Gestion des épillets

février 24th, 2015 | Redigé par admin in Gestion des épillets - (0 Comments)
© Eléonore H - Fotolia.com

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Les épillets sont des corps étrangers très fréquents chez les chats et les chiens ayant accès à un champ ou à une zone où les plantes ne sont pas entretenues. On les retrouve typiquement durant les derniers mois d’été, mais on peut être confronté à une otite chronique causée par un épillet qui a dégénéré en abcès, ou à un abcès avec une fistule le drainant de façon chronique tout au long de l’année. Les races de chiens à poils longs sont plus souvent affectées car les épillets s’emmêlent facilement dans les poils, et les chats ayant un vaste territoire également. Les barbillons de l’épillet facilitent sa migration à travers les tissus mous et rendent son extraction difficile.

Signes cliniques

Les épillets se logent souvent au niveau des oreilles, des yeux, des cavités nasales, du pharynx et des espaces interdigités, mais il est possible de les retrouver dans d’autres endroits. Les symptômes sont généralement d’apparition brutale, et sont souvent très sévères.

Selon la localisation de l’épillet, les signes cliniques typiques sont :

Oreilles : l’animal se met soudainement à secouer la tête après avoir fait de l’exercice dans un champ ou dans de hautes herbes. Cette localisation est rare chez les chats et plus fréquente chez les chiens ayant des oreilles tombantes. Les principaux diagnostics différentiels sont des piqûres d’insectes ou une réaction d’urticaire

Yeux : apparition brutale d’un blépharospasme et d’un épiphora qui devient rapidement mucopurulent. L’animal se frotte parfois vigoureusement l’œil touché au point de provoquer des irritations sur la peau autour de l’œil. Il n’y a généralement qu’un seul œil atteint. Il est très rare que le problème touche les deux yeux. Les diagnostics différentiels les plus importants sont une blessure de la cornée provoquée par un traumatisme (ex : griffure de chat), une substance caustique ou une ulcération cornéenne idiopathique. Une conjonctivite sévère, une uvéite ou un glaucome peuvent provoquer des signes similaires

Nez : l’animal se met brusquement à éternuer violemment et se frotte le nez. On observe parfois un  léger  saignement  venant  d’une  narine.  Bien que les  symptômes persistent,  leur sévérité diminue  assez   rapidement.

Pharynx : l’animal donne brusquement l’impression de s’étouffer et d’essayer de vomir, au point de parfois régurgiter de la nourriture. Cette localisation est plus courante chez les chats car ils ont tendance à manger de  l’herbe,  soit  directement,  soit  en  se  léchant. L’épillet  va  souvent  s’implanter  dans  les  cryptes amygdaliennes où l’animal arrive relativement bien à le tolérer durant quelques temps, jusqu’à ce qu’il pénètre la muqueuse et provoque un abcès parotidien ou rétropharyngé. Lorsque l’abcès se forme, l’animal peut présenter des signes de mal-être, avoir de la fièvre, présenter une dysphagie ; on peut voir un gonflement et mettre en évidence un inconfort autour de la gorge et de la partie crâniale du cou. Il arrive occasionnellement  que  l’épillet  migre  depuis le pharynx jusqu’aux poumons via la trachée, et provoque une toux généralement associée à une halitose  marquée.

Espaces interdigités : on observera alors un gonflement, de développement rapide, dans les espaces interdigités, qui finit par se rompre pour laisser une fistule. La zone devient alors irritée et l’animal se lèche de façon compulsive. Les épillets touchent souvent plusieurs espaces interdigités et plusieurs membres. S’ils ne sont pas retirés, ils peuvent migrer en remontant le membre et en formant de multiples fistules sur leur trajet. Cette localisation est plus rare chez le chat. Les principaux diagnostics différentiels sont le pyogranulome interdigité et la furonculose interdigitée pouvant être causés par une infection bactérienne ou des follicules pileux incarnés

Autres localisations : les épillets peuvent être à l’origine de la formation de fistules à n’importe quel endroit de la tête, du cou ou du tronc. Ils peuvent aussi provoquer un écoulement vulvaire ou préputial, un abcès dans les glandes anales, les poumons ou l’abdomen.

Traitement

Pour que le traitement soit efficace, l’épillet doit être retiré. Lorsqu’il n’est pas extrait, l’épiller peut provoquer des atteintes chroniques.

Oreilles : l’animal ne se laisse pas toujours faire lorsque le conduit auditif est douloureux. Il n’est pas rare que les deux oreilles soient atteintes, il est donc important de bien examiner les deux. Le vétérinaire retirera l’épillet à l’aide d’une pince spéciale introduite dans le cône d’un otoscope ayant un bon éclairage et un bon grossissement. L’opération s’effectue généralement sous sédatif ou avec un anesthésique général d’action courte. Lorsque l’animal est coopératif et bien tenu, la sédation n’est pas toujours nécessaire, mais l’extraction peut être douloureuse et il y a un risque de lésions de la membrane tympanique si l’animal bouge la tête au moment critique.

Une fois l’épillet retiré, le vétérinaire prescrira des gouttes auriculaires durant 2-3 jours contenant une association d’anti-inflammatoires et d’antibiotiques afin de limiter la douleur et prévenir le développement d’une infection.

Yeux : le vétérinaire instillera quelques gouttes d’anesthésique local dans l’œil pour soulager la douleur et permettre un bon examen ophtalmique. On observe souvent une ulcération étendue mais superficielle de la cornée, cependant elle n’est jamais centrale. Les épillets vont fréquemment se  loger  à  l’arrière de la troisième paupière ; on peut alors en voir l’extrémité  faire  protrusion  juste   au  bord  de la paupière. On n’aura recours à l’anesthésie générale que lorsque l’animal est très peu coopératif ou lorsqu’un doute persiste quant à la présence ou non d’un corps étranger. Lorsqu’on aperçoit l’épillet, on le saisira à l’aide d’une pince à bords mousse. On traitera l’ulcère cornéen avec une pommade ophtalmique antibiotique durant 3- 5 jours; il guérit généralement très rapidement. On évitera les corticoïdes dans les yeux car ils retardent la cicatrisation. Il faut parfois mettre une collerette quelques jours si l’animal se mutile au niveau de l’œil touché.

Nez : il est nécessaire d’effectuer une anesthésie générale en intubant l’animal avec une sonde endotrachéale  de bon diamètre  pour pouvoir explorer la cavité nasale correctement. On instillera quelques gouttes d’anesthésique local dans les narines afin de réduire les éternuements réflexes causés par l’irritation de la muqueuse nasale. Les corps étrangers pénètrent souvent dans la cavité nasale via le méat ventral, et lorsqu’on aperçoit un épillet, on pourra le retirer avec une pince à épillet. Si l’on ne trouve rien, il se peut que l’épillet ait migré dans le pharynx ; il faut alors repousser le palais mou avec une pince pour examiner les choanes. Si l’on ne trouve toujours rien, ou si l’épillet s’est fragmenté, il faut flusher la cavité nasale dans les deux sens avec une solution saline tiède pour déloger les débris. Après le retrait du corps étranger ou le flush, le vétérinaire mettra l’animal sous antibiotique à large spectre durant environ S jours, ainsi que sous anti-inflammatoires durant quelques jours. Contrairement à d’autres localisations, l’animal tolère en général assez bien la présence d’un épillet dans la cavité nasale après quelques temps ; il n’est pas rare que les mécanismes protecteurs naturels du nez finissent par désintégrer puis éjecter les débris du corps étranger.

Pharynx : bien qu’il puisse être possible de voir un épillet dans le pharynx avec un examen oral simple, il est nécessaire d’effectuer une anesthésie générale pour le retirer. Il arrive qu’il y ait plusieurs épillets dans le pharynx, il est donc indispensable de bien explorer toute la zone afin de détecter la présence éventuelle de fistules. Après son retrait, le vétérinaire prescrira un antibiotique à large spectre durant 3-5 jours ainsi qu’un anti-inflammatoire.

Espaces interdigités : il peut être difficile de trouver un épillet provoquant l’apparition de fistules, et il faut parfois opérer l’animal plusieurs fois pour résoudre le problème. L’examen clinique permet généralement de fortement suspecter la présence d’un épillet. La présence d’épillets entre les doigts ou emmêlés dans le pelage confortera le diagnostic. Lorsque l’animal est amené rapidement, il est possible de voir l’extrémité de l’épillet au niveau de son point d’entrée. Lorsque l’animal se laisse faire et qu’il est bien maintenu, on pourra introduire doucement une pince à épillet stérile dans le point d’entrée. Si on souhaite l’explorer plus profondément, il faut faire une anesthésie générale. Après son retrait, le vétérinaire mettra un pansement sur la plaie durant 3-4 jours pour qu’elle reste propre et ne s’aggrave pas ; il prescrira des antibiotiques à large spectre durant quelques jours. Si l’épillet a été retiré, les signes disparaîtront très rapidement.

Prévention

En ce qui concerne les chiens, la prévention repose sur la coupe des poils longs durant l’été, en particulier autour des pattes et des oreilles, et il faut essayer d’éviter les champs avec des herbes hautes quand le chien fait de l’exercice. Il est clair que pour les chats qui ont un accès à l’extérieur, la prévention est plus compliquée à mettre en place…