La fièvre

7, Juil, 2016 | Rédigé par admin
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© Rita Kochmarjova

La fièvre correspond à une élévation de la température corporelle. Elle peut avoir beaucoup d’origines, dont une grande partie ne sont pas infectieuses (voir la liste des diagnostics différentiels). Une « vraie » fièvre est due à la production de substances pyrogènes endogènes, qui vont augmenter la température de référence dans le centre de thermorégulation de l’hypothalamus (aire pré­ optique), ce qui provoque une hausse de la température centrale par une combinaison d’activation de mécanismes thermogéniques et conservateurs de la chaleur. Tout ceci dans le but de combattre une infection, en ralentissant par exemple la réplication des virus et en augmentant l’activité des leucocytes. La température corporelle peut aussi augmenter à la suite d’une mauvaise élimination de la chaleur (coup de chaleur) ou d’un exercice musculaire excessif.

La température rectale physiologique chez les chats et les chiens est généralement comprise entre 38 et 39°C. Si la température dépasse 41,5°C, des dégâts irréparables peuvent survenir dans les organes et l’animal peut même mourir. Cette température n’est en général pas dépassée en cas de « vraie » fièvre, mais plutôt lors d’un coup de chaleur ou d’un exercice musculaire trop intense.

Principaux diagnostics différentiels

Vraie fièvre

  • Infection (bactérienne, virale, fongique ou proto­zoaire)

  • Maladie inflammatoire non infectieuse (ex : pancréatite)

  • Maladie d’origine immunitaire

  • Tumeur (en particulier myéloproliférative) Traumatisme/nécrose

Impossibilité d’évacuer la chaleur (coup de chaleur)

    • Humidité et/ou température de l’environnement trop élevées

    • Obstruction respiratoire

Exercice musculaire trop intense

    • Convulsions sur une longue durée

    • Exercice violent

Approche diagnostique

Il faut d’abord chercher à vérifier que la fièvre est significative. Les animaux atteints d’une vraie fièvre sont en général amenés chez le vétérinaire à cause d’autres symptômes comme une léthargie ou un manque d’appétit. Les augmentations modérées de température (39,0-39,5°() sont parfois des découvertes fortuites chez des patients qui semblent en bonne santé lorsque la température ambiante est trop élevée ou lorsqu’ils sont excités. Ces animaux, ainsi que ceux souffrant d’un coup de chaleur, essaieront souvent de faire baisser leur température en haletant ou en changeant souvent de position, alors que ceux souffrant d’une vraie fièvre ne le feront pas, car l’altération de la température centrale de référence n’active pas ces mécanismes de régulation.

Après un coup de chaleur ou un exercice musculaire excessif, les animaux sont souvent dangereusement hy­perthermiques (> 41,0°C). Il faut rapidement demander l’anamnèse et évaluer les systèmes cardiovasculaire et respiratoire afin de réaliser les gestes d’urgence néces­saires.

Pour les patients chez qui l’on soupçonne une vraie fièvre, il faut recueillir une anamnèse complète et détaillée, en prêtant une attention particulière aux éléments pouvant expliquer l’origine de la fièvre, par exemple de la toux, des éternuements, des signes d’affections du bas appareil urinaire (ABAU) ou une diarrhée. Il faut vérifier le statut vaccinal de l’animal et noter les éventuels voyages hors du pays (en cas de maladie infectieuse exotique).

On réalisera ensuite un examen clinique complet afin d’essayer de déterminer l’origine de la fièvre. Les élé­ments pouvant indiquer une cause bactérienne sont les abcès, les problèmes dentaires, un écoulement nasal purulent, des bruits respiratoires augmentés (ex : pneumonie), ou diminués (ex : pyothorax), l’apparition d’un souffle (ex : endocardite), une douleur abdomi­nale focale (ex : pyélonéphrite), une douleur abdomi­nale diffuse (ex : péritonite), un écoulement vaginal (pyomètre), une douleur prostatique (prostatite), une douleur vertébrale (ex : discospondylite), une douleur/ effusion articulaire (ex :arthrite septique), une douleur osseuse (ex : ostéomyélite) ou une douleur au niveau des glandes anales (abcès). Chez les chats, il faudra aus­si penser aux maladies virales telles que le FIV, le FeLV ou la PIF,et aussi penser aux atteintes respiratoires. Les signes indiquant une origine immune ou une maladie inflammatoire non septique sont des articulations gonflées ou douloureuses (ex : polyarthrite), une douleur lors de la manipulation du cou ou de la colonne vertébrale (ex : polyarthrite ou méningite), une douleur abdominale crâniale (ex : pancréatite), une anémie ou des problèmes dermatologiques importants. Un examen attentif dans l’objectif de déceler une tumeur doit inclure la palpation des nœuds lymphatiques et de l’abdomen (de la rate en particulierà. Beaucoup des symptômes énoncés précédemment ont souvent plusieurs causes et nécessiteront de poursuivre les investigations afin de confirmer le diagnostic.

Il arrive aussi que certains patients présente une forte fièvre sans aucun autre symptôme évident à l’examen clinique ; on dit alors que la fièvre est idiopathique, et son diagnostic peut se révéler très difficile, tout comme son traitement.

Traitement

Les patients ayant une température rectale supérieure à 41°C (en général due à un coup de chaleur ou à des convulsions) nécessitent des soins d’urgence. Ces patients montrent souvent des signes de déshydratation et/ou de choc hypovolémique. Il faut faire baisser leur température à l’aide d’un climatiseur et en appliquant de l’alcool sur les membres. Il faut éviter d’appliquer de l’eau froide ou de la glace car ceci provoque une vasoconstriction et donc une déperdition de chaleur moindre. Il faut arrêter de faire descendre lorsqu’elle atteint 39,5-40°C, afin d’éviter une hypothermie rebond. On administrera des critalloïdes en IV, refroidis ou à température ambiante, afin de soutenir le système cardiovasculaire, et on supplémentera en oxygène à l’aide d’un masque, en intubant ou avec un cathéter intranasal pour optimiser l’apport d’oxygène aux tissus.

Chez les patients ayant une vraie fièvre, toute source possible identifiée au cours de l’examen clinique doit être explorée et traitée de façon appropriée. Si l’on identifie une origine bactérienne, il faut démarrer un traitement antibiotique adapté. Il n’est pas nécessaire de perfuser l’animal à moins qu’il ne soit déshydraté, hypovolémique, ou que sa température rectale soit supérieure à 41°C. Les techniques de refroidissement actif décrites plus haut risquent d’être contre-productives car elles ne modifieront pas l’altération du thermostat central, et en plus le patient gaspillera son énergie pour élever à nouveau sa température.

Chez les animaux dont la fièvre est idiopathique, l’approche dépendra de la sévérité des autres symptômes. Si l’état général du patient est très altéré (ex : plusieurs jours d’anorexie ou signes cliniques de déshydratation), il faut réaliser des examens complémentaires (en commençant par des analyses sanguines, une biochimie et une analyse urinaire). Si l’état de l’animal ne se détériore que depuis 24-48h et s’il semble encore assez vif, un traitement empirique est justifié. Il est possible que certains patients guérissent sans médicament, mais les propriétaires tiennent en général à ce qu’on prescrive un traitement qui rétablira rapidement leur animal. La communication avec les clients est essentielle, en leur expliquant le raisonnement justifiant le traitement mis en place et en insistant sur la nécessité de revoir l’animal.

Il est important de garder à l’esprit (et d’expliquer au propriétaire) que les animaux ayant de la fièvre n’ont pas tous une infection bactérienne. Il faut prescrire des antibiotiques lorsque l’on soupçonne une origine bactérienne, par exemple chez les chats qui ont accès à l’extérieur et qui peuvent s’être bagarrés, ou chez les patients ayant des antécédents d’infections bactériennes urinaires ou respiratoires. Un traitement court à base d’antibiotiques peut aussi être envisagé pour les autres cas de fièvre idiopathique, au vu de la difficulté de détecter les premières phases de certaines des infections bactériennes listées précédemment.

Afin d’améliorer rapidement l’état général du patient, de lui redonner de l’appétit et de diminuer sa température corporelle durant 24-48h, une injection d’AINS peut suffire ou être associée à des antibiotiques. Ceci peut donner le temps au corps de résoudre par lui-même la cause sous-jacente, même s’il est peu probable qu’elle masque les symptômes d’une maladie sévère. Bien que la fièvre puisse être un mécanisme de défense chez les patients ayant une maladie infectieuse, peu de preuves ont été apportées qu’une injection unique d’AINS serait néfaste chez un chat ou un chien qui a été entièrement examiné et chez qui on n’a trouvé aucun indice concernant l’origine de la fièvre.

L’approche spécifique qui sera adoptée dépend du clinicien, qui prendra en compte toutes les informations importantes concernant l’animal. Il pourra envisager de démarrer le traitement par la prescription sur une courte durée (5-7 jours) d’antibiotiques PO comme l’ampicilline ou l’amoxicilline, et/ou une injection d’AINS pour faire baisser le point de déclenchement du thermostat hypothalamique. Indépendamment du traitement donné, le patient devra être examiné à nouveau si son état ne s’améliore pas ou s’il montre des signes de rechute dans les 24-48h qui suivent.

Que faire si l’état ne s’améliore pas ?

Un traitement adapté à une infection bactérienne identifiée améliorera en général rapidement l’état de l’animal ainsi que le pronostic, dans la mesure où il n’y a pas d’autre affection systémique. Changer d’antibiotique tous les deux jours pour évaluer la réponse au traitement n’est pas recommandé ; si l’animal ne répond pas au traitement antibiotique initial, il est peu probable qu’il s’agisse uniquement d’une simple infection bactérienne. D’autres causes de fièvre comme le FeLV, la PIF, une infection fongique ou par des protozoaires, un cancer lymphoprolifératif ou certaines maladies à médiation immune ont un pronostic plus sombre même avec un traitement adapté.

Si l’on considère la fièvre comme idiopathique et que l’animal ne répond pas ou que la fièvre récidive après avoir reçu un traitement antibiotique, associé ou non à un AINS,il faut réaliser d’autres examens complémentaires. La plupart du temps, d’autres signes cliniques auront fait leur apparition, et permettront de mieux orienter les examens et le traitement. Il faut examiner à nouveau attentivement l’animal et effectuer une nouvelle analyse biochimique, une numération­ formule sanguine ainsi qu’une analyse des urines (avec une culture notamment). Chez les chats, il faut les tester pour le FIV et le FeLV, et également envisager la PIF. On ponctionnera à l’aiguille fine toute masse ou gonflement anormaux.

Si le clinicien n’arrive toujours pas à trouver la cause, il faut envisager une origine néoplasique, infectieuse ou immunitaire et réaliser des clichés thoraciques et abdominaux, ainsi qu’une échographie abdominale. Certains cas nécessiteront des examens plus spécifiques, tels qu’une biopsie des masses anormales, une échocardiographie, une hémoculture, une ponction de LCR, de liquide synovial ou encore de moelle osseuse.

La majorité des patients présentant de la fièvre iront mieux d’eux-mêmes après 24-48h. Il est souvent difficile de savoir si c’est grâce au traitement empirique ou non. Si on a prescrit un traitement empirique à base d’antibiotiques, on pourra limiter son coût en choisissant de l’ampicilline ou de l’amoxicilline.

Les patients dont l’origine de la fièvre demeure inconnue se révèlent souvent frustants et chers à explorer, et même dans un centre spécialisé, on n’aboutira pas au diagnostic dans 10 à 15 % des cas. Si les propriétaires ne souhaitent pas poursuivre les investigations, on devra parfois poursuivre le traitement avec des antibiotiques à large spectre. Si l’animal ne répond pas aux antibiotiques, on pourra essayer de donner des corticoïdes à dose immunosuppressive au cas où on aurait raté une maladie immunitaire. Cependant, si on décide d’utiliser des AIS à ces doses, il faut prévenir le propriétaire que l’animal risque de mourir s’il y avait un processus infectieux car il pourrait alors se disséminer.

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