Gestion des brûlures

mars 13th, 2015 | Redigé par admin in Gestion des brûlures - (0 Comments)
© Cindy Hughes - Fotolia.com

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Les brûlures peuvent être causées par des températures excessives (ex : feu, source de chaleur extrême, moteur, eau bouillante, huile très chaude, goudron), des produits chimiques caustiques (ex : acides, alcalins), ou un courant électrique. Les brûlures chez les animaux de compagnie affectent généralement la peau et engendrent divers degrés de nécrose et d’inflammation, elles peuvent aussi toucher la cavité buccale.

Les éléments déterminant la sévérité d’une brûlure thermique sont la température et le temps de contact. Lorsque la température est très haute, elle peut provoquer des lésions sérieuses malgré un contact très bref. Cependant, il est aussi possible de provoquer une brûlure lors d’un contact prolongé avec une température plus faible, comme lorsqu’on laisse un animal anesthésié sur un coussin chauffant. Dans ce cas-là, la pression et l’ischémie font augmenter la gravité des lésions cutanées.

Les brûlures chimiques sont causées par des substances caustiques qui vont directement abîmer la peau. Les brûlures électriques sont dues à la transformation de l’énergie électrique en chaleur, on les retrouve souvent chez des animaux qui ont mastiqué des fils électriques.

Une exposition prolongée au soleil peut provoquer des brûlures thermiques chez les chiens, surtout sur le dos. Cependant, ces lésions cutanées représentent en général plutôt un problème chronique chez les animaux. On peut ainsi observer une dermatite solaire qui est associée à une augmentation du risque de développement d’un cancer de la peau. Ce problème touche plus particulièrement les chats à poils blancs, car ils sont prédisposés à développer des carcinomes épidermoïdes à l’extrémité des oreilles à la suite des lésions solaires.

Selon leur profondeur, les brûlures peuvent provoquer des complications médicales sérieuses telles qu’un choc, un déséquilibre électrolytique, une détresse respiratoire, une septicémie, une CIVD puis la mort. Une complication spécifique aux brûlures sévères est le syndrome du compartiment (ou syndrome de compression des loges) : il correspond à un gonflement des muscles à l’intérieur des fascias, ce qui crée une surpression empêchant le sang d’irriguer les territoires en aval. Les muscles des membres ne sont alors plus suffisamment oxygénés et l’amplitude des mouvements de la cage thoracique devient réduite.

Signes cliniques

Dans la majorité des cas, le diagnostic est simple car le propriétaire sait quel incident a provoqué les brûlures. Et même lorsqu’il n’a rien remarqué de particulier, il est relativement facile d’établir le diagnostic à partir de l’examen clinique. Une caractéristique de la plupart des brûlures, qui aide à les diagnostiquer, est la présence d’une démarcation nette entre les tissus lésés et les tissus sains.

Lorsque les lésions ont une forme peu habituelle, non symétrique, à bords droits ou angulaires, ou encore en forme de goutte, il est plus facile de reconnaître une brûlure d’une autre affection dermatologique. Il faut prévenir les propriétaires que l’étendue réelle de la brûlure ne sera apparente que cinq jours après son apparition, car la nécrose des tissus peut se poursuivre durant quelques jours après l’incident. Les affections qui peuvent parfois être confondues avec une brûlure sont une nécrolyse épidermique toxique, une vasculite ou une affection ulcérante auto-immunitaire.

Les lésions associées à une brûlure dépendent de la profondeur à laquelle les tissus sont lésés. On classe typiquement les brûlures selon leur degré :

*1er degré / brûlure superficielle : les lésions se limitent à l’épiderme mais on n’observe pas de nécrose épidermique sévère. On a un érythème, et la peau est sèche et douloureuse.

*2ème degré / brûlure avec épaississement partiel superficiel : on a une nécrose sévère de l’épiderme et le derme superficiel est aussi touché. On peut avoir quelques cloques de façon transitoire, mais les ulcères sont plus caractéristiques chez les chiens et les chats. La peau apparaît rouge, humide et elle est très douloureuse. Ces brûlures guérissent généralement sans laisser de cicatrice importante

*3ème degré / brûlure avec épaississement profond partiel : l’épiderme, le derme profond et le pannicule adipeux sous-cutané sont lésés, on a alors des ulcères profonds qui guérissent lentement en laissant des cicatrices.

*4 ème degré / brûlure avec épaississement complet : toutes les couches de la peau sont complètement nécrosées, ainsi que les follicules pileux et une partie de la graisse sous-cutanée. Ces brûlures sont généralement moins douloureuses que celles qui sont plus superficielles car toutes les terminaisons nerveuses sont détruites. Il se forme au site de la brûlure une croûte épaisse de tissus nécrosés et de sang coagulé (escarre). La zone prend alors une texture dure au toucher (comme cartonnée). Les croûtes finissent par tomber et laissent apparaître une zone ulcérée à vif. Ces lésions mettent beaucoup de temps à guérir et nécessitent souvent une greffe de peau ou une suture

*5ème degré / brûlure atteignant le derme profond : elle peut s’étendre jusqu’au fascia sous-cutané, au muscle, au tendon ou même à l’os. La zone affectée est insensibilisée et devient recouverte d’une escarre épaisse, dure et à l’aspect de cuivre.

Un autre facteur important à prendre en compte lorsqu’on évalue la sévérité d’une brûlure, est le pourcentage de la surface du corps qui est touchée. Plus il est élevé, plus le risque de complications médicales sévères est élevé. Il faut effectuer un examen clinique complet chez tous les animaux amenés pour une brûlure afin de détecter toute complication systémique.

Traitement

Il faut examiner rapidement les animaux ayant été brûlés afin d’évaluer l’étendue et la sévérité des lésions tissulaires. Les brûlures du premier degré guérissent généralement spontanément et ne nécessitent que des soins minimes. On peut appliquer une crème hydratante sur la brûlure pour l’apaiser et réduire la desquamation. Si elle est très étendue, il est possible de soulager la douleur en prescrivant un AINS sur une courte période.

Pour les brûlures du deuxième et troisième degré, on appliquera une crème à base d’antibiotiques tels que la sulfadiazine d’argent, qui aide à prévenir les infections et les septicémies. On facilitera la cicatrisation en recouvrant les plaies d’un pansement, mais il faut éviter d’appliquer des compresses imprégnées de vaseline. On pourra utiliser un pansement imprégné d’argent afin de tirer profit de ses effets antimicrobiens à l’intérieur du bandage. Pour anticiper une fuite importante de liquide par la plaie (par exemple lorsque la brûlure touche une zone de taille importante), on peut utiliser un pansement hydrogel recouvert d’une couche de cellophane pour conserver l’humidité à l’intérieur du pansement. Il faudra le changer tous les 2-7 jours selon la quantité d’exsudat qui sera produite.

Si les lésions sont très étendues, il faut également prescrire des antibiotiques à large spectre par voie systémique.

Les brûlures plus profondes nécessitent souvent une intervention chirurgicale pour favoriser la cicatrisation. On effectuera alors un parage des escarres suivi d’une fermeture primaire de la plaie ou d’une greffe de peau.

Les animaux ayant été brûlés sur une grande partie de leur corps (plus de 30% de la surface corporelle) doivent être hospitalisés en urgence et recevoir des soins intensifs. On effectuera une prise de sang pour réaliser une NF sanguine, une biochimie et vérifier que la coagulation est normale. Il faut perfuser l’animal avec un grand volume pour maintenir une pression artérielle et une diurèse suffisantes. Il faut vérifier régulièrement l’équilibre électrolytique tout au long du traitement. On utilisera des antibiotiques à large spectre s’il existe un risque de septicémie ou de pneumonie. L’animal recevra une oxygénothérapie si nécessaire, généralement lorsqu’il présente une pneumonie ou lorsqu’il a inhalé de la fumée. On appliquera des pansements comme décrit précédemment sur toutes les zones où c’est possible. Lorsque les membres ont été brûlés, il faut débrider les plaies dès que le patient est suffisamment stable afin d’empêcher une striction ou une ischémie du membre.

A savoir : les brûlures n’évoluent pas sur plus de cinq jours. Tant que l’animal survit et ne développe pas de complication médicale majeure, il est sur la voie de la guérison. On peut cependant s’attendre à une perte de fonction plus ou moins importante à cause de la cicatrisation. Il arrive dans certains cas que la cicatrisation ait de lourdes conséquences sur l’esthétique de l’animal.