L’alopécie

19, Juin, 2015 | Rédigé par admin

L’aspect dénudé résultant de la perte de poils est connu sous le nom d’alopécie. Elle peut être partielle lorsque la densité pileuse est juste réduite, ou totale lorsque la zone touchée est complètement nue. Plusieurs mécanismes peuvent être à l’origine d’une alopécie :

  • Traumatisme auto-infligé, le plus souvent dû à du prurit

  • Folliculite, généralement d’origine bactérienne, fongique ou parasitaire

  • Interruption du cycle pileux, lorsque les follicules pileux sont presque tous en phase télogène, typiquement lors de maladie métabolique ou endocrinienne

  • Malformation du follicule pileux, comme lors d’alopécie congénitale ou de dysplasie folliculaire.

Différentes formes d’alopécie

L’alopécie chez les chiens peut se manifester sous trois formes différentes qu’il est important de distinguer pour le diagnostic différentiel :

  1. Une plaque unique alopécique est souvent provoquée par une démodécie, une dermatophytose, une cicatrice, des injections sous-cutanées de corticoïdes ou l’application locale de certains médicaments

  2. Une alopécie multicentrique (le pelage semble alors « mité », et les lésions correspondent à de multiples plaques alopéciques plus ou moins circulaires réparties sur tout le corps) est généralement due à une démodécie, une dermatophytose ou une folliculite staphylococcique.

  3. Une alopécie symétrique ou diffuse se rencontre dans les formes généralisées de démodécie ou de dermatophytose, mais également lors de maladie endocrinienne (hypothyroïdie, syndrome de Cushing, alopécie liée à une endocrinopathie sexuelle à expression cutanée, nanisme hypophysaire, alopécie cyclique des flancs), de dysplasie folliculaire (alopécie congénita le, alopécie des robes diluées, dysplasie folliculaire des poils noirs, dysplasie folliculaire liée à la race, alopécie en patron) ou d’adénite sébacée.

La perte spontanée de poils chez le chat est rare et non traitée dans ce chapitre. La cause la plus courante de chute de poils chez les chats est un léchage excessif.

Diagnostics différenciels

La première étape consiste à déterminer si la perte de poil est cliniquement significative. Certains chiens seront présentés pour une chute excessive de poils alors qu’ils sont souvent simplement en train de muer de façon importante. Si c’est le cas, il n’y aura pas de zone d’alopécie, et bien que les poils tombent facilement lorsqu’on les brosse, ilne se formera pas de zones nues. A partir de l’anamnèse et de l’examen clinique, il peut être possible d’établir un diagnostic par «reconnaissance de schémas » chez les chiens alopéciques. C’est le cas lors d’une alopécie se situant au niveau d’un point d’injection, d’un traumatisme ou d’une cicatrice, d’une alopécie faisant suite à l’application d’un médicament, d’une alopécie congénitale, d’une alopécie faisant suite à un nanisme hypophysaire, mais également lors de dysplasie folliculaire des poils noirs, d’une alopécie liée à une endocrinopathie sexuelle à expression cutanée ou d’une alopécie cyclique des flancs. Cette dernière est la seule forme d’alopécie qui apparaît puis disparaît selon la saison. Si le diagnostic n’est pas tout de suite évident, on examinera attentivement la peau et le pelage afin de hiérarchiser les hypothèses diagnostiques. On s’attardera en particulier sur les poils en bordure de la zone alopécique afin de déterminer s’ils s’en vont facilement (comme lors d’affection endocrinienne) ou s’ils sont cassés au niveau de la surface de la peau (comme lors dedermatophytose). On pourra trouver des comédons lors de démodécie, d’hypothyroïdie ou d’un syndrome de Cushing. Il est également courant de voir des manchons pilaires lors de démodécie ou d’adénite sébacée. Lors d’hyperpigmentation, une coloration noire et diffuse de la peau suggère la présence d’une maladie endocrinienne, alors qu’une pigmentation gris ardoise oriente plutôt vers une démodécie. On évaluera également l’épaisseur de la peau, car elle diminue lors d’un syndrome de Cushing et augmente lorsque la zone est prurigineuse.

Bien que ces indices soient utiles, ils ne permettront pas d’établir un diagnostic définitif, il faudra donc envisager de faire des examens complémentaires. La première chose à faire lorsque le clinicien est face à un cas d’alopécie canine, est d’éliminer l’hypothèse d’une démodécie en examinant les poils (trichogramme) ou en réalisant un raclage cutané. On explorera l’hypothèse d’une dermatophytose si l’anamnèse et les lésions cutanées concordent avec ce diagnostic. L’alopécie multicentrique associée à une folliculite staphylococcique peut être diagnostiquée en évaluant la réponse à un traitement antibiotique adapté.

Pour explorer une hypothèse endocrinienne lors d’alopécie symétrique, les cliniciens élimineront d’abord l’hypothyroïdie et un syndrome de Cushing. On recherchera d’abord des signes caractéristiques de ces affections dans l’anamnèse et l’examen clinique. Certains paramètres d’une analyse biochimique et d’une NF sanguine pourront aussi orienter vers l’une ou l’autre de ces maladies. Cependant, il sera nécessaire de faire une analyse spécifique du fonctionnement de la thyroïde ou de la fonction surrénale pour établir un diagnostic de certitude.

Lors d’alopécie inexpliquée, le plus judicieux sera de référer le chien à un dermatologue pour éviter les frais inutiles. Une biopsie cutanée et d’autres analyses sanguines, telles qu’un profil des hormones sexuelles, peuvent être utiles dans certains cas, mais il reste essentiel de mettre ces résultats en parallèle avec la présentation clinique des lésions pour établir le diagnostic.

Quel traitement ?

Le traitement de l’alopécie dépend entièrement de son origine. Il n’est jamais conseillé d’essayer de stimuler la croissance pileuse avec des hormones ou d’autres traitements. La probabilité de repousse des poils varie énormément selon la cause sous-jacente. Cependant, on peut dire que lors de démodécie, de dermatophytose, d’infection staphylococcique, d’hypothyroïdie ou d’un syndrome de Cushing, un traitement adapté est généralement efficace. Le retrait des tumeurs testiculaires sera suffisant lors d’alopécie liée à une endocrinopathie sexuelle à expression cutanée, à condition qu’il n’y ait pas de métastase sécrétante. En revanche, il n’y a que peu, voire aucun espoir de repousse du poil pour certaines affections telles que qu’une alopécie congénitale ou une dysplasie folliculaire.

La manière la plus efficace de limiter les frais est d’établir le diagnostic aussi rapidement que possible. Les cliniciens doivent adopter une démarche ordonnée et systématique face aux cas d’alopécie, et réaliser des analyses uniquement dans le but de confirmer ou d’éliminer définitivement une hypothèse diagnostique fortement probable. Paradoxalement, référer le patient à un spécialiste peut permette au client d’économiser de l’argent au final, car le diagnostic et le pronostic seront généralement établis le plus rapidement possible et avec un minimum d’examens complémentaires.

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