Les infections auriculaires

octobre 17th, 2016 | Redigé par admin in Infections auriculaires - (0 Comments)
© Eléonore H - Fotolia.com

© Eléonore H – Fotolia.com

Les infections auriculaires sont très courantes chez les chiens, moins chez les chats. Elles ont toujours pour origine une otite (inflammation du conduit auditif). L’otite peut être externe, dans ce cas elle sera limitée au conduit auditif externe vertical et horizontal, ou bien elle peut être interne lorsqu’elle touche l’oreille moyenne. Dans ce cas, l’infection aura progressé au-delà de la membrane tympanique jusqu’à la bulle tympanique. Les otites internes sont extrêmement rares et correspondent à une inflammation touchant la cochlée ou les conduits semi­ circulaires. Tout comme les autres affections cutanées, les infections auriculaire sont généralement secondaires à une maladie sous-jacente.

Différents facteurs et maladies prédisposant au développement d’otites chez le chien.

*Facteurs prédisposants :

  • oreilles tombantes

  • conduit auditif étroit congénital

  • nombreux poils dans les conduits auditifs

  • production de cérumen excessive

  • bains trop fréquents

*Causes primaires :

  • corps étranger (ex : épillet)

  • infestation par Otodectes cynotis

  • modification transitoire de la flore

  • dermatite atopique

  • allergie alimentaire

  • polype ou tumeur dans le conduit auditif

  • intolérance à certains médicaments auriculaires

  • hypothyroïdie

  • affections séborrhéiques

  • hyperplasie des glandes cérumineuses

  • otite à démodécie

*Facteurs d’entretien :

  • infection bactérienne résistante (ex : Pseudomonas)

  • otite moyenne

  • sténose progressive du conduit auditif

  • fibrose du conduit auditif

  • calcification du conduit auditif

  • ostéomyélite de la bulle tympanique

Les causes sous­ jacentes d’une otite sont regroupées en trois groupes : les facteurs de prédisposition, les causes primaires et les facteurs d’entretien. Les facteurs de prédisposition sont de nature anatomique, physiologique, ou comportementale ; ils favorisent le développement de l’otite, mais ne sont pas nécessairement des facteurs déterminants. Les causes primaires sont des maladies spécifiques, dans lesquelles les otites font partie du tableau clinique. Les facteurs d’entretien correspondent à des modifications chroniques pathologiques qui rendront les otites récurrentes ou réfractaires aux traitements. Chez les chats, les deux principales causes d’otite sont les Otodectes et les masses situées dans le canal auriculaire (polypes et tumeurs).

Indépendamment de l’origine de l’otite, le conduit auditif est généralement infecté par des levures ou des bactéries. Au départ, il s’agit d’une multiplication de la flore commensale, avec notamment Staphycococcus intermedius, Streptocoçcus canis ou Malassezia pachydermatis. Avec leur multiplication, on verra également apparaître des bactéries gram négatives comme Escherichia Coli, Proteus spp. ou Pseudomonas aeruginosa, en particulier lorsque le traitement initié au début de l’otite était inadapté.

Anamnèse et signes cliniques

On observe typiquement du prurit, des signes de douleur, une inflammation du conduit auditif,une odeur désagréable, un écoulement et l’animal secoue la tête. Les symptômes d’une otite moyenne sont les mêmes que ceux d’une otite externe; cependant, ils sont généralement plus persistants et récurrents, et peuvent conduire à une paralysie faciale. Bien que les otites internes soient rares, elles peuvent entrainer une surdité et un syndrome vestibulaire (tête penchée, nystagmus, ataxie). On interrogera en détail le propriétaire et on réalisera un examen dermatologique complet afin de détecter des signes d’une affection sous­-jacente. Par exemple, lorsque le chien se met brusquement à secouer la tête, l’hypothèse du corps étranger est la plus probable, alors qu’une apparition progressive du prurit est plus caractéristique d’une allergie.

Techniques diagnostiques spécifiques

Il existe deux techniques particulières à réaliser dès que l’on suspecte une otite : un examen otoscopique et une analyse cytologique de l’écoulement. L’examen otoscopique permettra de mettre en évidence un éventuel corps étranger, la présence d’acariens, l’aspect des conduits auditifs horizontaux et verticaux, l’aspect et l’intégrité de la membrane tympanique et de caractériser la nature de l’écoulement. Lorsqu’une seule oreille est touchée, le clinicien examinera en premier celle qui est saine. Il évitera ainsi de propager l’infection à l’oreille saine et gardera l’examen inconfortable pour la fin. Il peut arriver que le conduit soit trop douloureux, enflé, ou rempli de sécrétions au point qu’il soit difficile de réaliser un examen otoscopique complet. Il conviendra alors soit de sédater le chien, soit de l’anesthésier pour examiner correctement son oreille, ou encore de démarrer un traitement pour l’examiner à nouveau quelques jours plus tard. Le choix de la marche à suivre dépendra de la sévérité de l’atteinte, et du degré de suspicion des autres hypothèses diagnostiques. Tôt ou tard, il sera de toute façon indispensable de réaliser un examen otoscopique complet.

On effectuera une analyse cytologique de l’exsudat lors de la première visite ainsi que lors des visites de suivi. Cet examen est toujours réalisable, même lorsque l’oreille est trop douloureuse pour qu’il soit possible d’effectuer un examen complet. Il permet de déterminer rapidement la nature des agents infectieux en cause (coques, bacilles ou Malassezia). Lorsqu’on trouve des coques ou Malassezia, il est possible de démarrer un traitement empirique, car leur profil de sensibilité est assez facilement prévisible. En revanche, si l’on rencontre des bacilles, il est recommandé de faire une culture bactérienne afin d’obtenir un antibiogramme permettant d’adapter l’antibiothérapie. En effet, la résistance aux antibiotiques est beaucoup plus fréquente chez les bactéries Gram négatives. On recommande aussi d’en faire une lorsque le traitement se révèle inefficace.

Lorsqu’on est limité par le temps, plusieurs stratégies existent afin de faciliter l’introduction des examens cytologiques dans la clinique :

  • Apprendre à une auxiliaire spécialisée vétérinaire comment colorer et examiner les lames pendant que le client patiente

  • Garder le chien à la clinique quelques heures afin d’examiner la lame lorsqu’on en a le temps

  • Mettre de côté le prélèvement pour l’examiner plus tard. Dans l’hypothèse où il faudrait réaliser une culture bactérienne parce que des bacilles sont présents, on collectera également un échantillon stérile. On recommande moins cette méthode car le choix du traitement doit être de préférence prescrit à la lumière de l’examen cytologique. Idéalement, il faudrait que le client attente les résultats de l’analyse pour démarrer le traitement.

En plus de diagnostiquer et traiter l’infection en elle­- même, le clinicien doit essayer de déterminer l’affection sous-jacente. Ceci est particulièrement vrai chez les animaux souffrant d’otites récurrentes. Si le vétérinaire n’effectue pas cette démarche, l’otite risque de devenir chronique ou réfractaire.

Quel traitement ?

Certaines otites surviennent sans raison identifiable et peuvent être soignées en un seul traitement. Ces cas sont susceptibles d’être causés par des modifications passagères de l’écosystème dans le conduit auditif induites par des changements de température, d’humidité ou de la population microbienne. Cependant, si l’infection revient quelques jours ou quelques semaines plus tard, on recherchera une cause sous-jacente afin de la traiter pour éviter qu’elle ne devienne chronique.

Les infections limitées aux canaux verticaux et horizontaux pourront être traitées avec des gouttes auriculaires disponibles dans le commerce contenant diverses associations d’antibiotiques, antifongiques et corticoïdes. Les cliniciens choisiront les médicaments en fonction des organismes mis en évidence par la cytologie ou après culture et antibiogramme. Traiter des otites sans savoir quel est le type d’organisme présent favorise le développement d’antibiorésistances. Pour les infections n’impliquant que des coques, les antibiotiques de choix sont l’acide fusidique ou la polymyxine B. Lorsqu’il y a des bacilles, les options possibles (en attendant les résultats de la culture et de l’antibiogramme) sont la néomycine, la framycétine, la polymyxine B, la gentamicine ou la marbofloxacine, bien que ces deux dernières molécules aient le plus large spectre d’activité contre les bactéries gram-négatives. Il est possible de choisir l’un de ces antibiotiques avant réception des résultats de la culture, mais il faudra parfois en changer selon les résultats de l’antibiogramme. Si la membrane tympanique s’est rompue, ou si son intégrité ne peut être déterminée, on évitera de prescrire de la gentamicine car elle est la plus ototoxique. Les autres agents topiques peuvent généralement être utilisés en toute sécurité, mais les cliniciens doivent être conscients que tout médicament peut se révéler ototoxique, et il faudra envisager de référer si un doute persiste.

Lorsque seules des Malassezia sont présentes, la résistance n’est pas un problème, et toutes les molécules antifongiques disponibles dans le commerce sous forme de gouttes auriculaires sont susceptibles d’être efficaces, comme le miconazole, le clotrimazole ou la nystatine. Il est donc préférable de choisir des gouttes ne contenant pas d’antibiotiques de dernière génération si un antifongique efficace est disponible. Ainsi, on évitera les produits contenant de la gentamicine ou de la marbofloxacine en association avec des molécules antifongiques, car ils sont très utiles pour traiter les infections à bactéries Gram négatives, et leur utilisation irraisonnée peut favoriser le développement de résistances, en particulier si seules des Malassezia sont présentes.

La présence de corticoïdes dans les gouttes est intéressante pour réduire l’inflammation et la douleur ; le type de corticoïde ne semble pas être important et n’est pas pris en compte dans le choix du traitement. Lorsque le conduit auditif est extrêmement sténosé, un traitement court à base de corticoïdes systémiques peut s’avérer efficace pour réduire l’inflammation et rétablir la lumière du conduit. Les solutions auriculaires contenant des céruménolytiques et des agents asséchants peuvent également être bénéfiques pour la gestion des otites. Ces produits sont particulièrement utiles lorsque le conduit auditif est très cérumineux ou trop sale pour permettre aux gouttes antibiotiques de pénétrer, ou encore dans la gestion à long terme des otites chroniques cérumineuses.

Les animaux traités pour une otite doivent être ré­examinés après 5-7 jours de traitement afin d’assurer un suivi clinique. Ceci est important car les clients ne sont pas en mesure d’évaluer si l’infection a bien été traitée dans le canal horizontal. On recommande d’effectuer des examens cytologiques réguliers afin de surveiller l’évolution de la nature des micro-organismes présents, car il n’est pas rare qu’il soit nécessaire de modifier le traitement. Si l’infection n’a pas totalement disparu,on poursuivra le traitement. Si la nature de l’otite a changé (ex : micro-organisme différent), le traitement doit être modifié.

Si une cause sous-jacente est identifiée, il faut la prendre en compte et la traiter. Une mauvaise aération et une humidité accrue, associées à des facteurs de prédisposition nécessiteront d’effectuer des nettoyages réguliers des oreilles et éventuellement d’épiler les poils. Si ces mesures sont insuffisantes, et que le clinicien n’est pas certain de leur implication dans le processus pathologique, un traitement chirurgical du conduit auditif par résection de la paroi latérale ou ablation du canal vertical peut être bénéfique.

Les causes primaires nécessitent un traitement spécifique : retrait des épillets et autres corps étrangers, traitement des acariens, retrait des polypes ou des tumeurs. Cependant, si l’origine est allergique, le traitement sera long, tout comme la gestion de la composante cutanée. Une intervention chirurgicale n’est pas indiquée pour le traitement des causes primaires, sauf s’il faut retirer une tumeur.

Les facteurs d’entretien sont parfois les plus difficiles à traiter car ils peuvent rendre l’infection récurrente ou chronique. Si les facteurs d’entretien ne sont pas traités, le canal auditif peut finir par être définitivement et irréversiblement endommagé. Si les démarches diagnostiques et thérapeutiques décrites ci-dessus sont bien suivies, il est généralement possible d’éviter que ne se développent des facteurs d’entretien. Une fois qu’ils sont installés en revanche, il sera nécessaire de réaliser une intervention médicale et/ou chirurgicale assez complexe pour les traiter.

Technique standard de nettoyage des oreilles

Afin d’augmenter les chances de réussite du traitement, on montrera aux propriétaires comment nettoyer correctement les oreilles de leur animal. On inonde le conduit de nettoyant auriculaire tout en tenant fermement le pavillon. Ensuite, il faut masser les cartilages des conduits horizontaux et verticaux. Il faut ensuite montrer aux propriétaires comment masser la partie profonde du conduit afin que le nettoyage soit efficace. Lorsqu’il est bien effectué, on entendra un bruit caractéristique de succion. Le chien peut ensuite secouer la tête pour éliminer une bonne partie du produit. On retirera doucement le surplus avec une compresse légèrement humide ou un morceau de coton. Il est préférable d’éviter d’utiliser des cotons-tiges car ils repoussent les débris au fond du conduit. Les propriétaires devront bien examiner la compresse pour voir ce qu’elle a ressorti de l’oreille. Cette étape est très importante lorsque les nettoyages sont effectués à long terme, car elle permet de déterminer la fréquence des nettoyages nécessaire. Ces nettoyages pourront n’être effectués que temporairement, afin d’augmenter l’efficacité du traitement de l’infection. En revanche, s’ils sont poursuivis à long terme, l’aspect de la compresse après le nettoyage permet de déterminer à quelle fréquence les renouveler. Si la compresse est très sale, on renouvellera le nettoyage des oreilles le lendemain. Si elle ressort complètement propre, le nettoyage pourra être espacé à un jour sur deux. Si la compresse reste propre lors des nettoyages suivants, on espacera à deux fois par semaine, et on pourra parfois réduire à une seule fois. Lorsque la compresse redevient sale, il faut augmenter à nouveau la fréquence des nettoyages.

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

Il y a deux issues que le propriétaire peut considérer comme des « échecs ». Il est d’abord possible que l’infection initiale régresse, mais elle peut récidiver. Il est alors presque sûr que le clinicien est passé à côté d’une infection sous-jacente. Tant qu’elle n’aura pas été identifiée, le problème ne sera jamais complètement résolu. Sinon, il est possible que l’infection ne réponde pas au traitement mis en place initialement. Cette situation est généralement due à la présence de germes résistants tels que Pseudomonas aeruginosa. On réalisera alors une culture associée à un antibiogramme afin d’utiliser un antibiotique approprié.

Si l’origine est établie de façon certaine et qu’elle est traitable (corps étranger, acariens, modification de la flore suite à de nombreux bains), la gestion de l’infection ne devrait pas impliquer de frais importants. Les coûts supplémentaires qu’engendreront les examens cytologiques seront largement compensés par le risque que représente la mise en place d’un traitement inadapté, pouvant conduire à la sélection de bactéries résistantes. Les otites nécessitant un traitement chirurgical (tumeur dans le conduit auditif) ou associées à des affections à vie (allergies) reviendront inévitablement plus cher à traiter. La facture deviendra très élevée lorsque des facteurs d’entretien s’installent, tels que des infections à Pseudomonas résistants, une otite moyenne ou un autre processus irréversible. Il est la plupart du temps possible d’éviter cet écueil en initiant rapidement un traitement adapté dès la première visite.