Le chat ou le chien atteint d’un cancer

© ilarialapreziosa

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Les néoplasies (cancers/tumeurs) résultent d’une multiplication incontrôlé de cellules, indépendamment du besoin réel de l’organisme en nouvelles cellules. Cette multiplication incontrôlée est généralement causée par au moins deux mutations, dont au moins une peut se rencontrer plus fréquemment au sein d’une race particulière. Au contraire des tumeurs bénignes, les cellules malignes peuvent traverser les membranes basales, envahir les tissus proches et métastaser dans un organe se situant plus loin. La nomenclature des tumeurs bénignes consiste à ajouter le suffixe -orne à la suite du nom de l’organe d’origine (ex : fibrome). Un carcinome désigne une tumeur maligne dérivée d’un tissu épithélial; un adénocarcinome une tumeur maligne dérivée d’un épithélium glandulaire ; et un sarcome une tumeur maligne dérivée d’un tissu mésenchymateux. Il existe cependant quelques exceptions telles qu’un lymphome (qui correspond à une tumeur maligne par définition, malgré le suffixe -orne); un mélanome ou un histiocytome n’est malin que si l’on rajoute « malin » à la suite ;et les mastocytomes que l’on classe en différents grades selon leur agressivité (généralement bénins chez les chats).

Les tumeurs les plus fréquentes chez les chats et les chiens

  • Tumeur cutanée : lipome, adénome sébacé, mastocytome

  • Tumeur hématopoïétique : lymphome, leucémie, myélome multiple

  • Tumeur de la cavité buccale : mélanome malin, carcinome épidermoïde, fibrosarcome

  • Tumeur du tractus intestinal : adénome/carcinome gastrique ou intestinal, lymphome, léiomyome/ léiosarcome

  • Tumeur hépatique : carcinome hépatique, carcinome biliaire, organe souvent sujet aux métastases

  • Tumeur splénique : hémangiosarcome, lymphome

  • Tumeur rénale : carcinome rénal,lymphome (surtout chez les chats)

  • Tumeur vésicale-carcinome à cellules transitionnelles

  • Tumeur pulmonaire : carcinome pulmonaire, organe souvent sujet aux métastases

  • Tumeur des vaisseaux sanguins : hémangiome, hémangiosarcome

  • Tumeur du myocarde : tumeur de la base du cœur

  • Tumeur squelettique : ostéosarcome, chondrosarcome

  • Tumeur testiculaire : tumeur à cellules de Sertoli,

  • Tumeur à cellules interstitielles

  • Tumeur des voies génitales femelles : adénome/ carcinome ovarien, tumeur des cellules de la granulosa, léiomyome

  • Tumeur pituitaire : adénome.

Approche diagnostique

Les signes cliniques d’un cancer peuvent être soit non spécifiques (ex : perte de poids, manque d’appétit, léthargie), soit en lien avec l’organe touché (ex : boiterie, hématurie) ou résulter de facteurs libérés par la tumeur (ex :polydipsie associée à une hypercalcémie humorale maligne). Les propriétaires remarquent parfois la présence d’une masse lorsque le tissu touché est superficiel (ex :tumeur cutanée, mammaire ou dans la cavité buccale ; lymphome). Dès que l’on soupçonne la présence d’une tumeur,il est impératif de réaliser un examen clinique complet comprenant une palpation attentive des nœuds lymphatiques et de l’abdomen.

Si l’on détecte la présence d’une masse, on optimisera les chances de succès du traitement en effectuant rapidement des examens complémentaires pour établir le diagnostic aussi précocement que possible. Lorsque la masse est assez facilement accessible, une aspiration à l’aiguille fine de son contenu peut fournir des informations intéressantes. Cependant, dans la majorité des tumeurs, il est indispensable d’effectuer des biopsies chirurgicalement ou à l’aide d’une aiguille spéciale (Tru CUT), si l’on souhaite établir un diagnostic définitif.

Lorsque l’on reçoit un résultat d’analyse histopathologique ou cytologique en faveur d’une tumeur, il est im­ portant de vérifier qu’il concorde avec la nature du tissu envoyé dans le prélèvement et avec le patient. Lorsque le diagnostic est inattendu ou ne semble pas clair, on conseille d’en discuter avec le pathologiste. On trouve­ ra sur le compte-rendu d’analyse tous les éléments en relation avec le caractère malin ou bénin de la tumeur, tels que l’index mitotique (qui correspond au pourcentage de cellules en train de se diviser que l’on peut voir), le degré d’atypie cellulaire (anomalie de la morphologie cytonucléaire) et la présence d’une néoangiogenèse.

On doit normalement également trouver des informations sur l’extension des cellules cancéreuses au niveau des marges d’exérèses du prélèvement.

S’il s’agit d’une tumeur maligne, on effectuera un bilan d’extension complet afin de déterminer si elle s’est disséminée dans le reste de l’organisme. On utilise pour cela la classification TNM :

  • Tumeur : on évalue la tumeur en elle-même, ainsi que son degré d’infiltration et ses conséquences

  • Nœuds lymphatiques : on évalue si la tumeur a infiltré les nœuds lymphatiques locaux ou distants

  • Métastases : on recherche la présence de métastases à distance.

Ce bilan peut nécessiter d’effectuer des analyses sanguines, des radiographies du thorax, des radiographies et une échographie de l’abdomen, une IRM ou un scanner, et/ou une aspiration ou biopsie de la moelle osseuse. Le nombre d’examens complémentaires nécessaires à la réalisation de ce bilan pour une tumeur donnée dépend de sa nature, et il faut parfois référer l’animal pour qu’il puisse être correctement réalisé. Pour certaines tumeurs, il suffit uniquement de déterminer l’importance de son extension, alors que pour d’autres (telles qu’un lymphome), il existe des catégories spécifiques pour la caractériser. Il est important d’effectuer un bilan d’extension, car il aide à mettre en place le traitement le plus adapté pour l’animal, et il donne une idée du pronostic.

Traitement

A cause d’un parallèle avec la médecine humaine, les propriétaires associent souvent la présence d’un cancer avec une morbidité élevée, une diminution de l’espérance de vie, une opération chirurgicale lourde et/ou un protocole de traitement médical avec des produits toxiques. En conséquence, le propriétaire accueille souvent le diagnostic d’un cancer avec beaucoup plus d’émotions que pour une autre maladie chronique sévère, pouvant pourtant avoir un pronostic plus sombre.

A l’exception des tumeurs que l’on peut retirer chirurgicalement, il est rare d’arriver à guérir complètement l’animal. Il est très important d’être prêt à discuter de toutes les options thérapeutique en recueillant toutes les informations nécessaires sur le comportement de la tumeur diagnostiquée, les possibilités thérapeutiques et le pronostic avant la consultation.

Les différents traitements envisageables lors d’un cancer incluent :

  • la résection chirurgicale

  • la chimiothérapie

  • la radiothérapie

Il est capital de choisir le traitement le plus approprié selon la nature de la tumeur si l’on souhaite optimiser le résultat thérapeutique. L’exérèse chirurgicale seule est le traitement de choix des tumeurs bénignes localisées telles qu’une tumeur cutanée ou une tumeur d’un organe facilement accessible. D’un autre côté, la chimiothérapie est un traitement systémique plus adapté aux tumeurs invasives (ex : lymphome). Lors de tumeur maligne, on peut également utiliser la chimiothérapie comme traitement adjuvant de la 1 résection chirurgicale afin d’atteindre les métastases. Le contrôle des tumeurs sensibles à la radiothérapie (ex : mastocytomes, mélanomes ou méningiomes) peut se faire uniquement avec une radiothérapie locale, ou à la suite d’un débridement chirurgical.

Indépendamment du traitement choisi, le but final est d’améliorer autant que possible la qualité de vie de l’animal. Il faut adapter le protocole thérapeutique à l’animal afin d’éviter l’apparition des effets secondaires sévères connus chez les humains qui ne sont pas acceptables en médecine vétérinaire. Les effets secondaires ne sont pas compatibles avec une bonne qualité de vie, il faut donc absolument tenter de les faire disparaître lorsqu’ils surviennent. Un traitement symptomatique et de soutien (anti-émétiques, favoriser la prise de nourriture, etc.) est nécessaire chez tous les patients indépendamment du traitement mis en place ; ils constituent la base des soins palliatifs.

La décision d’initier un traitement définitif ou palliatif repose sur les résultats du bilan d’extension et sur la comorbidité du patient. Il est important que le traitement choisi améliore le bien-être général de l’animal. Il est par exemple probable qu’initier une chimiothérapie néphrotoxique chez un animal souffrant déjà d’une affection rénale sévère, dégrade son état général, même si le cancer est alors sous contrôle. Il faut mettre en place des soins palliatifs dans tous les cas, ils seront dans certains cas les seuls soins apportés à l’animal. On pourra utiliser des analgésiques, des anti­ émétiques ou une alimentation spéciale.

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

Le pronostic des animaux souffrant d’un cancer ne peut être formulé qu’au cas par cas, car il est influencé par tous les facteurs décrits précédemment. Il faut garder à l’esprit que par rapport aux moyennes, certains animaux survivront beaucoup plus longtemps, et d’autres beaucoup moins. Le but principal du traitement est bien de maintenir la qualité de vie de l’animal plutôt que sa longévité.

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