Le cas de Myrtille : un abcès oculaire

11, Fév, 2015 | Rédigé par admin

Myrtille est une jument de robe aubère, arrivée au refuge Aide aux Vieux animaux en août 2011, à l’âge de 18 ans et demi. Née dans la Manche en avril 1992, cette gentille ponette croisée New Forest, « toujours très calme et n’ayant peur de rien », d’après Sylvie Dereeper, secrétaire à l’AVA et sa propriétaire, avait été mise à la retraite après avoir servi dans un club équestre de la région de Rouen.

Son histoire

Au printemps 2012, pour ses 20 ans, Myrtille s’installe chez Sylvie et son mari, dans un pré d’un hectare qu’elle partagera pendant près d’un an avec Michele, un poney hongre de 25 ans, conseillé par AVA comme compagnon animal pour que Myrtille ne se sente pas seule (les chevaux sont des animaux grégaires, ne l’oublions pas!). En quelques heures, celle-ci se sent déjà comme chez elle : « Nous allions les voir plusieurs fois par jour, tous les jours, par tous les temps, sans exception. Le matin, la première visite était agrémentée de friandises (pommes, carottes, pain sec et dur) et c’était l’occasion de contacts physiques entre eux et nous », se souvient Sylvie. « Le terrain dont ils disposaient leur permettait de nous faire des apparitions surprises aux fenêtres, quémandant une friandise et satisfaisant leur curiosité – genre « elle est comment votre écurie ? » – ce qui ne manquait pas de nous amuser et d’étonner les passants. »

Myrtille dans son nouveau pré

Myrtille dans son nouveau pré

Myrtille avec Michele

Myrtille avec Michele

Un matin de février 2013, Sylvie et son mari retrouvent Michele mort, avec Myrtille à ses côtés qui semblait les attendre. Elle accueille un nouveau compagnon bai de race selle français, un colosse d’1m84 au garrot prénommé Jaguar, mis à la retraite après une belle carrière en CSO, et en pension gratuite, pour lui tenir compagnie. Mais même un pré d’un hectare ne suffit pas à nourrir les deux « goinfres », surtout Jaguar qui avec sa taille mange comme 10. Entre le foin à volonté et les divers compléments (orge aplatie notamment), Sylvie et son mari ne s’en sortent plus. C’est donc AVA qui va héberger les deux chevaux à partir du mois de mai 2014. Myrtille se mêle aux autres chevaux du refuge, dispersés dans des pâtures assez éloignées des bâtiments principaux et difficiles d’accès.

Infection due à un abcès oculaire

A l’automne, Myrtille est retrouvée avec l’œil gauche gravement infecté. D’après l’anamnèse du vétérinaire, elle présente de l’épiphora (larmoiement anormal) et de la rougeur conjonctivale. Un traitement antibiotique est tout de suite prescrit (Pen-Hista-Strep) et anti-inflammatoire avec des corticoïdes. Elle présente par ailleurs une fourbure (une congestion inflammatoire aigüe des quatre pieds).

L'abcès oculaire manifeste sur l'oeil gauche

L’abcès oculaire manifeste sur l’oeil gauche

Mais le lendemain, l’état de l’oeil ne s’améliore pas, au contraire. Le vétérinaire conseille une hospitalisation. L’état de santé de Myrtille à son arrivée est globalement satisfaisant, mais elle manifeste une exophtalmie modérée de l’oeil gauche, associée à un chémosis (oedème de la conjonctive) et un prolapsus de la conjonctive (une descente de la membrane) marqués, de l’épiphora séreux, une sécheresse cornéenne, une déformation concave de la cornée en région centrale et même de la cécité.

Les tests à la fluorescéine détectent un ulcère en région centrale de l’oeil sur 2 cm de diamètre. Le bilan biochimique révèle une leucocytose neutrophilique modérée (une augmentation des globules blancs en raison de l’infection) et une discrète augmentation des CPK (enzyme musculaire). L’oeil et la cornée sont nettoyés, mais les vétérinaires soupçonnent un traumatisme de la cornée avec ulcère cornéen marqué et suspicion de kératomalacie (dégénérescence provoquant la cécité). Leur pronostic est mauvais.

L’opération

Rapidement, une énucléation sous anesthésie générale est suggérée, sans quoi l’infection pourrait très vite atteindre le cerveau et tuer la jument. Un traitement ophtalmologique intensif lui sera associé. Myrtille supporte bien l’opération, et reçoit un nouveau traitement d’antibiotiques, d’antalgiques et anti-inflammatoire par voie intraveineuse, un vasodilatateur et inhibiteur de la dégranulation des mastocytes (Calmivet) ainsi que des larmes artificielles sur l’oeil gauche toutes les 4h à la suite de l’opération. Son pansement est changé deux jours après l’intervention, la plaie est propre, l’oedème et les sécrétions ont disparu.

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Deux jours après l’opération, le pansement est ôté, la plaie est propre

Convalescence

Myrtille effectue sa convalescence au refuge avec les soigneurs de l’AVA. Outre l’administration des antibiotiques et anti-inflammatoires, elle doit garder le box jusqu’à guérison complète de la plaie chirurgicale et de la crise de fourbure. Les vétérinaires préviennent que du sang frais ou des sécrétions hémorragiques peuvent être présentes dans le naseau gauche pendant quelques jours. Sa ration alimentaire est réduite pour que les symptômes de la fourbure s’estompent et finissent par disparaître.

Myrtille presque au bout de sa convalescence

Myrtille presque au bout de sa convalescence

Myrtille se remet très rapidement, a bel appétit et des crottins normaux. Selon les vétérinaires, elle s’est très bien habituée à sa nouvelle condition. Une semaine après l’opération, les points de tension sont retirés, le pansement changé. Début décembre, toutes les agrafes sont retirées, et Myrtille montre une extrême bonne volonté durant l’opération ! Fin décembre, la jument peut enfin sortir du box, mais son alimentation reste sous surveillance.

Site Internet de la clinique équine qui a effectué l’opération :

Clinique Moulin d’Ecalles : http://cliniquemde.fr/

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