il existe un risque non négligeable de récidive.

La gestion de la majorité des causes d’écoulement nasal ou d’éternuements chez les chats n’implique pas de frais excessifs. Pour le traitement d’un coryza, le plus économique est de prescrire des antibiotiques et de conseiller au client d’effectuer des nébulisations à la maison. Si la rhinite devient chronique, le mieux est de prescrire des antibiotiques de façon périodique. Chez les chiens, un traitement d’essai à base d’antibiotiques n’est généralement pas rentable et augmentera la facture du traitement sans résultat. Pour limiter les frais, on recommande de réduire le nombre d’hypothèses diagnostiques autant que possible à l’aide de l’anamnèse et des signes cliniques, puis de cibler les examens complémentaires les plus susceptibles de confirmer le diagnostic. Par exemple si l’on suspecte fortement la présence d’une tumeur, il est essentiel d’effectuer une biopsie nasale ; si l’on suspecte la présence d’un corps étranger,il est parfois possible de le visualiser et de le retirer du nasopharynx avec des forceps ; chez les chiens de grande race dolichocéphales, un premier examen assez sensible sera une sérologie pour Aspergillus. Chez les chiens, certaines maladies telles qu’une tumeur nasale ne pourront pas être traitées sans frais conséquents.