La cécité

22, Nov, 2015 | Rédigé par admin
© CALLALLOO CANDCY

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La cécité correspond au manque ou à la disparition de l’habilité à voir. Elle va de l’incapacité à se déplacer dans la maison suite à la perte de l’acuité visuelle, à l’absence totale de perception de la lumière. La cécité fait généralement suite à une lésion intraoculaire, mais elle peut également faire suite à une atteinte centrale (du nerf optique ou de l’encéphale).

Les maladies marquées d’une * sont actuellement incurables et provoquent une perte définitive de la vision. li existe un traitement potentiel pour toutes les autres si un diagnostic correct est établi.

  • Traumatisme

  • Kératite

  • Cataracte

  • Hémorragie intraoculaire (hyphéma)

  • Uvéite (antérieure, postérieure)

  • Glaucome Choriorétinite

  • Décollement de la rétine •

  • ARP *

  • Syndrome de dégénérescence rétinienne acquise soudaine (SARD) •

  • Névrite optique Lésion intracrânienne

  • Tumeur

  • Hypertension systémique

  • Agent toxique, ex :ivermectine, enrofloxacine *(chats).

Approche diagnostique

Lorsqu’un animal est aveugle, le clinicien doit rapidement essayer de déterminer :

  • Si l’affection peut être diagnostiquée au sein de la clinique (par exemple par un non-spécialiste) ?

  • Si une fois diagnostiquée, l’affection peut être traitée ?

Il est très utile de recueillir une anamnèse détaillée lorsqu’on est face à un cas de cécité. Beaucoup de maladies à l’origine d’une perte de la vision touchent préférentiellement certaines races ou catégories d’âge. La cécité peut être soudaine (traumatisme, hyphéma, SARD) ou progressive (cataracte, ARP). Certaines causes de cécité sont associées à une douleur (uvéite, glaucome), alors que d’autres sont asymptomatiques, mis à part la perte de la vision.

Il est également essentiel d’effectuer un examen clinique complet car certaines affections sont la conséquence d’une maladie systémique plus étendue. Il faut prêter une attention part1cullère au cœur, aux thyroïdes et aux reins chez les chats âgés, car la cécité fait souvent suite à une hypertension systémique dans cette espèce. On examinera également l’animal à distance pour détecter tout signe d’asymétrie (position du globe, déviation de la ligne médiane du nez, etc.) ou de douleur,un déficit neurologique, un écoulement oculaire ou une modification du comportement.

Une fois l’examen clinique effectué, on réalisera un examen ophtalmologique complet comprenant une évaluation de la cornée, du cristallin, de l’iris, des chambres antérieure et postérieure, de la rétine et du nerf optique. Le cristallin sera examiné à l’aide d’un ophtalmoscope direct ou d’une lampe-stylo. Il faut provoquer une mydriase pour observer correctement la rétine et le nerf optique. Pour ce faire, on instillera une goutte de tropicamide afin d’obtenir une mydriase rapidement (15-20 minutes) et qui dure peu de temps (2-3 heures). Il ne faut pas utiliser d’atropine car son effet dure longtemps dans la majorité des espèces (jusqu’à plusieurs jours chez le chien et le chat). Il faut s’attarder sur l’examen de la vascularisation de la rétine et de l’émergence du nerf optique. Il est normalement facile de détecter un décollement de la rétine, même sans un examen ophtalmologique détaillé.

Il faut ensuite procéder à un examen neurologique, on évaluera :

  • Le réflexe de clignement à la menace – à l’aide d’un mouvement de la main en face du globe

  • Le réflexe palpébral – en touchant les commissures palpébrales médiales et latérales

  • Le réflexe vestibulo-oculaire – en bougeant doucement la tête de haut en bas puis de gauche à droite tout en observant les mouvements du globe Le réflexe photomoteur – en éclairant un œil puis en observant la réponse pupillaire

  • Le réflexe d’éblouissement – en éblouissant l’œil à l’aide d’une lumière vive et en observant la réaction de l’animal (bouge la tête pour l’éviter). Les ophtalmologues utilisent souvent un test supplémentaire pour évaluer la perte de la vision qui consiste à déterminer sil’animal arrive à éviter des obstacles (bien qu’il ne soit pas toujours facile à mettre en œuvre dans une clinique classique). On l’effectuera à la fois sous une intensité lumineuse normale et dans une semi-obscurité, car la perte de la vision nocturne est un des principaux signes d’une ARP.Il est également utile de cacher un œil puis l’autre pour évaluer la réponse de chacun indépendamment de l’autre, et ainsi détecter les anomalies unilatérales.

Traitement

Il est capital d’établir un diagnostic correct aussi rapidement que possible afin d’optimiser la gestion de la cécité. Le diagnostic permettra en effet de déterminer s’il existe un traitement médical ou chirurgical disponible permettant de corriger la cécité. Il est important de distinguer si l’origine de l’affection primaire est oculaire, nerveuse ou systémique afin d’orienter le traitement chirurgical ou médical. Beaucoup d’affections à l’origine d’une cécité sont associées à une maladie systémique clinique ou à des symptômes systémiques, ex : la cataracte associée à un diabète sucré ; une tumeur intraoculaire associée à un lymphome ; un hyphéma associé à une thrombocytopénie à médiation immunitaire ; une choriorétinite associée à une toxoplasmose.

Lorsque l’animal devient brutalement aveugle, il peut montrer des signes d’anxiété, de confusion et parfois devenir agressif ; il peut donc être intéressant de lui fournir des soins de soutien au début. On privilégiera des soins pour son confort plutôt que des soins médicaux tant que le diagnostic n’est pas encore établi. Certaines affections engendrant une cécité brutale sont également très douloureuses (ex : uvéite ou glaucome). Il convient donc de fournir une analgésie appropriée à l’aide d’opioïdes.

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

Certaines affections responsables d’une cécité sont incurables (ex : ARP, SARD) tandis que d’autres ne pourront être soignées avec succès qu’après une opération chirurgicale. Il arrive que le traitement soit efficace temporairement puis que la maladie récidive (ex : tumeur). En règle générale, plus l’animal reste aveugle longtemps, moins il a de chances de recouvrer la vue un jour. Il faut donc diagnostiquer très rapidement la maladie et mettre en place un traitement agressif le plus tôt possible pour optimiser les chances de guérison. C’est pour cette raison que l’on conseille de référer l’animal à un spécialiste dès que possible lorsque le diagnostic n’apparaît pas immédiatement évident pour le clinicien.

Il est possible de limiter les frais en arrivant à identifier la cause sous-jacente uniquement grâce à l’anamnèse et à l’examen clinique. Cependant, il est généralement nécessaire d’effectuer des examens plus poussés et souvent plus chers si l’on souhaite déterminer l’origine exacte de la cécité. Il convient de prévenir les clients que la majorité des traitements à long terme peuvent se révéler coûteux, mais que l’investissement final peut être diminué en ne limitant pas excessivement le budget initial alloué aux investigations diagnostiques. Si les moyens financiers des clients ne sont pas suffisants pour explorer toutes les hypothèses diagnostiques et/ ou financer le coût du traitement, la décision finale dépendra principalement de la présence ou non de douleur oculaire. Si l’œil est douloureux, il est possible d’envisager une énucléation. S’il n’est pas douloureux, la seule option restante est de laisser l’animal s’adapter à son environnement sans l’aide de sa vision. Pour l’aider à s’adapter à son nouveau mode de vie, il faut éviter au maximum de modifier son environnement, par exemple ne pas déplacer continuellement les meubles ou nettoyer les tapis ;adopter une communication verbale pour aider l’animal et empêcher qu’il ne se blesse ; utiliser un sifflet lors des balades pour que l’animal puisse localiser son propriétaire plus facilement.

A moins que le diagnostic n’apparaisse évident immédiatement, on envisagera de référer l’animal dès le premier examen clinique si l’on souhaite optimiser ses chances de recouvrer la vue un jour. Il arrive qu’il soit plus rentable de référer l’animal vers un spécialiste car le diagnostic pourra lui sembler évident très rapidement contrairement à un vétérinaire moins expérimenté. La correction chirurgicale d’un glaucome ou d’une cataracte ne doit être entreprise que par un spécialiste.

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