euthanasie chien bonne santé vétérinaire anglais

© cynoclub

8% des praticiens britanniques seraient confrontés à de telles demandes en raison du comportement de l’animal comme le montre l’enquête dévoilée par la BVA.Quasiment tous les confrères sont donc exposés à de telles demandes de propriétaires d’animaux de compagnie comme le révèle le site de la British Veterinary Association (BVA) ce 6 septembre. 53% expriment même que ce n’est pas rare. Ils sont confrontés à ces demandes en raison de troubles du comportement de l’animal. Les vétérinaires comportementalistes incluent dans les motifs : les aboiements et les hurlements persistants, les destructions, etc. L’agressivité à la fois envers les personnes et les autres animaux, est aussi une problèmatique. De tels comportements peuvent altérer le lien homme – animal, et mener l’animal de compagnie à l’exclusion de la vie familiale au détriment de son bien-être, à l’abandon ou à l’euthanasie.

Cette étude menée auprès de 700 vétérinaires au Royaume-Uni met aussi en lumière le fardeau qui est placé sur les vétérinaires chaque jour quand ils doivent faire face à une demande d’euthanasie d’un animal en bonne santé. La BVA souligne l’importance d’une socialisation adéquate des animaux dès le plus jeune âge, et montre aussi l’intérêt des classes de socialisation des chiots.

Les propriétaires invoquent des raisons variées lorsqu’ils demandent l’euthanasie d’un animal en bonne santé. Les praticiens de l’enquête évoquent aussi dans les raisons les plus communes : la mauvaise santé du détenteur (48%), le déménagement dans une structure qui n’accepte pas les animaux (39%), et des raisons juridiques (32%).

(source : le Point vétérinaire, 06/09)

génétique chien évolution domestication

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Pendant des milliers d’années, les chiens se sont adaptés à la vie au contact des humains et ont développé des capacités uniques pour communiquer et coopérer avec eux, y compris pour résoudre des problèmes difficiles. De telles adaptations peuvent également avoir été déclenchées par une base génétique, selon une nouvelle étude.

Des chercheurs de l’Université de Linköping en Suède ont identifié une relation entre cinq gènes différents et la capacité des chiens à interagir avec les humains. Quatre d’entre eux sont également liés à des troubles sociaux chez les humains, comme l’autisme. L’étude a été publiée dans la revue Scientific Reports le 29 septembre.

Les chercheurs ont confronté 500 beagles à la résolution d’un problème : ouvrir un couvercle fermé pour obtenir une friandise. Les scientifiques ont utilisé des enregistrements vidéo pour évaluer la volonté des chiens de chercher un contact physique avec une personne dans la pièce lorsque le problème s’avérait trop difficile.

Pour plus de 200 chiens, l’ADN a également été étudié. En utilisant une méthode appelée GWAS (étude d’association à l’échelle du génome), les chercheurs ont examiné un grand nombre de variantes génétiques à travers le génome. GWAS peut être utilisé pour savoir si une variante génétique particulière est plus fréquente chez les individus avec un trait particulier, comme le comportement de recherche de contact dans ce cas. Les chiens en quête de contact portaient plus souvent certaines variantes génétiques.

« Nous avons trouvé une association claire avec les régions d’ADN contenant cinq gènes différents intéressants. Quatre des gènes sont connus auparavant à partir d’études de troubles sociaux chez l’homme, par exemple, l’autisme et le TDAH », a déclaré Mia Persson, un étudiant au doctorat et auteur principal de l’étude.

(Newstat, 17 octobre)

La polyurie-polydipsie

novembre 28th, 2016 | Redigé par admin in Polyurie-Polydipsie - (0 Comments)
polyurie polydipsie chien vétérinaire urgences Neuilly Thierry Bedossa

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La polyurie et la polydipsie (souvent abréviées par PUPD) sont des symptômes fréquemment rencontrés en pra­tique canine. On définit la polydipsie comme une prise d’eau supérieure à 100 ml/kg/j, et la polyurie comme la production anormalement importante d’urine. Il peut être difficile de déterminer avec précision la quantité d’eau ingérée, surtout lorsque le client possède plusieurs animaux ou lorsque l’animal a accès à l’extérieur. Pour des raisons pratiques, on considérera donc qu’une prise de boisson supérieure à 2 ou 3 fois la normale sur plusieurs jours sera pathologique. Notez que le passage d’une alimentation humide vers une alimentation sèche peut être à l’origine d’une augmentation de la prise d’eau, mais sans aller jusqu’à une véritable polydipsie. La polydipsie dé­coule le plus souvent d’une anomalie ou d’une maladie à l’origine d’une polyurie, classiquement due à une osmola­rité urinaire ou à une mauvaise réponse à l’hormone anti­ diurétique (un mécanisme connu sous le nom de diabète insipide néphrogénique secondaire). Il est important de se souvenir que la PUPD est presque toujours l’expression d’une maladie assez sévère.

Principaux diagnostics différentiels

  • Troubles endocriniens, ex : diabète sucré, syndrome de Cushing, hyperthyroïdie (chats) ou maladie d’Addi­son

  • Atteinte rénale, ex : insuffisance rénale chronique ou pyélonéphrite

  • Pyomètre

  • Déséquilibre électrolytique, ex :hypokaliémie, hyper­ calcémie

  • Administration de certains médicaments, ex : furosémide, glucocorticoïdes ou phénobarbital.

On peut aussi inclure certains diagnostics différentiels moins communs comme une atteinte hépatique (ex : shunt porto-systémique ou insuffisance hépatique), une polyglobulie, une maladie rénale congénitale, un diabète insipide primaire ou une polydipsie primaire (psychogé­nique = potomanie).

Approche diagnostique

Il est essentiel d’adopter une approche structurée face à une PUPD, la première étape consistant à s’assurer qu’elle est bien présente. Si c’est faisable, le mieux est de demander au propriétaire de mesurer la quantité d’eau bue par jour, afin de confirmer la polydipsie. La polyurie est plus difficile à mettre en évidence, surtout chez les chats, et il faut bien la différencier de l’incontinence urinaire ou d’une dysurie. Les chiens souffrant d’incontinence urinaire tacheront souvent l’endroit où ils dorment avec de l’urine, on pourra aussi voir de petites pertes intermittentes au cours de la journée ;alors que les chiens souffrant de polyurie chercheront à sortir plus souvent, ou urineront de grandes quantités à côté de la porte. Il peut cependant aussi arriver qu’une polyurie concomitante aggrave les signes d’incontinence. La dysurie se caractérise par l’émission fréquente de petites quantités d’urine. Pour établir son diagnostic, on pourra aussi s’aider d’autres renseignements tels que l’âge de l’animal,s’il est stérilisé ou non, son appétit, d’éventuelles variations du poids et l’administration éventuelle de médicaments de façon récente. Un examen clinique complet peut permettre de trouver des indices sur la cause des symptômes, comme par exemple un écoulement vulvaire chez une chienne souffrant d’un pyomètre, une tachycardie ou un goître chez un chat souffrant d’hyperthyroïdie, une modification du pelage lors d’un syndrome de Cushing, ou encore une adénomégalie ou une augmentation de la taille des glandes anales qui peuvent être cohérents avec une hypercalcémie d’origine tumorale (Hypercalcémie Humorale Maligne : HHM).

L’étape suivante consiste à analyser un échantillon d’urine (densité, bandelette et sédimentation), pour évaluer sa concentration et afin de détecter un diabète sucré (glycosurie) ou une pyélonéphrite (qui sera mise en évidence par des signes d’inflammation après analyse du culot). Les échantillons récoltés au cours d’une miction spontanée chez les chiens seront conservés dans un pot propre. Il faut en fournir au propriétaire afin d’éviter qu’il emploie un vieux pot ayant déjà été utilisé et présentant des traces de produits interférant avec les tests qui seront réalisés, comme de la confiture pouvant être à l’origine d’une glycosurie artéfactuelle.

Il est possible d’obtenir de l’urine chez les chats en leur proposant une litière non absorbante dans leur caisse. Certains chats ou chiens nécessiteront la récolte d’urine par sondage ou par cystocentèse.

Dans tous les cas de PUPD, on réalisera une biochimie et une numération-formule sanguine indépendamment des informations obtenues dans l’anamnèse, l’examen clinique ou les analyses urinaires, parce que plusieurs maladies peuvent être présentes en même temps. Les paramètres les plus importants à évaluer dans la biochimie sont le glucose, l’urée, la créatinine, l’albumine, les globulines, les enzymes hépatiques, les acides biliaires, le sodium, le potassium, le calcium et le cholestérol. Ces premières analyses permettront de détecter un diabète sucré, une insuffisance rénale, un trouble hépatique ou un désordre électrolytique. Elles peuvent aussi mettre sur la voie d’un syndrome de Cushing (influence des corticoïdes sur la NF-sanguine, PAL augmentées, cholestérol augmenté) ou d’une maladie d’Addison (hyponatrémie, hyperkaliémie), justifiant alors de poursuivre les investigations. Chez les chats âgés, il est intéressant de mesurer la thyroxinémie.

S’il n’est pas possible de parvenir à un diagnostic à l’issue de ces premières analyses, il faut effectuer d’autres examens complémentaires. Chez les chiennes non stérilisées, l’hypothèse du pyomètre doit être privilégiée (ex : échographie). Si on suspecte une pyélonéphrite, on prélèvera un échantillon d’urine par cystocentèse pour analyse bactériologique. Mais attention, l’excrétion des bactéries peut être intermittente, et si c’est la principale hypothèse diagnostique, il peut être indiqué d’essayer un traitement antibiotique.

Si l’on suspecte un syndrome de Cushing, de par des signes cliniques évocateurs ou des résultats d’analyses, il faut effectuer un test de stimulation à l’ACTH. Ce test peut aussi servir à confirmer une maladie d’Addison (notez qu’on n’aura pas toujours de déséquilibre électrolytique chez les chiens atteint de cette maladie). Si le test de stimulation à l’ACTH est normal, ou douteux, il faut éliminer l’hypothèse d’un syndrome de Cushing en réalisant un freinage à la dexaméthasone à dose faible, ou en calculant le rapport cortisol / créatinine urinaire, même s’il n’y a pas d’autres signes indiquant un syndrome de Cushing. Une fois que les maladies les plus courantes ont été éliminées (ce qui peut être difficile à faire avec certitude dans le cas d’un syndrome de Cushing, de troubles rénaux débutant ou d’une pyélonéphrite), les hypothèses principales qui restent sont alors une polydipsie primaire ou un diabète insipide. Pour explorer ces deux hypothèses, il faut soit réaliser un test de restriction hydrique, soit essayer un traitement à base d’un analogue de la vasopressine (desmopressine ou DDAVP). Il faut tout de même savoir que les tests de restriction hydrique ne sont pas sans danger (en particulier si on est passé à côté d’un problème rénal), et qu’ils sont longs et difficiles à réaliser. L’interprétation de ces tests de restriction ainsi que des résultats d’un traitement à base de DDAVP est également délicate. Il est préférable de discuter du cas avec un spécialiste en médecine interne avant de se lancer dans ces procédures.

Traitement

Il n’existe pas de traitement symptomatique pour une PUPD ; pour améliorer l’état de l’animal, il faut trouver la cause et la traiter de façon adéquate. Une PUPD sévère chez un chien peut être gênante pour les propriétaires s’il éprouve le besoin d’uriner même la nuit ; il faut cependant les avertir des dangers auxquels ils exposent leur animal s’ils décident de réduire son apport hydrique.

Le traitement efficace d’une PUPD implique d’avoir identifié sa cause et de l’avoir traitée. Mais il faut avertir les propriétaires lorsque la maladie est incurable et nécessite un traitement à vie. Il faut aussi les avertir qu’il arrive que la polydipsie persiste malgré un traitement adapté, en particulier lors d’insuffisance rénale ou de maladie hépatique. Si la PUPD ne disparaît pas comme attendu, il faut envisager la présence d’une maladie concomitante ou une erreur de diagnostic.

dermatite pyotraumatique chien peau dermatite vétérinaire urgences Neuilly Thierry Bedossa

© Dogs

La dermatite pyotraumatique (dermatite aiguë suintante, hot spot, dermatite exsudative aiguë, est à l’origine de lésions focales très prurigineuses. Ces lésions sont souvent auto-infligées à la suite du prurit que provoque une hypersensibilité aux piqûres de puces, une sacculite anale, une otite externe, une dermatite atopique, une hypersensibilité d’origine alimentaire ou une pyodermite à staphylocoque. Il arrive cependant dans certains cas que le hot spot ne puisse être relié à aucune cause apparente. Lorsque l’animal commence à s’auto-mutiler, il entre dans un cycle qui s’entretient et qui aboutit à la macération de l’épiderme, ainsi qu’à des infections bactériennes secondaires. On ne rencontre pas de dermatite pyotraumatique chez les chats.

Anamnèse et signes cliniques

La dermatite pyotraumatique apparaît brutalement, ou lorsque le propriétaire ne s’est pas rendu compte que son chien souffrait d’une affection cutanée. Elle est souvent localisée sur la croupe, le cou ou la tête. Sans traitement, le chien va lécher, mordiller et gratter la zone atteinte en permanence. A l’examen clinique, les lésions apparaitront bien délimitées, exsudatives, érodées, et souvent recouvertes de poils abimés. Elles peuvent être douloureuses, assez étendues et sentir mauvais.

Techniques diagnostiques spécifiques

Il est facile de reconnaître une dermatite pyotraumatique car sa présentation clinique est très caractéristique. Si l’on veut examiner de façon plus détaillée la lésion afin de mettre en place un traitement efficace, on coupera délicatement les poils qui peuvent être collés à la peau ou autour de la lésion. Comme les lésions sont souvent douloureuses et que le chien peut s’agiter lorsqu’on essaie de couper les poils, il faudra assurer une bonne contention et faire attention avec les ciseaux. Il sera parfois nécessaire de sédater l’animal. On examinera ensuite attentivement la lésion pour évaluer la sévérité de l’infection bactérienne. Si on n’observe qu’une érosion bien délimitée et que la peau autour est encore saine, il s’agit d’une dermatite pyotraumatique superficielle. En revanche, si la lésion se présente comme une plaque épaisse, suintante et purulente, et que la peau autour présente ce que l’on appelle des lésions satellites (papules, pustules, nodules), il s’agit alors d’une dermatite pyotraumatique profonde. Cette distinction est importante à prendre en compte pour le traitement. Après avoir caractérisé correctement la lésion, les cliniciens examineront le reste du corps à la recherche d’une affection sous-jacente (comme décrit précédemment) qu’il faudra également traiter.

Traitement

Après avoir retiré tous les poils collés, on nettoiera les lésions avec une solution de chlorhexidine ou de povidone-iodée diluée pour enlever les exsudats et les croûtes. Comme les dermatites pyotraumatiques superficielles et profondes sont accompagnées d’un prurit sévère, on prescrira des corticoïdes pour briser le cycle prurigineux. Une injection de dexaméthasone à action rapide ou un traitement PO sur 3 à 5 jours de prednisolone à dose anti-inflammatoire est généralement suffisant. l’application topique d’une crème à base d’antibiotiques et d’AIS sera bénéfique pour atténuer le prurit et traitera également une infection bactérienne superficielle. Le traitement sera poursuivi jusqu’à disparition du prurit et cicatrisation de la peau. Lorsqu’on est face à une dermatite pyotraumatique profonde, on devra mettre en place un traitement antibiotique systémique. On pourra utiliser l’association amoxicilline-acide clavulanique, de la céfalexine, de la clindamycine, de la céfovécine, ou des sulfamides potentialisés. Certains cliniciens conseillent également le port d’une collerette pour empêcher le chien d’aggraver les lésions. Bien que cette stratégie soit très efficace, certains chiens les tolèrent très mal, et chez les races les plus grandes, elles peuvent poser problème au sein d’une maison encombrée. De plus, les collerettes ne peuvent pas se substituer à un traitement médical du prurit. Ainsi, les collerettes ne sont pas suffisamment bien tolérées pour que leur utilisation soit justifiée lors de dermatite pyotraumatique. Il conviendra aussi de traiter toute affection sous­-jacente. On pourra par exemple mettre en place un traitement contre les puces, vidanger les glandes anales, traiter une otite externe ou une allergie sous­-jacente.

Le traitement de la dermatite pyotraumatique est généralement rapidement efficace. Si les lésions ne régressent pas, les cliniciens devront vérifier qu’ils n’ont pas traité une dermatite pyotraumatique profonde comme une superficielle. Il conviendra alors de démarrer un traitement antibiotique systémique. Si les lésions ne s’améliorent toujours pas, on envisagera de faire une biopsie et une cytologie pour rechercher une infection atypique ou une tumeur.

Si les lésions disparaissent complètement à la suite du traitement, mais reviennent systématiquement, il faut rechercher une cause sous-jacente. Si le clinicien n’en trouve aucune, il faudra recommencer un traitement symptomatique à chaque récidive. Le mieux est alors que les propriétaires conservent chez eux un tube d’antibiotiques ou de corticoïdes pour traiter rapidement leur chien en cas de besoin. Ils éviteront ainsi que les lésions ne s’aggravent rapidement.

Le traitement d’une dermatite pyotraumatique superficielle ne revient généralement pas très cher. On pourra réduire le coût du traitement d’une dermatite pyotraumatique profonde en prescrivant des sulfamides potentialisés.

Le chien atopique

novembre 21st, 2016 | Redigé par admin in Atopie - (0 Comments)
atopie chien peau dermatite vétérinaire urgences Neuilly Thierry Bedossa

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Chez les humains, le terme « atopie » renvoie à une triade d’affections allergiques comprenant la rhinite, l’asthme, et la dermatite atopique. Chez les chiens, on ne retiendra que la dermatite atopique. On pense qu’il existe une forme de dermatite atopique féline, mais elle n’est pas encore bien décrite. Les chiens atopiques sont porteurs de gènes à l’origine d’une synthèse excessive d’lgE et d’une altération de la barrière cutanée. Les lgE sont produites en réaction à des allergènes environnementaux qui sont absorbés par l’épiderme ; on retrouve fréquemment des antigènes des acariens de la poussière des maisons (Dermatophagoides farinae, Dermatophagoides pteronyssinus) , ainsi que des pollens (provenant des arbres, des herbes ou des pelouses), les squames d’animaux ou d’humains, les moisissures (de la maison ou des champs) ou encore des allergènes provenant de staphylocoques ou de Malassezia. Les lgE spécifiques d’antigènes se fixent sur les mastocytes présents dans le derme ; lors de la deuxième exposition à l’allergène, les mastocytes libèrent le contenu de leurs vésicules dans le derme : histamine, leucotriènes, prostaglandines, protéases et cytokines. Ces médiateurs de l’inflammation engendrent une vasodilatation,une infiltration de cellules inflammatoires et du prurit. Lorsque les lymphocytes continuent à libérer des cytokines, l’inflammation cutanée devient chronique.

Anamnèse et signes cliniques

Certaines races sont prédisposées à la dermatite atopique, c’est le cas par exemple du West Highland white terrier, du cairn terrier, du golden retriever, du labrador retriever, du boxer, du bouledogue, du setter irlandais, du setter anglais, du shar pei, du dalmatien, du lhassa apso et du berger allemand. Les symptômes feront leur apparition entre 6 mois et 3 ans, parfois plus tard encore. Le principal signe clinique est le prurit, qui est généralement présent toute l’année, mais il peut aussi être saisonnier. Au début, les zones touchées sembleront saines, puis elles deviendront érythémateuses. Généralement la tête, les oreilles et les extrémités des membres seront touchées, mais si une infection secondaire se développe, elle pourra s’étendre à la face ventrale de l’abdomen, aux régions axillaires et au périnée. Au niveau individuel, on peut s’écarter de façon assez importante de ce schéma classique ; ainsi, certains chiens seront présentés avec une zone de prurit uniquement à l’extrémité des membres, sur la face ou au niveau des oreilles.

Techniques diagnostiques spécifiques

Le diagnostic d’une dermatite atopique ne pourra être établi que si l’anamnèse et les signes cliniques (lésions et répartitions) sont caractéristiques, et lorsque les autres dermatoses prurigineuses provoquées par des ectoparasites, des infections ou une hypersensibilité alimentaire auront été écartées des hypothèses diagnostiques. On aura alors le choix entre deux options :

  • un traitement symptomatique à long terme

  • des tests allergologiques pour confirmer l’hypersensibilité à lgE et identifier les allergènes afin de mettre en place une immunothérapie.

L’option choisie dépendra de beaucoup de facteurs, comme la sévérité du prurit, l’âge du chien, les ressources financières du client et ce qu’il souhaite pour son animal. Il est possible de débuter par un traitement symptomatique, puis de réaliser des tests allergologiques si les lésions s’aggravent.

Deux types de tests sont disponibles : un test intradermique et un test sérologique (dosage des lgE sanguines spécifiques d’un allergène). Le résultat du test ne sera significatif que si les signes cliniques concordent avec une dermatite atopique et que toutes les autres causes de prurit ont été éliminées. Les dermatologues recommandent généralement plutôt le test intradermique, car il évalue la réaction d’hypersensibilité directement dans l’organe cible. Cependant, si le chien a été méticuleusement examiné, l’un ou l’autre de ces tests permettra de déterminer les allergènes à utiliser pour les traitements par immunothérapie.

Traitement

Il est important d’informer les clients dès le départ que la dermatite atopique est une maladie incurable, afin qu’ils sachent à quoi s’attendre. Le traitement est donc à vie, et il sera plus palliatif que curatif. Il est ainsi nécessaire d’avoir exclu ou traité toutes les autres hypothèses diagnostiques avant de le démarrer. Le traitement de la dermatite atopique peut inclure certains de ces éléments : éviter certains allergènes, immunothérapie spécifique d’antigène, corticoïdes, ciclosporine, antihistaminiques, acides gras essentiels, herbes chinoises, traitements topiques, contrôle des infections cutanées et auriculaires secondaires. Si nécessaire, on pourra mettre en place jusqu’à trois des traitements précédents en même temps, en particulier si c’est dans le but d’éviter ou de diminuer l’utilisation de corticoïdes. Les cas les plus sévères pourront nécessiter jusqu’à quatre ou cinq traitements simultanés. Le rôle du clinicien est de trouver la bonne combinaison de traitements pour contrôler les signes cliniques tout en limitant les effets secondaires, tout cela en respectant le budget du propriétaire.

Eviter les allergènes est la méthode de choix pour contrôler la dermatite atopique, mais elle est difficile à mettre en place en pratique. Les tentatives de contrôle de la population d’acariens ou pour éviter les pollens sont rarement efficaces.

L’immunothérapie spécifique d’antigène ne peut être entreprise que si le chien a été soumis à un test allergologique. L’immunothérapie est bénéfique dans 50 à 75 % des cas, mais il faut attendre de 2 à 9 mois avant d’en voir les effets. Lorsqu’on vient de la mettre en place, il est souvent nécessaire de lui associer un traitement symptomatique afin de contrôler les signes cliniques. Le risque d’effets secondaires est très faible, et il est extrêmement rare d’observer des complications graves telles qu’un choc anaphylactique.

Les corticoïdes sont probablement les médicaments les plus utilisés pour traiter la dermatite atopique. Ils sont efficaces dans presque 100 % des cas et ne coûtent pas cher. Cependant, comparé à d’autres alternatives, ils sont à l’origine des effets secondaires les plus nombreux, en particulier à long terme. Voici quelques cas dans lesquels ils sont justifiés :

  • comme traitement initial à court terme du prurit , sévère ou lors de poussées (si les infections sont contrôlées)

  • comme traitement à long terme lorsque les propriétaires n’ont pas les moyens ou ne souhaitent pas envisager une autre alternative comme traitement adjuvant lorsque l’animal répond mal aux autres traitements mis en place

  • lors de dermatite atopique saisonnière n’excédant pas 3 mois

  • lorsqu’on débute une immunothérapie et que le 1e prurit est sévère

Il y a deux objectifs à atteindre lorsqu’on prescrit des AIS à long terme : arriver à atteindre la dose minimale efficace et arriver à mettre en place un autre traitement pour alterner. Les doses initiales de prednisolone seront comprises entre 0,5 et 1,0 mg/kg/j sur une durée de 5 à 10 jours. A l’issue de cette période, on espacera à une prise tous les deux jours. Pour une utilisation à long terme, il faudra essayer de réduire le plus possible la dose minimale efficace pour contrôler le prurit. On déconseille l’utilisation de corticoïdes injectables longue action, car on ne peut pas ajuster précisément leur concentration, il n’est pas possible d’alterner un jour sur deux avec un autre traitement et le risque d’effets secondaires est donc plus important.

La ciclosporine est un traitement possédant une AMM pour la dermatite atopique canine, il est efficace dans presque 80 % des cas. L’inconvénient principal de ce médicament est son prix. La posologie est de 5 mg/kg/j en une prise. Il faut l’administrer à jeun car la présence de nourriture dans l’estomac réduit sa biodisponibilité. Il faudra attendre 4 à 6 semaines pour atteindre l’efficacité maximale. Si l’animal répond bien au traitement, on pourra essayer de le donner un jour sur deux, voire de réduire à deux fois par semaine. La ciclosporine provoque moins d’effets secondaires à court ou moyen terme que la prednisolone, bien que ses effets à long terme ne soient pas encore connus. Son effet secondaire le plus courant est l’apparition de vomissements lors des premières prises. Cet effet s’atténuera généralement avec le temps; il est possible de maitriser les vomissements en réduisant ou en arrêtant temporairement le traitement, ou encore de le donner avec de la nourriture lors des premières fois. es effets secondaires moins courants incluent une hyperplasie gingivale, une hypertrichose ou une papillomatose.

Les antihistaminiques utilisés seuls ne sont pas très efficaces contre le prurit, on recommande de les utiliser comme traitement adjuvant. Ils ne possèdent pas d’AMM pour les chiens, mais ils seront efficaces dans 20 % des cas, en particulier au début de l’évolution de la dermatite atopique ou tant qu’elle reste modérée. Lorsqu’on prescrit des antihistaminiques, il est important d’essayer au moins deux médicaments différents durant une semaine chacun, avant de déterminer lequel est le plus efficace pour ce patient à long terme. Voici une liste de quelques molécules disponibles : le maléate de chlorphéniramine, l’association maléate de chlorphéniramine avec de l’hydroxyzine, l’hydroxyzine. Le principal effet secondaire des antihistaminiques est la sédation ; lorqu’elle apparaît, il est préférable d’arrêter le traitement.

Les acides gras essentiels seront bénéfiques dans 20 % des cas, et leur action sera synergique s’ils sont donnés en association avec des antihistaminiques. Afin d’atteindre leur efficacité maximale, on les prescrira durant au moins 6-8 semaines. L’association antihistaminique-acides gras essentiels ne fonctionne que chez une poignée d’animaux car leur action est plus spécifique que les corticoïdes ou la ciclosporine, et également parce qu’ils ne sont pas capables de contrôler une inflammation assez étendue à médiation par les lymphocytes T et les cytokines.

Le Phytopica® est un complément alimentaire contenant trois herbes chinoises différentes, qu’on utilise parfois dans le protocole du traitement de la dermatite atopique. Il est efficace dans environ 20 % des cas.

Les traitements topiques consistent en des shampooings ou des crèmes. Les shampoings sont utiles car ils aident à réduire les infections bactériennes secondaires et les infections à Malassezia ; ils permettent également de retirer les antigènes et les squames qui se déposent, tout en ayant un effet hydratant (bien que ces actions ne durent que 24-48h). Les corticoïdes topiques peuvent aussi être très utiles, en particulier lors d’inflammation difficile à maîtriser dans une région en particulier (ex : périnée, extrémité des membres, pavillon auriculaire).

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

Il est important de mettre en place un traitement à long terme pour que le propriétaire puisse apprécier l’amélioration des signes cliniques chez son chien, plutôt que de prescrire des médicaments par intermittence lors de chaque visite. Cependant, les différentes options de traitement disponibles pour la dermatite atopique ne sont pas toujours efficaces pour un animal donné ; il est donc nécessaire d’en tester plusieurs afin de trouver la meilleure combinaison. Les causes les plus fréquentes d’échec thérapeutique sont un diagnostic erroné, lorsqu’on essaie d’évaluer l’efficacité du traitement avant d’avoir traité les infections secondaires, ou lorsqu’on initie une immunothérapie basée sur une sérologie (lgE) sans avoir effectué d’évaluation diagnostique et thérapeutique complète. L’aggravation soudaine des symptômes d’un animal dont le traitement était efficace jusqu’à présent ne signifie pas nécessairement que la dermatite atopique se complique, il peut s’agir d’une autre affection cutanée qu’il conviendra donc d’examiner avec attention.

La dermatite atopique est une maladie incurable qui nécessite un traitement à vie. Cette affection impliquera donc inévitablement des dépenses durant toute la vie de l’animal. L’option la plus économique à long terme sera la prescription de corticoïdes, mais il faudra prévenir les propriétaires des effets secondaires possibles.

Revue de presse – Octobre 2016

novembre 10th, 2016 | Redigé par admin in Octobre 2016 - (0 Comments)

BREVES

Etats-Unis

Les microbes peuvent prédire l’IBD canine

La maladie inflammatoire intestinale canine (IBD) est plus fréquente chez les chiens d’âge moyen et plus âgés, et comprend l’inflammation des intestins et des symptômes gastro-intestinaux chroniques. Une nouvelle étude offre quelques idées sur sa cause.

Des chercheurs de l’Université de Californie San Diego School of Medicine et de la Texas A & M University ont identifié un modèle de microbes indicatif de l’IBD chez les chiens et ont été en mesure de prédire quels chiens avaient cette maladie avec plus de 90 % de précision. L’étude a été publiée dans Nature Microbiology le 3 octobre.

Les chercheurs ont recueilli des échantillons de matière fécale de 85 chiens en bonne santé et 65 chiens avec des signes chroniques de maladie gastro-intestinale et de changements inflammatoires confirmés par la pathologie. Pour déterminer quelles espèces microbiennes vivaient dans chaque échantillon, ils ont utilisé une technique appelée «16S rRNA sequencing» pour identifier rapidement des millions d’espèces bactériennes vivant dans un échantillon mixte, en se basant sur les gènes uniques qu’elles hébergent.

Grâce à cette information, les chercheurs ont été en mesure de rechercher des similitudes et des différences dans les espèces microbiennes trouvées chez les chiens porteurs et les chiens sains. Les différences étaient suffisamment significatives pour permettre de distinguer les fèces de chien porteur de l’IBD des autres types de MII à 90%.

Cette approche pour diagnostiquer cette maladie chez le chien n’est cependant pas encore disponible pour les vétérinaires ou les propriétaires de chiens.

(NewStat, 11 octobre)

Suède

La source génétique du changement de comportement social canin identifiée

Pendant des milliers d’années, les chiens se sont adaptés à la vie au contact des humains et ont développé des capacités uniques pour communiquer et coopérer avec eux, y compris pour résoudre des problèmes difficiles. De telles adaptations peuvent également avoir été déclenchées par une base génétique, selon une nouvelle étude.

Des chercheurs de l’Université de Linköping en Suède ont identifié une relation entre cinq gènes différents et la capacité des chiens à interagir avec les humains. Quatre d’entre eux sont également liés à des troubles sociaux chez les humains, comme l’autisme. L’étude a été publiée dans la revue Scientific Reports le 29 septembre.

Les chercheurs ont confronté 500 beagles à la résolution d’un problème : ouvrir un couvercle fermé pour obtenir une friandise. Les scientifiques ont utilisé des enregistrements vidéo pour évaluer la volonté des chiens de chercher un contact physique avec une personne dans la pièce lorsque le problème s’avérait trop difficile.

Pour plus de 200 chiens, l’ADN a également été étudié. En utilisant une méthode appelée GWAS (étude d’association à l’échelle du génome), les chercheurs ont examiné un grand nombre de variantes génétiques à travers le génome. GWAS peut être utilisé pour savoir si une variante génétique particulière est plus fréquente chez les individus avec un trait particulier, comme le comportement de recherche de contact dans ce cas. Les chiens en quête de contact portaient plus souvent certaines variantes génétiques.

« Nous avons trouvé une association claire avec les régions d’ADN contenant cinq gènes différents intéressants. Quatre des gènes sont connus auparavant à partir d’études de troubles sociaux chez l’homme, par exemple, l’autisme et le TDAH », a déclaré Mia Persson, un étudiant au doctorat et auteur principal de l’étude.

(Newstat, 17 octobre)

Grande-Bretagne/Australie

L’argument pour motiver les propriétaires à promener leur chien identifié !

Si en tant que vétérinaire vous rencontrez des difficultés à motiver certains de vos clients à balader leurs chiens, l’encouragement et la motivation peuvent faire partie de l’équation, selon une étude récente.

Des chercheurs de l’Université de Liverpool au Royaume-Uni et de la Western Australia University ont examiné pourquoi certaines personnes se sentent motivées à marcher régulièrement avec leurs chiens et d’autres pas, et concluent que les facteurs démographiques et comportementaux contribuent à encourager et à motiver les propriétaires à faire des promenades. L’étude a été publiée dans BMC Public Health le 29 septembre.

Les données ont été recueillies à partir de 629 propriétaires de chiens participant à l’étude RESIDE, une étude menée pendant 10 ans auprès de 1 813 résidents à Perth, en Australie. Les données de deux résultats de l’enquête, « L’encouragement venant des chiens » (combien de fois le chien m’a encouragé à marcher le mois dernier) et « La motivation du chien à aller marcher » (avoir un chien me fait marcher plus) ont été analysées et ont identifié à la fois des facteurs négatifs et positifs qui leur sont associés.

« Nous savons maintenant que les propriétaires se sentent plus motivés pour promener des chiens plus gros, et s’ils estiment que la marche est bénéfique pour la santé du chien. Une relation forte avec le chien, et le sentiment que leur chien aime les promenades sont également motivants pour les propriétaires », a déclaré Carri Westgarth, BSc, MPH, PhD, l’un des auteurs de l’étude.

« Ils sont moins motivés à emmener leur chien s’ils perçoivent qu’il est trop vieux ou malade, ou si d’autres membres de la famille promènent le chien à leur place. »

(NewStat, 19 octobre)

Etats-Unis

Les chiens ignorent les conseils des humains s’ils sont mauvais

Si vos compagnons canins ne suivent pas vos instructions certaines fois, c’est peut-être qu’ils sont plus intelligents que vous ne le pensez. Du moins, c’est ce qu’une nouvelle étude suggère !

Des chercheurs du Centre de cognition canine de l’Université de Yale ont conclu que les chiens dédaigneraient les actions non pertinentes quand il y a un moyen plus efficace de résoudre un problème, même lorsqu’un humain exige à plusieurs reprises d’accomplir ces actions. L’étude a été publiée dans Developmental Science le 22 septembre.

Les chercheurs ont conçu une boîte de casse-tête pour chiens, dans laquelle la seule action pertinente pour obtenir la friandise était de lever un couvercle sur le dessus de la boîte. Lorsque les chercheurs ont montré aux chiens comment utiliser la boîte, ils ont d’abord montré un levier sur le côté de la boîte avant de soulever le couvercle pour obtenir le traitement. Une fois que les chiens ont appris à ouvrir la boîte, ils ont cessé d’utiliser le levier qui ne leur était d’aucune utilité.

En fait, les chercheurs ont découvert que les chiens étaient tout aussi susceptibles d’arrêter d’utiliser le levier comme des canidés sauvages, comme les dingos australiens.

(NewStat, 3 octobre)

Etats-Unis

Les chiens de pure race pas plus susceptibles de présenter des troubles génétiques que les croisés

Des chercheurs de l’Université Davis de Californie ont contesté la théorie selon laquelle les chiens de race pure sont plus enclins aux désordres génétiques que les chiens de race mixte. Ils ont étudié 27 254 chiens souffrant de troubles héréditaires sur une période de cinq ans. La théorie selon laquelle les chiens de race pure sont plus sensibles aux maladies héréditaires ne vaut que pour 10 des 24 troubles étudiés.

Voici quelques-unes des conclusions:

La prévalence des troubles chez les chiens de race pure et les chiens de race mixte variait selon la condition. Certaines conditions (14) entraînent une nette distinction entre les chiens de race pure et les chiens de races mixtes et d’autres (10) ne montrent aucune différence.

Les résultats ont donné un aperçu de la capacité des pratiques de sélection à réduire la prévalence de la maladie. Des tests génétiques fiables ou un dépistage à un jeune âge pourraient réduire certains troubles dans la population de chiens dans son ensemble.

Les chercheurs ont également souligné que certains désordres peuvent exiger l’intervention de clubs de race pour réduire des pressions de sélection qui contribuent à un certain désordre dans une race.

Les « races récemment obtenues » ou les races provenant de lignées semblables étaient plus sensibles à certains troubles qui affectent toutes les races apparentées.

Les troubles avec une prévalence égale chez les races pure ou les races mixtes semblaient être des mutations plus anciennes qui sont largement répandues dans la population de chiens domestiques.

CONGRES

Séminaire canin Dog Revolution – 1er et 2 octobre Université Paris Ouest Nanterre

Une révolution culturelle avant tout !

Qu’est-ce qu’un bon chien aujourd’hui ? Difficile question, alors que plus de 7 millions de Canis Lupus Familiaris peuplent nos foyers français, et que les vétérinaires et comportementalistes reçoivent de plus en plus de patients atteints de troubles du comportement.

Les 1er et 2 octobre, l’université Paris Ouest Nanterre accueillait le séminaire Dog Revolution, organisé par les docteurs vétérinaires et comportementalistes Thierry Bedossa et Antoine Bouvresse, pour tenter de répondre à cette question complexe. Le choix du lieu n’était pas complètement anodin : après tout, en mai 68, c’est à Nanterre que tout a commencé.

Une « Dog Revolution » oui, car durant deux jours, tous les professionnels les plus représentatifs du monde canin, vétérinaires, éducateurs, éleveurs, mais aussi (et c’était une première) des spécialistes de la pensée humaine, psychologues, juristes et sociologues, ont expliqué à un public venu en masse et avide de conseils qu’il fallait tout simplement changer notre rapport au chien pour le rendre plus heureux. Qu’en somme, le problème, ce n’était pas eux : c’était nous.

Prenons le début de l’histoire : on croit savoir que le chien « a été domestiqué par l’homme il y a 15 000 ans ». Or, les recherches scientifiques nous démontrent aujourd’hui que c’est bien plutôt le chien qui a fait le choix de se rapprocher de l’homme, et de s’adapter à cette nouvelle espèce qui investissait son biotope. Un exemple parfait de darwinisme, et un fait biologique qui démonte totalement la vision anthropocentrée admise jusqu’à présent.

Et tout le problème est là, dans nos relations avec nos chiens : nous prenons rarement leur point de vue en compte !

Des deux morphotypes originels identifiés, le chien courant et le molosse, en plusieurs milliers d’années, nous avons atteint près de 400 races de chiens. Chiens de compagnie, chiens de travail, tous ont une utilité. Une mission précise à assurer auprès de l’homme. Un épagneul papillon est idéal pour la compagnie, un chien de berger pour garder les troupeaux. Chacun son job. Il y a 30 ans, personne n’aurait eu l’idée d’avoir un chien de berger en ville. Aujourd’hui, combien de border collies sont amenés en consultation par des propriétaires débordés parce qu’ils « rassemblent » les vélos ou les voitures ?

Qu’est-ce donc qu’un bon chien ? Eh bien, un chien dont on respecte la nature. Cela peut paraître simpliste, pourtant les professionnels constatent au quotidien à quel point cela semble difficile à admettre pour nous, humains. A ce titre, l’intervention de Nicolas Cornier, éducateur canin très connu du milieu cynophile, dès l’ouverture du congrès samedi matin, donnait le ton. A peine arrivé sur l’estrade, le décor était planté : « Vous voyez ça ? » dit-il en présentant un clicker… Avant de l’écraser rageusement du pied devant un public à la fois médusé et amusé. « Voilà, maintenant on peut travailler. » Sous-entendu : débarrassons-nous de nos idées reçues, et partons sur des bases neuves.

Son intervention n’a pas été du goût de tout le monde, pourtant elle posait toutes les bonnes problématiques : qu’est-ce qu’un chien de berger a à faire en ville ? Pourquoi a-t-on le droit de faire n’importe quoi avec les chiens ? Comment vaincre les petites peurs de l’humain, qui ne veut pas lâcher son chien de peur de gêner socialement, qui ne quitte plus la laisse parce qu’il n’a pas les compétences pour maîtriser son animal ; comment socialiser le chiot de façon précoce ; et pourquoi y a -t-il justement tant de ratés, de problèmes relationnels entre les chiens et nous, au point que la qualité de vie des uns comme des autres se dégrade ? Pour Nicolas, la réponse est sans appel : « On regarde le chien de trop près, on ne prend plus assez de recul. On a arrêté de réfléchir à la place qu’il doit occuper. Tous les week-ends, des gens exposent des chiens, dansent avec eux… Il y a d’autres moyens pour être heureux avec eux, ils ne demandent pas ça. »

Pour lui, ce n’est pas le chien qui a besoin d’être révolutionné, c’est l’homme, et le rapport qu’il crée avec le chien. « La culture du bon chien, du beau chien… c’est relatif. Regardez, il y a bien des gens qui adoptent des carlins ! Je plaisante. Le « mignonisme », le « gâtisme », il faut bien admettre que cela existe, mais c’est un véritable obstacle. On ne peut pas traiter avec intégrité et respect un être vivant que l’on considère avant tout comme beau. » L’esthétique est déjà un jugement qui empêche de voir QUI est vraiment l’animal. On entre presque dans la philosophie.

Forcément, de tels propos choquent certaines personnes (au hasard, les éleveurs). Mais tous les intervenants ont, après tout, démontré ceci : le problème dans la relation homme/chien vient souvent de l’homme. Sarah Jeannin, psychologue clinicienne intervenue le deuxième jour du colloque, assiste Thierry Bedossa dans ses consultations en médecine du comportement au CHUVA d’Alfort depuis 3 ans. Nous avions d’ailleurs fait un reportage sur cette méthode unique en France et sans doute en Europe, qui consiste à adjoindre au vétérinaire les services d’une psychologue qui « gère » l’humain. « Les propriétaires amènent un animal qui souffre d’un trouble du comportement, mais en vérité ils viennent en raison d’un problème plus large. Une névrose, un traumatisme, un manque à combler. Et le vétérinaire n’est souvent pas du tout formé à la psychologie humaine. Or, il est très utile de prendre en compte l’état émotionnel du maître pour comprendre le problème de l’animal et de sa relation avec son humain. »

Le fait est que les problèmes rencontrés chez les chiens impliquent très souvent la responsabilité du maître : ignorance des besoins du chien comme espèce et comme race, des exigences trop importantes envers un jeune chien (comme envers un enfant…), des difficultés à interpréter ses états émotionnels. Aucune étude scientifique ne démontre que les chiens savent distinguer le bien du mal et qu’ils maîtrisent la notion de vengeance. Pourtant, combien de maîtres ont pu dire « il a fait pipi sur mon canapé pour se venger ! » ?

En vérité, nous ne connaissons pas nos chiens. Dans un phénomène de cristallisation stendhalienne, ce que nous aimons en eux, ce que nous voyons en eux, ce sont avant tout nos propres projections. « Attention cependant : il faut certes questionner la responsabilité du propriétaire, mais ce n’est pas toujours et invariablement sa faute ! La présence du psychologue sert justement à le rassurer, à le mettre en confiance pour qu’il oublie un instant ses propres émotions et se rende à l’écoute des besoins de son animal. L’amour malheureusement ne suffit pas à rendre un chien heureux ! », précise Sarah.

Pour comprendre, il faut donc apprendre. C’était l’objet de l’intervention de Caroline Gilbert, docteur vétérinaire, responsable de l’enseignement d’éthologie fondamentale et appliquée de l’ENVA et des consultations en médecine du comportement du CHUVA. Elle supervise donc directement les consultations de Thierry Bedossa et Sarah Jeannin, et reste convaincue qu’il faut avant tout éduquer les propriétaires aux besoins éthologiques de leur animal : « Il faut leur faire comprendre qu’ils ont des émotions, leur apprendre à les détecter et à y répondre. La plupart des maîtres ignorent que les chiens sont parfaitement capables de nous reconnaître à notre visage, et de décoder nos expressions faciales pour identifier notre humeur. Ils savent interpréter le comportement d’un humain avec un autre humain, ils reconnaissent nos peurs, notre joie, notre colère, la science l’a démontré. Notre rôle est d’apprendre au propriétaire à identifier ces signaux et à les interpréter. » L’exposé de la doctorante Charlotte Duranton et de l’éducatrice Eléonore Buffet sur les capacités cognitives du chien était à ce titre extrêmement riche en enseignements.

Ainsi, on pourrait presque dire que dans la relation homme/chien, celui qui ne parle pas la langue de l’autre n’est pas celui que l’on croit… « Il ne leur manque que la parole »… En effet ! Les chiens nous comprennent bien plus que nous les comprenons, parce qu’après des millénaires à nos côtés, ils nous ont attentivement observés et ont appris à décoder notre langage, verbal et non-verbal. Et nous ? Où en sommes-nous dans notre apprentissage de la langue « chien » ?

« Il nous faut interroger l’état de nos pensées aujourd’hui », expliquait Thierry Bedossa dans sa première intervention, très attendue, samedi midi. « Les chiens qui manifestent des troubles du comportement ne sont pas des malades mentaux que l’on doit absolument soigner à coups de psychotropes. Ce sont des animaux intelligents et sensibles qui recherchent le plaisir, comme nous, comme la plupart des mammifères, et nous l’avons largement oublié. Les questions que l’on entend souvent de la part de maîtres débutants sont édifiantes : est-il mauvais qu’il dorme avec moi ? Doit-il manger après moi ? Doit-il vivre en chenil ? Non ! La notion de dominance et d’ascendant relationnel sur l’humain est à déconstruire absolument. Ce n’est pas la seule manière dont les chiens structurent leur environnement social, que ce soit avec des congénères ou des humains. La relation entre notre chien et nous doit être basée sur une éthique, comme toute relation équilibrée d’ailleurs, sur une méthode amicale et positive. Et si on n’y parvient pas, si l’on se sent dépassé et désespéré de ne pas arriver à être un bon maître, pour des raisons extrêmement variées, le placement responsable et conscient est une meilleure solution que la souffrance d’une bête, et on n’a pas le droit de stigmatiser un maître pour cela. »

Parler couramment le « chien », c’est s’attaquer aux causes (nous, notre égoïsme et notre ignorance) plutôt qu’aux effets. C’est souvent efficace pour régler un problème (ainsi, les troubles du comportement d’un chien). Mais c’est plus exigeant. Cela oblige à s’oublier et à ne plus considérer notre chien comme « l’animal-machine » qu’évoquait Descartes. Car être un chien de compagnie, c’est un sacré boulot ! Jocelyne Porcher, sociologue chercheuse à l’INRA et notamment spécialiste des relations de travail entre les hommes et les animaux, l’a expliqué dimanche matin : « Etre présent, rechercher l’interaction, se tenir tranquille, être aimable : la compagnie est un véritable travail, comme l’était celui de dame de compagnie au 18ème siècle. Un travail avec des horaires, largement intériorisés par le chien, qui s’y investit autant qu’il le peut et qu’il s’approprie au fur et à mesure de l’avancée de sa relation avec son maître. Et qu’en est-il de son temps libre ? La vraie liberté, pour un chien de compagnie, serait d’avoir un temps où il puisse faire ce qu’il veut et ne plus avoir à se maîtriser. L’emmener courir sur une plage et le laisser aller où il le souhaite, par exemple. C’est très difficile à envisager pour les maîtres, pourtant cela pourrait apporter une réponse à bon nombre de comportements difficiles. »

Souvenons-nous que nous-mêmes, nous sommes des animaux. Et nous apprécions qu’on nous comprenne. Alors, avec les chiens, faisons preuve d’empathie, et mettons-nous à leur place. C’est encore le meilleur moyen pour les comprendre et les rendre plus heureux. Nous-même, nous ne pourrons qu’en bénéficier. C’était la leçon de Dog Revolution. Et vu l’enthousiasme du public, il semblerait qu’elle trouve un écho favorable. C’est encourageant pour l’avenir !

Plus d’informations

Site Internet : www.dog-revolution.fr

Toutes les conférences en vidéo sur

Périscope : https://www.periscope.tv/Stephane_Tardif/1ZkJzWjDyVexv

(source : Pet in the City.fr)

COMPTES RENDUS

*Tendances comportementales : élevage, choix de sélection

Antoine Bouvresse – Mélodie Pichoir

Qu’est ce que c’est qu’un bon chien dans la société, dans son utilité ? La domestication fut sans doute la première sélection qui s’est mise en place pour créer une nouvelle espèce, Canis lupus familiaris, issue de Canis lupus. Du point de vue de l’homme, l’adaptation, la domestication, a été initiée par l’homme, qui a fait le choix d’aller chercher des loups et de créer une nouvelle espèce. Ce point de vue anthropocentré néglige le fait que la domestication, d’un point de vue biologique est simplement le fait qu’une espèce s’est adaptée à une autre espèce ou un nouveau biotope. C’est une vision de pure sélection naturelle, où l’humain n’intervient pas. L’humain fut chasseur-cueilleur, pourquoi se tournerait-il vers un prédateur ? D’un point de vue biologique, l’humain chasseur qui commence à se sédentariser , les canidés sauvages commencent à se rapprocher, s’adapter et à vivre aux côtés de l’humain

Chez les premiers canidés domestiques, deux grands morphotypes se dégagent : Morphotype graïoide : chiens élancés et souples, fins, membres fins, museau allongé. Chien de chasse

Morphotype molossoïde : épaules musclées, tête carrée, imposant, poitrail fort, pattes larges et fortes. Fonction de gardien à la maison et dans les troupeaux

L’émergence de ces deux variétés extrêmement bien définies est liée à une spécialisation du travail qu’on leur affecte et d’une pression de sélection importante par l’homme. Ces spécialisations vont se poursuivre en fonction des évolutions techniques et culturelles

Le tableau de Coppinger sur les patrons moteurs montre que certains comportements typiques de certains chiens en fonction de leur utilisation, peuvent être des comportements sélectionnés à partir de comportements déjà existants chez le canidé sauvage :

Coppinger définira les patrons moteurs ainsi : « C’est une exagération de comportement et les gens du chien les surpassent tous en développant des centaines de races, chacune exprimant de manière dramatique des conformations comportementales bizarres : le setter irlandais, le golden retriever, le pointer anglais, le pitbull terrier, le puli hongrois, et mon favori le border collie. Je pense que le border a la plus délicieusement bizarre des conformations comportementales de toutes ces espèces ». Et encore : « On n’apprend pas des patrons moteurs. Ils font partie du répertoire comportemental du chien. Le maître est le chorégraphe d’un ballet de patrons moteurs, où pour le dernier acte, les moutons rentrent dans l’enclos. »

Les comportements sont donc présents génétiquement, ont un potentiel, qui s’exprimera ou pas, en fonction de l’environnement qu’on lui présente.

L’élevage est une autre partie de la problématique des tendances comportementales. Il existe 7 millions de chiens en France, on compte 200 000 chiens LOF de plus par an. L’élevage est réalisé en général par des gens passionnés d’une race qui ont envie de le faire partager. La grande majorité des élevages sont de petits effectifs, et la nouvelle réglementation en la matière oblige à déclarer toute activité d’élevage même non professionnelle. Le but ? Améliorer une race et satisfaire les particuliers demandeurs. L’élevage est soumis à des contraintes réglementaires et économiques. Les clients sont des utilisateurs pour le travail, le sport/loisir ou de simples particuliers.

Les critères recherchés chez le chien sont souvent des compétences et une bonne santé pour un utilisateur, un bon compagnon (critère variable selon les gens) et une bonne santé chez les particuliers. Le « beau chien » n’est pas le principal critère (seuls ¼ des chiens LOF vont à la confirmation), la recherche concerne avant tout un chien « atypique ».

On constate une très nette évolution du nombre de races représentées par groupe entre 1969 et 2015 :

Quel que soit l’élevage, le choix des reproducteurs se fera en fonction des critères suivants :

  • le standard

  • les cotations, résultats en expo, en concours

  • le tempérament : même si cela évolue, on a encore peu sélectionné sur le comportement (chiens agressifs ou peureux remis à la reproduction)

  • les compétences sociales : même constat. Les élevages se font souvent en box, ce qui nuit aux compétences sociales

  • les compétences au quotidien : mais comment sera le chiot dans un autre contexte ?

  • les compétences en reproduction, maternage : les éleveurs regardent peu la fonctionnalité de l’outil de travail. (Césarienne en série etc).

Les élevages se font majoritairement par lignée (utilisation de la consanguinité, outils de sélection – pedigree, tests génétiques – choix d’élevage – sélection d’hypertype – évolution des standards). Une préparation optimum des chiots est visée mais le contexte d’élevage n’est pas toujours favorable (isolement de l’élevage, chiots isolés des adultes, du groupe, phobie sanitaire).

Le rapport CGAAER (2015) établit un état des lieux des méthodes d’élevage. Près de 600 maladies génétiques ont été identifiées, la sélection se base avant tout sur des critères de beauté, une forte médicalisation des reproducteurs, une aide à la procréation, une forte consanguinité et une dérive vers l’hypertype. Parmi les risques, on notera principalement une incidence accrue des maladies génétiques récessives ; une fertilité réduite (taille des portées, baisse de la viabilité des cellules sexuelles) ; une fréquence accrue d’apparition de défauts congénitaux tels que cryptorchidie, malformations cardiaques, fentes palatines ; des asymétries variables (déformations faciales ou yeux dissymétriques) ; réduction des poids de naissance et mortalité néonatale plus élevée. Le reproducteur est sur-utilisé, ce qui augmente les risques de troubles génétiques, et la maladie apparaîtra d’autant plus rapidement si une part importante du pool génétique est porteur.

Eviter les hypertypes morphologiques consistent à éviter les problèmes locomoteurs, respiratoires, reproducteurs, de communication avec les congénères et les malformations. Concernant les hypertypes comportementaux, à l’éleveur de savoir évaluer si tel propriétaire sera fait pour son chien.

*Familiarisation et socialisation : la socialité du chien peut-elle se résumer par une approche binaire ?

Nicolas Cornier / Séverine Belkhir

Le rôle de l’éducation

Familiariser un chien doit se faire de façon précoce, progressive et libre. Il est nécessaire d’extraire le plus tôt possible le chien de son élevage et du cocon familial et lui faire rencontrer son environnement de vie. En outre, une vraie réflexion doit se faire pour savoir si un propriétaire sera capable de le rendre heureux avant de l’adopter.

Comment faire pour favoriser la socialisation précoce du chien ? Un vétérinaire peut collaborer avec un éducateur canin, en poussant le propriétaire à sortir le chiot le plus tôt possible, en le mettant en contact avec plusieurs chiens adultes expérimentés.

Le rôle de l’éducateur sera de scénariser les séquences d’apprentissage, d’essayer de se mettre à la place du chien et d’avoir un cahier des charges pour qu’il réussisse dans chaque situation (sortir dans la rue n’est pas indolore comme situation : cela suppose de réfléchir et de ne pas subir : si on sort un jeune chien dans des situations traumatisantes, l’objectif n’est clairement pas atteint). Pour gérer les réticences et les peurs de l’humain, l’éducateur a l’avantage car il sait gérer les émotions des propriétaires. Le vétérinaire a un rôle de conseil mais n’a pas le temps pour cela. L’éducateur fait, et fait faire, pour que les propriétaires s’approprient le savoir-faire. Ian Dunbar disait qu’il fallait avoir du bon sens et être avec les chiens et les humains pour réussir à socialiser les chiens.

An amont de l’adoption, le souci est de savoir quel chien sera un bon chien de compagnie : il y a des chiens qui ont du mal à ne pas bouger, à ne pas devenir  « addict » à des balles, à des attentions, qui ont des difficultés face à une forme d’apprentissage de l’ennui, de la solitude. Comment se fait-il alors qu’il y a autant de ratés, de mauvais scénarios avec le chien comme compagnon, et que la qualité de vie se dégrade ? On regarde le chien de trop près, on manque de recul, on a arrêté de réfléchir à la place qu’il a. Il y a d’autres moyens pour être heureux avec les chiens que de les exposer ou de danser avec eux, ce n’est pas ce qu’ils demandent, ce n’est pas leur nature. On ne peut pas traiter avec intégrité et respect un être vivant qu’on considère avant tout comme beau, car l’esthétique est déjà un jugement qui empêche de voir QUI est vraiment l’animal. Eduquer un chien demande des compétences, rééduquer un chien demande de très grandes compétences. La peur de déranger l’autre socialement, de brider le chien, parce qu’on a pas les compétences pour le gérer est une erreur. Un chien n’est pas là uniquement pour notre profit, notre utilité. Un bon chien de compagnie est un objectif plus ambitieux car moins mécanique. La révolution doit venir des humains, qui laisseront les chiens à leur juste place (les chiens de travail au travail, ceux de compagnie à la compagnie).

Approche binaire de la socialité

Quelle est la structure sociale chez le chien ? Cela dépend ! Chez le chien, toutes les structures sociales existent, c’est d’ailleurs l’une des rares espèces à présenter cela. La composition démographique d’un groupe social dépend du nombre d’individus, du nombre de mâles, de femelles, des différentes classes d’âge, du système d’appariement (mode de reproduction, monogame/polygame). On observe toute une palette de comportements, des interactions affiliatives, des comportements sociaux ou agonistiques (agressions, évitements). On peut alors déterminer le caractère d’une relation en vertu de l’ensemble des interactions observées. L’organisation et l’image du groupe définissent aussi la nature de la relation.

En éthologie, on répartie les différentes activités comportementales sur une journée et on étudie ainsi les interactions sociales dans un groupe de chiens : comportements agressifs, de dominance, de soumission, soumission active. On peut considérer que l’on est déjà dans l’interprétation en relevant les comportements classés dans des catégories, et qu’on posait le principe d’une structure sociale hiérarchique de base. Mais certaines unités de comportements peuvent s’exprimer dans des interactions de différentes natures : queue portée haute, aboyer, grogner etc. La recherche systématique d’une organisation hiérarchique en éthologie est une possibilité parmi d’autres.

Quels comportements sont exprimés lors d’interactions sociales chez le chien ? Existe-t-il des marqueurs de cohésion chez le chien ? L’étude menée à AVA sur des groupes de chiens se basait sur un répertoire comportemental de 132 comportements, inspiré de la thèse de doctorat de B. Deputte en 1986.

  • Comportements d’approche : 11 unités

  • comportements actifs de contacts physiques : 68 unités

  • comportements de proximité : 35 unités

  • Comportement de rupture ou empêchement de contact : 14 unités

  • comportement visuel : 4 unités

  • + 14 unités associées (port de queue, vocalisations etc)

A l’issue des premières observations des données d’un groupe (¼ des données analysées soit environ 11 000 comportements) :

  • 61/132 s’expriment de manière régulière

  • Comportements d’approche : 11/11

  • Comportement d’approche : 18/68

  • Comportements de proximité : 19/35

  • Comportement de rupture ou empêchement de contact : 11/14

  • Comportement visuel : 4/4

A la lumière de ces données, peut-on affirmer que la notion de hiérarchie existe ? Cela dépend, et en réalité, elle n’est pas nécessaire pour comprendre le comportement des chiens. Les conclusions dépendent du découpage du continuum comportemental. Pour définir le profil comportemental d’un chien, on regarde la nature des comportements émis ou reçus, la fréquence et durée d’interaction, le contexte d’expression, la tendance comportementale, le tempérament de l’individu, son développement précoce (qui a forcément un impact sur sa façon de gérer des évènements), son histoire de vie, son âge, son état de santé et émotionnel. Rencontrer des chiens nouveaux, c’est une situation de résolution de problème, et le stress impacte notre réfléxion et la capacité à réagir et à gérer un problème. En conclusion, les comportements sociaux chez le chien sont très variés, sa communication complexe, dynamique et multimodale. Aussi la socialité du chien ne peut être résumée à un schéma explicatif unique et universel. Elle s’exprime à travers des apprentissages (associatifs, sociaux), un changement d’état émotionnel, des capacités d’ajustement différentes, des capacités cognitives différentes, des marqueurs de cohésion, etc.

Les communautés hybrides pour une éthique de la relation homme/chien

Thierry Bedossa

Quel est l’état de nos pensées aujourd’hui sur le chien ? Certaines problématiques sont difficiles à appréhender. La question de la dominance par exemple est très relative. Au vu des nombreuses situations que son statut de vétérinaire a pu lui faire rencontrer en 30 ans de pratique, de comportements gênants, de placements (abandons), d’humains en détresse, l’auteur peut affirmer aujourd’hui qu’un bon placement est parfois la meilleure solution à apporter à la souffrance d’une bête. De nombreux propriétaires se demandent ainsi, pour mieux appréhender leur quotidien avec le chien :

  • s’il est bon qu’un chien dorme avec son propriétaire ? Cela entraîne t-il des troubles du comportement ?

  • Doit-il manger avant son maître ?

  • Qu’en est-il des chenils ?

En réponse à ces questions fréquentes : le chien est un animal intelligent et sensible qui recherche le plaisir, et on l’a beaucoup oublié. Un chien mangeant paisiblement en même temps que son maître même dans un lieu public ne gêne pas l’environnement social et cela ne choque plus culturellement. Enormément de chiens se sont développés en chenil, enfermés, ce qui ne peut qu’altérer la qualité du développement. Sans doute sont-ils déjà handicapés à vie pour être un bon animal de compagnie parce qu’ils ont eu des conditions de développement défaillantes. Même les scientifiques n’hébergent plus leurs chiens d’étude en chenil pour leur éviter tout stress. On pourrait aussi imaginer l’élevage de façon différente, car l’impact est fondamental sur les attitudes des chiens

Sur des questions aussi banales mais préoccupantes pour les propriétaires :

  • emmenez-vous votre chien en vacances, au resto ? Facteur de bien-être pour le chien et pour vous ?

  • Le confiez-vous à des pensions, ou des chenils ?

  • Vous lui achetez des vêtements, des accessoires ?

  • Gestion de la fin de vie : accompagnement ou euthanasie « de convenance » ?

  • Comment voyage le chien en voiture ? Dans un kennel ou sur un siège ?

On constate très peu de références scientifiques sur toutes ces pratiques. On sait en revanche que la notion de dominance n’est pas la seule manière dont les chiens structurent leur environnement social. Pour évaluer la personnalité des chiens, des méthodes existent (C-Barq). Il est nécessaire de développer une éthique de notre relation à l’animal, une méthode amicale et positive basée sur une réflexion sur l’état des connaissances scientifiques, et présenter des choix assumés.

*Cognition du chien et applications

Eléonore Buffet, Charlotte Duranton

Qu’est-ce que la cognition ? Un ensemble des processus mentaux d’un organisme qui lui permettent de traiter des informations provenant de son environnement (Giraldeau & Dubois, 2009). Mémoire, raisonnement, apprentissage, résolution de problème, prise de décision, perception, attention, attribution de connaissances, langages, émotions… Chaque espèce animale perçoit le monde d’une façon qui lui est propre. Comprendre comment les chiens raisonnement, apprennent, traitent les informations, se comportent, permet de comprendre leur point de vue sur leur environnement.

Que comprennent réellement les chiens de l’humain ? Ils sont sensibles à un état attentionnel et obéissent à une commande vocale. Ainsi, les chiens obéissent et réclament à manger de façons différentes selon l’attention visuelle de leur maître (Call et al, 2003 ; Schwab and Huber, 2006). Dans le jeu de rapport d’objet, les chiens se réorientent pour ramener en face de l’humain (Gàcsi et al, 2004). Les gens pensent comprendre ce que leur communique leur chien et savoir identifier lorsqu’il a fait une bêtise grâce au « regard coupable » (Horowitz et al, 2009 ; Hetch et al, 2012) L’étude de Kaminski montre que les chiens suivent nos indications corporelles 90% du temps. Les chiens suivent aussi notre regard, comprennent aussi ce que signifie des yeux fermés, ce qui pourrait suggérer que les chiens ont la capacité à voir au-delà d’eux mêmes. Même les grands singes n’y arrivent pas ! Les chiens apprennent à notre contact et utilisent tous les signaux communicatifs même les signaux inconscients. Pourquoi manifestent-ils de la culpabilité même lorsqu’ils n’ont rien fait ? Il n’y a pas de preuve que le chien ait une mémoire autobiographique mais ils ont une mémoire associative : donc quand le maître rentre, même s’ils n’ont rien fait, ils ont le regard coupable.

Emotions : applications pratiques chez le chien

Qu’est-ce qu’une émotion ? Une réponse affective à un événement, à durée courte. Un état objectivable qui n’est pas obligatoirement conscient, associé à des changements physiologiques, morphologiques et/ou comportementaux mesurables, spécialisé et/ou adaptatif qui permet de réagir à des menaces ou opportunités présentes.

Appliquées au chien de compagnie, quelles sont les émotions que l’on recherche ? Qu’il soit sociable et familier (comportements affiliatifs), adaptable (peu excitable et pas peureux) et coopératif (comportements affilitatifs). Les animaux sont moins stressés face à la valence positive d’une situation, la possibilité d’avoir du contrôle sur une situation, la prévisibilité d’une situation. Ils sont en revanche plus stressés face à la valence négative d’une situation, l’impossibilité d’avoir du contrôle sur une situation, la soudaineté d’une situation. Le niveau de stress dépend cependant de la façon dont l’individu perçoit la situation. Les émotions et le niveau d’éveil impactent la réponse comportementale : dans des situations aversives répétées, l’impact sera négatif sur l’humeur et la personnalité, favorisera les interactions agonistiques. Au contraire, des situations affiliatives répétées auront un impact positive sur l’humeur et la personnalité, favoriseront la coopération. Les émotions sont donc essentielles à prendre en compte pour le bien-être du chien, elles influencent et participent aux apprentissages.

Apprentissages : applications pratiques chez le chien

Qu’est-ce qu’un apprentissage ? Une modification comportementale à la suite d’expériences individuelles (Giraldeay & Dubois, 2009). Un apprentissage est adaptatif, il apprend à réagir à des menaces, trouver de la nourriture, communiquer. On distingue deux modes d’apprentissage :

  • l’habituation : apprendre à ne pas répondre à un stimulus ; diminution progressive de la probabilité d’apparition d’une réponse suite à la présentation répétée d’un même stimulus (Carew et al, 1972)

  • la sensibilisation : apprendre à répondre à un stimulus ; augmentation progressive de la probabilité d’apparition d’une réponse suite à la présentation répétée d’un même stimulus, surtout pour les stimuli légèrement aversifs

Le conditionnement classique type pavlovien permet d’associer un stimulus neutre à un stimulus inconditionnel, qui déclenche alors une réponse inconditionnée. L’apprentissage est associatif, la réaction non-volontaire.

Le conditionnement opérant permet une modification de la probabilité d’apparition d’un comportement en fonction des conséquences dudit comportement, avec utilisation d’un renforçateur (primaire, la nourriture ; secondaire, le clicker). L’apprentissage est associatif, la réaction volontaire.

L’impuissance acquise consiste à apprendre à ne plus produire de comportement d’évitement face à un stimulus aversif suite à des présentations répétées dans des conditions telles que l’animal ne peut plus s’y soustraire (Seligman 1976). On parle de détresse acquise, résignation apprise, impuissance acquise, où le chien apprend à ne plus essayer d’échapper à une situation aversive via l’emploi de méthodes coercitives.

L’apprentissage social est une modification de la probabilité d’apparition d’un comportement en résultat d’interaction avec ses congénères. Dans le cas d’une facilitation sociale, l’individu va avoir davantage tendance à faire un comportement quand il est en présence d’autres individus qui font ce même comportement. Dans le cas d’un apprentissage observationnel, un individu apprend à faire une nouvelle action avoir avoir observé un congénère la faire (Scandurra et al, 2016). Pour optimiser l’apprentissage social, il faut choisir le bon démonstrateur en fonction de l’objectif. C’est plus optimal si le lien est familier. Par ailleurs, plus la tâche est complexe et précise, plus l’environnement doit être neutre.

L’apprentissage latent se fait en absence (apparente pour l’observateur) de renforcement ou de punition. L’information est mémorisée en absence d’effet positif ou négatif, puis réutilisée plus tard en situation adéquate, lorsqu’elle a un bénéfice.

En résumé, la prise en charge comportementale du chien de compagnie doit favoriser la bonne humeur (contrôle sur son environnement, prévisibilité des situations, expériences majoritairement neutres ou positives), un niveau d’éveil modéré (familiarisation, socialisation, habituation, méfiance envers les activités addictives), un apprentissage associatif à valence positive (notamment dans des contextes contraignants), un environnement répondant aux besoins individuels, la clé du bien-être. Pour atteindre ces objectifs, il existe une multitude d’outils : observer, réfléchir, inventer, exécuter, improviser, essayer.

*Bien-être animal et gestion du mal-être chez le chien : approche pluridisciplinaire

Serge Pautot, Séverine Belkhir, Sonia Kischkewitz

Etat du droit de l’animal

« L’animal est un être organisé doué de mouvement ou mobilité et de sensibilité » selon les définitions des dictionnaires Larousse et Petit Rober.

L’animal ne pouvait donc pas être ignoré par le droit car il occupe une place importante dans la vie des hommes et que, en raison de cette place, la science juridique s’en est saisie et d’hier à aujourd’hui la conception du statut de l’animal a beaucoup évolué.

Nous analyserons cette évolution au travers de trois grandes matières du droit :

  • Le Droit Civil : De l’animal chose à l’animal être vivant doué de sensibilité

  • Le Droit Pénal : La protection pénale de l’animal victime d’acte douloureux

  • Le Droit Rural : La recherche maximale du bien être de l’animal

I – De l’animal chose à l’animal être vivant doué de sensibilité

La science juridique a longtemps gardé la certitude que l’animal n’a aucun point commun avec l’homme ; qu’il est une chose alors que l’homme est une personne ; un objet quand l’homme est un sujet. Ainsi, le Code Civil, après avoir posé en son article 516 que tous les biens sont meubles ou immeubles, classe les animaux en principe dans la catégorie des meubles, exceptionnellement dans celle des immeubles par destination.

Pour caractériser cette conception qui est la transposition juridique de la théorie philosophique des animaux-machines, la doctrine la qualifie le plus souvent de conception de l’animal-chose.

Cette conception empêche le droit en général et le droit privé en particulier à ignorer que l’animal est doué de motilité et de sensibilité : le droit privé, en conservant les préjugés cartésiens a refoulé les principales caractéristiques qui contribuent à donner à l’animal une place primordiale dans la société des hommes, souligne le Professeur J.P. MARGUENAUD dans sa thèse : l’animal en droit privé.

Cependant la jurisprudence, ensemble des décisions judiciaires tendant à déterminer une solution uniforme pour un problème juridique donné, a reconnu le droit à réparation pour le préjudice moral consécutif à la mort d’une bête, ainsi que l’insaisissabilité des animaux de compagnie à la répression des mauvais traitements, des actes de cruauté, des sévices graves, les abandons volontaires ou qui proclament que l’animal est un être sensible comme nous le verrons dans l’analyse du droit pénal. « A partir du moment où le fait animal devient un fait social d’une densité suffisante, il n’est pas normal que le droit, même si le droit n’est pas le simple reflet des faits, il n’est pas normal que le droit se désintéresse de ce fait social animal ». Comme le disait le professeur Antoine VIALARD.

Ce sont dans ces conditions que la loi n° 2015-177 du 16 févier 2015 a édicté : les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens.

Au lieu de Art. 528 « Sont meubles par leur nature les animaux et les corps qui peuvent se transporter d’un lieu à un autre, soit qu’ils se meuvent par eux-mêmes, soit qu’ils ne puissent changer de place que par l’effet d’une force étrangère ».

Ainsi depuis 2015, l’animal est consacré « être vivant et doué de sensibilité ».

II – La protection pénale de l’animal victime d’acte douloureux

Il existe depuis bien longtemps une protection juridique des animaux mais il fallut attendre le 2 juillet 1850 pour que le général Jacques DELMAS DE GRAMMONT parvienne, au prix de quelques quolibets, à faire adopter la célèbre « loi relative aux mauvais traitements envers les animaux domestiques » à laquelle est restée attachée une partie de son nom. Ce texte est donc à l’origine de la protection individuelle de l’animal fondée sur sa sensibilité, qui permet de sanctionner un nouveau type d’atteintes portées par les tiers aux appropriées mais qui, surtout, apporte de considérables limites aux prérogatives du propriétaire lui-même.

Le Professeur MARGUENAUD souligne que cette loi n’envisageait que l’aspect physiologique de la sensibilité de l’animal. Aujourd’hui la protection vise aussi un être psychologiquement sensible, tel l’abandon, les sévices graves.

Le Code Pénal réprime :

  1. Des mauvais traitements envers un animal

Art R. 654-1 Hors le cas prévu par l’article 511-1 (art. 521-4), le fait, sans nécessité, publiquement ou non, d’exercer volontairement des mauvais traitements envers un animal domestique ou apprivoisé ou tenu en captivité est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la 4ème classe.

En cas de condamnation du propriétaire de l’animal ou si le propriétaire est inconnu, le tribunal peut décider de remettre l’animal à une œuvre de protection animale reconnue d’utilité publique ou déclarée, laquelle pourra librement en disposer.

Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Elles ne sont pas non plus applicables aux combats de coqs dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie.

Exemple : laisser un chien sans soins, sans nourriture suffisante, le laisser dehors à une température descendant à – 10 degrés centigrades etc…

  1. Des sévices graves ou actes de cruauté envers les animaux

Art 521-1 (L. n° 99-5 du 6 janvier 1999) « Le fait, publiquement ou non, d’exercer des sévices graves (L. n° 2004-204 du 9 mars 2004, art. 50), ou de nature sexuelle, ou de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité, est puni de deux ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende ».

Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Elles ne sont pas non plus applicables aux combats de coqs dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie.

Exemple : l’acte de cruauté se distingue de la simple brutalité en ce qu’il est inspiré par une méchanceté réfléchie et qu’il traduit une volonté perverse.

III – La recherche maximale du bien être de l’animal dans le Code Rural

La sphère d’affection de l’animal conduit à lui procurer des conditions les meilleures. Le Code Rural n’a pas manqué de fixer les règles sanitaires et de protection animale auxquelles doivent satisfaire les activités liées aux animaux de compagnie d’espèces domestiques relevant du au IV de l’article L.214-6 du Code Rural et de la pêche maritime.

Voici à titre d’exemple des extraits des dispositions à respecter prévues par l’Arrêté du 3 avril 2014.

Dispositions spécifiques aux chiens

1. Hébergement

Les chiens disposent d’un logement étanche et isolé thermiquement pour les protéger des intempéries et des conditions climatiques excessives, adapté à leur taille, équipé d’une aire de couchage sèche et isolée du sol.

L’espace minimal requis pour l’hébergement des chiens est d’une surface de 5 m² par chien et d’une hauteur de 2 m. Tout ou partie de cet espace d’hébergement est abrité des intempéries et du soleil. Il peut être réduit pour les séjours dans les locaux d’isolement le temps du traitement de l’animal malade. Pour les chiens dont la taille est supérieure à 70 cm au garrot, la surface d’hébergement ne peut être inférieure à 10 m² ; cette surface peut toutefois accueillir 2 chiens. Les chiots non sevrés peuvent être hébergés sur ces surfaces minimales avec leur mère.

Hormis, les installations construites avant l’entrée en vigueur du présent arrêté, les établissements de vente et le cas particulier visé à l’article 2 du présent arrêté, les chiens ont accès en permanence à une courette en plein air dont la surface est adaptée à leurs besoins en fonction de la race. Le sol des logements est plein et continu. Le sol de l’espace d’hébergement et des courettes doit être conçu et entretenu pour ne pas être source de nuisances, de risque sanitaire et garantir les conditions de bien-être des chiens.

Des dispositifs et accessoires appropriés sont mis en place pour favoriser l’occupation et le jeu.

Dans les établissements de vente, à titre dérogatoire, les chiots de plus de huit semaines, sans leur mère, peuvent être détenus dans un compartiment dont la surface minimale requise correspond aux normes suivantes :

Tableau 1

Poids du chiot

Surface minimale par chiot

Surface minimale du compartiment

Hauteur minimale

< 1.5 kg

0.3 m²

1.5 m²

1.2 m

1.5 kg ≤ x < 3 kg

0.5 m²

1.5 m²

1.2 m

3 kg ≤ x < 8 kg

0.75 m²

1.5 m²

1.2 m

8 kg ≤ x < 12 kg

1 m²

2 m²

1.2 m

12 kg ≤ x < 20 kg

2 m²

4 m²

1.2 m

≥ 20 kg

3 m²

5 m²

1.5 m

2. Contacts sociaux

Les chiens sont hébergés autant que possible en groupes sociaux harmonieux, sauf quand il est justifié de les isoler pour raisons sanitaires ou comportementales.

Des précautions particulières sont prises lors du regroupement des chiens ou de l’introduction d’un nouveau chien dans un groupe. Dans tous les cas, la compatibilité sociale au sein des groupes fait l’objet d’une surveillance régulière.

Les chiens ont accès quotidiennement à des contacts interactifs positifs avec des êtres humains et d’autres chiens. Une attention particulière est portée à leur socialisation et leur familiarisation.

3. Mouvement

Les chiens doivent pouvoir se mouvoir librement, sans entrave et sans gêne. Ils ne peuvent être tenus à l’attache que ponctuellement et conformément à l’arrêté du 25 octobre 1982 relatif à l’élevage, la garde et à la détention des animaux.

Les chiens, à l’exception des animaux malades ou isolés provisoirement pour raison sanitaire, quel que soit leur âge et leur mode de détention, sont sortis en tant que de besoin, en extérieur tous les jours, afin qu’ils puissent s’ébattre et jouer entre eux et en interaction avec l’humain. Une aire d’exercice en plein air de conception et de dimension adaptées est à leur disposition. Dans les établissements de vente, à défaut d’une aire d’exercice en plein air, les chiens sont sortis quotidiennement de leur compartiment dans une aire d’exercice intérieure.

Les plages horaires prévues pour la sortie des animaux figurent, sans le détail par animal, dans un document affiché ou présenté à la demande des agents de contrôle.

Gestion des états de mal-être chez le chien

Chaque espèce animale appartient à une race, qui a ses propres tendances comportementales. Chaque individu a son tempérament, son histoire de vie, des capacités cognitives et un état de santé qui lui sont propres. Définir les capacités d’adaptations de chaque individu, ses besoins individuels, les agents stresseurs, enfin évaluer son état éventuel de mal-être, permet d’agir sur l’environnement du chien avec pour objectif un bien-être optimal.

L’état de bien-être se définit par l’absence de souffrance (physique ou mentale), un animal en harmonie avec son environnement, un respect des capacités d’adaptation de l’individu. Concernant les besoins, il est important de bien les identifier : certains rendent la vie possible, d’autres maintiennent l’état de santé, enfin d’autres maintiennent le confort, ce qui permet de passer du stade de la survie à celui de la qualité de vie (Broom & Johnson, 1993 ; Hurnik & Lehman, 1985). Chez le chien, répondre à ses besoins en tant qu’espèce permet d’éviter l’apparition de comportements gênants.

Le chien étant une espèce sociale, les interactions intra-spécifiques (socialisation, communication, jeu…) sont primordiales. Les interactions inter-spécifiques, avec les humains (via une bonne éducation, une relation de confiance, du respect) et d’autres espèces sont tout aussi nécessaires pour enrichir la qualité de vie de l’individu. Un chien doit avoir des activités exploratoires, physiques (promenades, activités sportives), masticatoires. Il n’a pas besoin d’être habillé comme un humain pour être un chien.

Le stress est un phénomène naturel et adaptatif, qui se manifeste par divers mécanismes :

  • des mécanismes physiologiques : préparation à l’action (adrénaline/noradrénaline), production d’énergie (cortisol), éventuellement épuisement si le stress est trop fort

  • des mécanismes cognitifs : stratégies d’ajustement (« coping »), un ensemble d’efforts cognitifs et comportementaux, de nombreuses capacités cognitives sollicitées.

Quels sont les agents stresseurs ? Un manque de dépenses cognitives et physiques. Ainsi l’isolement, le confinement, l’absence de « contrôle » sur l’environnement, le changement de routine, la nouveauté, des personnes non familières, la douleur, etc… sont des agents stresseurs courants, mais il existe une grande variabilité interindividuelle. (Breeda et al, 1997 ; Tuber et al, 1999).

Comment évaluer l’état de mal-être ? Via l’état de santé (noter un éventuel amaigrissement, des pathologies cutanées, digestives, des affections chroniques…), des indicateurs physiologiques (fréquence cardiaque, respiratoire, température corporelle, taux de glucocorticoïdes) et des indicateurs comportementaux : agressions, destructions, automutilations, mydriase, mais aussi éliminations inappropriées, tremblements, vocalisations, fugues, peur, coprophagie, pica, etc. Outre l’apparition des signes, on peut noter un changement de fréquence du niveau d’activité, des comportements affiliatifs, agonistiques (agression et évitement), une modification des capacités d’apprentissage (Breeda et al, 1997 ; Tuber et al, 1999 ; Rooney 2009).

Pour y répondre, il faut agir sur l’environnement, identifier la nature des stimuli (animés et inanimés). Assurer des dépenses cognitives suffisantes (favoriser la réflexion, limiter l’excitation) et les dépenses physiques (stimuler le métabolisme, assurer un bon état général).

En conclusion, les auteurs rappellent qu’il existe des fondamentaux permettant de répondre aux besoins du chien, mais la variabilité des individus nécessite de prendre en compte leurs besoins individuels. Y répondre permet de limiter ou réduire l’apparition de comportements gênants. Il convient d’évaluer l’aménagement proposé (a-t-il besoin d’enrichissement ou est-il agent stresseur), si les préconisations sont faisables pour les humains en charge de l’animal. Si besoin, une collaboration efficace avec un vétérinaire et un éducateur permettra une prise en charge optimale.

*En-quête de bien-être : rencontre de l’éthologie, de la psychologie et de la médecine vétérinaire du comportement

Caroline Gilbert, Thierry Bedossa, Sarah Jeannin

L’ENA est sans doute le seul lieu en Europe et en France où ces trois disciplines sont réunies pour des particuliers en consultation. Il est important de prendre en compte le regard croisé des deux disciplines, car les praticiens ont affaire à des chiens mais aussi à des humains avec leurs émotions. L’éthologie permet de mieux comprendre les capacités cognitives des chiens tandis que la psychologie permet de mieux comprendre l’humain.

Le rôle du vétérinaire dans la consultation de médecine comportementale

Le préalable à la consultation est de recevoir les patients dans un environnement standardisé. Les patients présentent des troubles du comportement jugés gênants par leurs propriétaires, qui parlent parfois de « maladie mentale ». Le but de la consultation est de déterminer la cause de ces comportements et de proposer un traitement adapté : rééducation, solutions, ou médicaments s’ils sont le résultat d’une atteinte organique.

Parmi les comportements gênants les plus courants, on note l’agressivité intra ou inter spécifique, l’activité excessive, la destruction, les vocalisations, un déficit d’obéissance, des troubles de l’élimination, un état anxieux/une anxiété contextuelle ou généralisée, des fugues, des TOC ou stéréotypies. Les consultations de médecine du comportement sont également le cadre d’évaluations comportementales, obligatoires pour certaines races depuis la loi sur la protection des personnes de 2007, qui permettent d’évaluer la dangerosité potentielle d’un individu de façon précoce.

Le praticien va d’abord s’assurer que le patient n’a pas de causes internes expliquant ses troubles : méningites, atteintes cérébrales ou viscérales (encéphaloses, problèmes de foie), glaucome.

Viennent ensuite les causes externes : environnement défavorable, mauvaises relations avec les humains, punitions inappropriées, mauvais apprentissages, mauvaise socialisation, etc.

La démarche clinique débute par un entretien libre avec le propriétaire (exploration du budget/temps, de la qualité de vie, de la capacité du propriétaire à comprendre les besoins de son animal, ses états émotionnels, à communiquer facilement. L’observation du propriétaire vis-à-vis de son chien en dit beaucoup sur sa relation avec lui. Le patient sera mis en situation et passera quelques tests factuels (face à des chiens démonstrateurs, de la nourriture) et on multipliera les contextes d’observation : relation avec les congénères, conflit sur la ressource, sortie en extérieur en longe, séparation avec les propriétaires. Il est important pour le praticien de distinguer le factuel du relaté, ce qu’il constate lui-même et la perception du propriétaire, afin d’analyser les facteurs intrinsèques et extrinsèques à l’origine du comportement gênant.

Viennent ensuite les explications des besoins éthologiques de l’animal et les recommandations qui peuvent être :

  • un aménagement de l’environnement physique

  • des dépenses physiques et mentales, enrichissement alimentaire et extérieur, chercher la nourriture

  • des aménagements sensoriels : olfactifs (huiles essentielles de lavande, camomille, menthe poivrée), auditifs (musique classique), visuels (jeux sur iPad, télévision), cognitifs (jouets éducatifs)

  • Une vie sociale !

  • Un travail avec les professionnels : nouveaux apprentissages en milieu contrôlé puis ouvert, modifications des comportements

  • S’adapter aux besoins de la race : pistage, agility, troupeau

En dernier recours, pour agir sur la qualité de la relation, il faut peut-être parfois agir sur l’humain et ainsi renvoyer vers un ou des intervenants spécialisés.

Le rôle de l’éthologie : comprendre le chien et ses émotions

Dans le contexte de la consultation, l’éthologie a pour rôle d’expliquer au propriétaire les émotions de son chien, ses réactions, prendre en compte la perception que les chiens ont des humains, quelles sont leurs capacités cognitives, afin d’améliorer la compréhension homme/chien et comprendre les besoins du chien. Le rôle de l’éthologue est d’expliquer au propriétaire à décoder les signaux négatifs de son chien, par exemple de stress ou de mal-être, pour les anticiper, les comprendre et adapter son propre comportement.

Comment détecter les émotions du chien ? Chez l’homme, cela se lit souvent de façon faciale, et c’est également le cas chez le chien. Un chien qui a peur présente une tension musculaire, une posture orientée vers l’arrière, la tête vers le bas, des oreilles en arrière, une queue abaissée, des yeux ouverts, une envie de fuite et de se cacher. Un chien stressé présentera un air fatigué ou « triste », des lèvres tirées, léchage de truffe, bâillements, patte avant levée, ébrouement, halètement. Les émotions positives sont souvent latéralisées. On pourra aussi évaluer la fréquence cardiaque, le taux de cortisol salivaire, ou utiliser la thermographie infra-rouge.

Quelle est la perception des humains par les chiens ?

  • les chiens reconnaissent les humains et leur propriétaire par le visage (Racca et al, 2010 ; Kerepesi et al, 2015.

  • ils reconnaissent les émotions humaines, discriminent la joie, la colère et s’adaptent (Muller et al, 2015 ; Albuquerque et al, 2016

Les chiens ont de réelles capacités à observer les humains, les reconnaître, adapter leur comportement en fonction des interactions précédentes :

  • ils sont capables d’analyser les comportements d’un humain interagissant avec un autre chien

  • capables d’interpréter la quantité d’une récompense (une personne qui récompense plus ou moins)

  • capables d’interpréter l’inégalité et l’injustice (lorsqu’une personne récompense mal à propos)

(Range et al, 2008 ; Horowitz, 2012)

  • ils adaptent leur comportement en interagissant moins avec des personnes injustes et moins généreuses

  • ils éprouvent la contagion émotionnelle et donc l’empathie : ils peuvent se mettre à la place d’un humain très proche, et s’adapter à son état émotionnel

Etre conscient de ces capacités permet de mieux comprendre, de favoriser les interaction positives pour avoir une relation de bonne qualité avec son chien. Le but ultime est de redonner confiance au propriétaire envers son chien, retrouver l’équilibre par une somme d’interactions. Il a été démontré que les animaux stressés devenaient pessimistes : devant une situation ambiguë, les animaux ne prennent plus le risque, la résignation est acquise et ils n’ont plus envie d’interagir. Ce fut prouvé chez les chevaux et moutons, le protocole est validé pour les chiens.

Le rôle de la psychologie

Les propriétaires consultent souvent en raison d’un problème plus large, mais le vétérinaire n’est pas formé à la psychologie humaine, ce qui peut être une limite puisque le rôle du propriétaire est très important. Le cadre de consultation est à ce titre semblable à celui de la pédopsychiatrie.

Les problèmes souvent rencontrés impliquant la responsabilité du propriétaire :

  • ignorance des besoins du chien comme espèce et comme race

  • l’amour ne suffit pas !

  • relation parent-enfant : parallèle évident entre des exigences trop importantes envers un enfant et parfois envers un jeune chien

  • difficultés à interpréter les états émotionnels du chien

On assiste à des projections et des représentations pour les propriétaires : image idéalisée, objet de substitution, etc. Dès lors, un questionnement de la responsabilité du propriétaire peut naturellement se poser, mais il n’est pas toujours en cause.

Le psychologue peut analyser l’état émotionnel du propriétaire : on adopte souvent un animal quand on a des problèmes psychologiques ou un moment de difficulté psychologique, car l’animal apporte des émotions positives. Beaucoup de propriétaires qui consultent sont eux mêmes en détresse psychologique, qui peut se répercuter sur la qualité de vie de l’animal, entraînant une moins bonne écoute des besoins de l’animal ainsi qu’un risque de contagion émotionnel avec l’animal

L’animal peut être nécessaire à l’humain. Mais il faut aider le propriétaire à comprendre que son chien est un être vivant, avec ses besoins, et son besoin de respect. Le psychologue apporte un cadre bienveillant et sans jugement, accompagne et tempère le discours du vétérinaire pour que les recommandations soient suivies et bien vécues. Il peut aussi orienter les propriétaires vers un psychologue si besoin.

*Chien de compagnie, quel boulot !

Jocelyne Porcher, chercheuse à l’INRA Montpellier

Le rapport entre les animaux et les humains s’est souvent exprimé, et s’exprime encore, dans une relation de travail. Les animaux présentent une réelle intelligence de leur travail. Ce ne sont plus des animaux naturels, ils ont leur monde, nous le nôtre, mais à l’interface des deux, il y a le travail. Les chiens ont été domestiqués depuis longtemps et sont omniprésents dans le monde humain, peut-être y appartiennent-ils encore plus qu’au monde animal.

Les animaux de compagnie exercent-ils un travail ? Les anthropologues font une opposition entre animaux de compagnie choyés et animaux d’élevage mal traités, mais elle peut être erronée. Un chien guide est un chien de travail et plus un chien de compagnie.

Qu’est-ce que le travail ? Le concept n’est pas défini en sociologie. Pour qu’il y ait travail, il faut une personne qui travaille, et c’est son rapport au travail qui intéresse. Il existe une centralité du travail dans la construction des individus, qui doit exister aussi chez les animaux. Elle construit leur identité et leur façon d’être, laissant une place prépondérante à la subjectivité. Ils ont une intelligence de leur action, et ne font pas n’importe quoi, ils font même plus que ce qu’on attend d’eux.

On peut estimer que la compagnie est un travail pour le chien. A ce titre, la place du chien comme compagnon est en train de changer : dans les grandes entreprises comme Google, Apple etc on laisse venir les chiens sur le lieu de travail, parce que c’est positif pour les employés (moins de stress, plus de convivialité…)

Qu’est-ce que tenir compagnie ? Ce rôle n’a pas changé depuis le 18ème siècle, il s’agit de passer du temps avec le maître. Etre présent, rechercher l’interaction, être aimable, c’est un travail, celui de ne rien faire, d’être un objet manipulable. Pour un individu actif et mobile, c’est un travail et un effort. Il doit s’adapter à ce rythme là et prendre sur lui.

Ce qui compte pour tous les animaux qui travaillent, c’est la question du temps de travail, qui est aussi intériorisé. Ils intègrent un timing à tous les moments de la journée : le travail de présence, d’attention et d’obéissance est intégré. Ce métier est approprié par le chien au fur et à mesure de l’avancée de sa relation avec le propriétaire, ce qui suppose une forte adaptabilité. La vraie liberté pour un chien de compagnie, en dehors de ses heures de travail, serait de pouvoir faire ce qu’il veut et de ne plus se maîtriser (amener son chien à la plage et le laisser faire ce qu’il veut). Reconnaître ce statut de travail pourrait apporter une réponse aux comportements difficiles, car même si tout cet investissement subjectif des animaux est difficile à quantifier, il semble naturel de leur accorder un espace de liberté… Ce sont les animaux qui travaillent le plus avec nous finalement, c’est un enjeu à prendre en compte dans leur éducation.

*A l’écoute !

Anne Sachsé

En étudiant la médecine et la physiologie du corps humain, j’ai commencé par les primates supérieurs qui m’ont beaucoup appris. Et, d’emblée dans ma pratique quotidienne, le corps a été considéré comme un élément fondamental du développement affectif et comme un fabuleux outil d’intégration dans les différentes étapes de croissance.

Je me suis passionnée pour ce que le comportement animal peut nous apprendre, pour les travaux de Konrad Lorenz. Les éthologues américains et tout particulièrement Marc Bekoff et son étude sur les émotions des animaux ont également retenus mon attention. J’ajouterais les recherches de Peter Levine sur le figement qui nous offre de nouvelles pistes pour guérir le traumatisme. Je suis aussi une adepte de toutes les questions concernant l’origine de l’homme et toute la recherche paléontologique.

Dans cette intention d’ouverture, j’aborderais différents points :

1°) La continuité de l’animal à l’homme

2°) l’incidence des états de stress et des souffrances psychiques du propriétaire sur l’état de santé de l’animal.

3°) La perte de l’animal et les différentes étapes du deuil :

4°) Proposition thérapeutique : induction par hypnose d’un retour à l’état de bien-être;

5°) L’apport de la médecine Ayurvédique : respect des lois physiologiques, prévention, prévalence d’attitudes calmes, tranquilles et contenantes dans la relation avec l’animal.

La question de l’anthropomorphisme

Au préalable, je souhaiterais faire une mise au point afin qu’à aucun moment de cette prise de parole vous ne puissiez penser qu’il s’agit d’anthromorphisme ou que l’analogie avec le couple mère-bébé soit possible. Oui il y a des analogies, mais le cerveau d’un chien n’est pas le même qu’un cerveau du petit homme. A chacun d’être subtil et de ne pas faire des amalgames et pour le prouver, nous pouvons relire ensemble mots pour mots la description de Lorenz de l’éclosion de sa petite oie ; Bien sûr qu’il emploie des termes communs affectueux que toutes les mères expriment, mais Lorenz se tient bien droit dans ses bottes pour ne jamais glisser dans les confusions. Cette  parole prend appui d’une part sur mon expérience clinique et mon écoute des récits des souffrances confiées par mes patients qui sont des êtres humains lors des séances de thérapie et d’autres part de l’observation  des interactions à l’œuvre dans la communication humaine et animale.

1°) La continuité de l’animal à l’homme

Il est bien évident que dans toute ma réflexion sur la relation homme animal, mon souci est de faire valoir à quel point l’homme s’enrichit quand il reconnait en lui sa condition de mammifère supérieur, l’animal a beaucoup de choses à nous apprendre sur nous-mêmes. Et quand l’homme accepte de quitter sa position  « supérieure  » et qu’il met lui aussi son bagage perceptif au service de l’animal, il devient gagnant sur toute la ligne même si de nombreux progrès restent à faire.

Quand le Docteur  Bedossa m’a demandé d’intervenir dans ce colloque la première chose qui m’est venue à l’ esprit est mon utilisation dans ma pratique de thérapeute de l’anecdote de Konrad Lorenz sur l’adoption de sa petite oie. « On peut me croire ! je ne projette nullement les qualités humaines dans l’animal. Je fais plutôt le contraire : je montre l’importance de l’héritage animal qui subsiste dans l’homme d’aujourd’hui » disait-il.

Chacun ici connaît cette histoire qui fut le fondement  de la notion d’Empreinte; Lors de mes études, ce récit m’avait beaucoup marqué et je ne sais pas combien de fois l’ai-je raconté lors de séances où la détresse de l’humain face à l’abandon et la séparation était si forte que seul le récit du grand éthologue  me venait à l’esprit.

Vous  pourriez  me demander pourquoi je  faisais un détour par l’Ethologie pour adoucir la souffrance humaine ? C’est en passant mon été à relire les récits du grand homme aux cheveux blancs que je compris ce que Lorenz  avait fait en adoptant son bébé oie. Je ne savais pas qu’en lisant une nouvelle fois ce récit je découvrirais en Lorenz toutes les qualités d’une bonne mère, attention, vigilance, anticipation, tendresse, émerveillement pour son petit. Et pourtant le grand maître autrichien ne savait pas non plus qu’en acceptant le premier regard soutenu du nouveau-né oisillon, sa vie allait changer.

Porté par son immense intérêt pour les oies cendrées, il prit le risque de répondre à ce regard et d’être irrémédiablement  identifié comme « mère Oie », ce qu’il nomma l’Empreinte.

Dans la journée ce rôle de mère fut assuré sans problème, mais la nuit, Lorenz apprit très vite à se plier à cette nouvelle exigence: répondre même dans son sommeil aux piaillements d’inquiétude du bébé afin d’assurer cette sécurité de base dont nous avons tous besoin pour vivre et grandir. Et Lorenz dira lui-même : « Je crois qu’aujourd’hui encore je répondrais ainsi dans le plus profond sommeil  si quelqu’un disait doucement prés de moi : vivivivivi  ». Et je n’évoque pas cela pour l’anecdote mais pour vous faire comprendre que le grand professeur avait intégré sa réponse de mère rassurante en profondeur dans sa physiologie. Que se passe-il pour l’oisillon qui reçoit cette réassurance? Toute son énergie peut se mettre  au service de sa croissance, sans déperdition d’aucune angoisse et construire peu à peu la prochaine étape de son autonomie.

2°-L’incidence de l’état de stress et de la souffrance psychique du propriétaire sur l’état de santé de l’animal, son compagnon

La relation de l’homme à l’animal est très complexe et très riche. Difficile de trouver les mots justes, qui pourraient décrire quelque chose de l’ordre de de l’accordage,  de l’osmose,  de la communion, de la fusion, de l’interaction, une sorte d’intrication physique et émotionnelle.

Il faut comprendre l’incroyable sensibilité du chien : avec une richesse de perception immense, face à la multiplicité des informations qu’il reçoit, l’animal est vite submergé et ne peut pas toujours gérer toutes ces nouvelles informations d’autant plus qu’en  ville, il n’est pas dans son milieu naturel. Donc spontanément il réagit avec un stress majeur d’adaptation en fonction de la peur générée par un environnement dont il ne maîtrise pas les données.

Quand tout va bien,  c’est-à-dire qu’il a retrouvé sa sécurité de base et est perçu par son maître comme un être vivant et respecté dans ses besoins fondamentaux, l’accordage avec le maître est fait d’une complicité indicible, l’ amour inconditionnel règne, chacun trouve sa place et la joie de vivre est présente.

Que se passe-t-il quand l’être humain souffre : comment l’animal peut-il gérer cet état? Il y a bien évidement plusieurs niveaux : en tout premier ce qui touche le plus l’animal, c’est qu’il ne retrouve plus chez son maître les repères bienveillants. Le maître est préoccupé, le chien est son dernier souci et l’animal perçoit une tension psychique et nerveuse dans laquelle il ne retrouve pas sa place. Si cette situation est exceptionnelle et brève, elle n’aura pas d’incidence particulière.

En revanche si la situation anxieuse persiste, peu à peu le chien va perdre sa situation de confort et peut réagir dans sa physiologie par des stratégies somatiques qui peuvent constituer peu à peu une pathologie

-Porosité et transmission de la tension nerveuse en direct sur l’animal en dehors de toute expression manifeste

-puis perception aiguë des changements même infimes du comportement du maître, gestes brusques, perte de l’attention, de l’égard, voix forte et agacée

Que se passe-t-il pour l’animal ? L’animal ressent et réagit dans sa physiologie : incompréhension et impuissance et va peu à peu s’imbiber de la. tension de son maître jusqu’à développer des pathologies. C’est cet espace inter-actionnel  que nous observons dans bon nombre de dysfonctionnements de l’animal quand le maître est submergé par sa propre souffrance.

3°) La perte de l’animal et les différentes étapes du deuil

La différence de longévité entre l’homme et le chien nous expose immanquablement à avoir à vivre le départ de l’animal. C’est toujours trop tôt car nous avons tendance à oublier cette donnée et à avoir la conviction que ce chien nous accompagnera tout au long de notre vie, ce qui n’est pas vrai.

Et quand cet évènement arrive, nous sommes très touchés. Le processus de deuil, du fait de notre condition d’être humain mortel, nous avons tous à le vivre un jour ou l’autre : perte d’un parent, d’un ami, accident, maladie,. Il s’agit d’un processus psychologique complexe qui s’effectue en plusieurs étapes : la première correspond à l’annonce de la mort et la réaction naturelle est d’en faire le déni. La seconde s’apparente à une réaction de colère, de sentiment d’injustice. Puis survient l’angoisse face à a précarité du monde et la tristesse qui ébauche l’évacuation des tensions de douleur, accompagnée souvent de larmes libératrices. C’est l’acceptation  qui marque le tournant et amorce la phase de remontée.

Pourtant le deuil est une étape naturelle de la vie. Il correspond à un processus complexe d’adaptation psychologique, face au choc que la personne vient de subir à l’annonce de la mort.

Qui n’a pas été touché en tant que thérapeute par le chagrin profond des maîtres. C’est toujours un moment difficile qu’il importe de partager avec le plus d’humanité possible. Outre l’accueil bienveillant et sans jugement : il faut prendre le temps d’observer sans rien dire. La souffrance générée par la mort d’un chien peut être extrêmement forte, voire provoquer une véritable dépression.

On peut penser que l’attachement au chien se compose de différents secteurs, la présence bien sûre, les horaires de sorties, les promenades, de repas, les retours à la maison où l’on anticipe le plaisir de voir son compagnon canin venir vous accueillir avec la même fougue, la même fraicheur qu’au premier jour. Tout cela tisse entre le maitre et l’animal une sorte de tissu commun émotionnel et physique très dense. Cette perte-là crée un grand vide. Et le travail de deuil est long.

Donc, dans le contexte d’un deuil :

  • en premier lieu : être à l’écoute des circonstances du départ, accueillir le récit, les émotions, les pleurs, avec une sincère empathie.

  • Commentaire compréhensif concernant la souffrance générée, laisser autant que possible raconter et parler du chien de son vivant et puis de son absence

  • Propositions thérapeutiques induction par hypnose : l’intention est de permettre un état de détente et de bien-être, relâchement du stress, ralentissement général, accession au plaisir d’être.

  • Au fond recréer l’osmose entre le maître et son compagnon.

*Statut du chien de service : réflexion et enjeux éthiques

Céline Louvet

Aujourd’hui, le chien de service est un être vivant programmé pour le bénéfice d’une personne vulnérable. Qu’en est-il de la considération de la situation dans laquelle il est placé : travail, souffrance, reconnaissance ? Quel symptôme de notre société cela met-il en avant ?

La programmation du chien guide

Le chiot est d’abord sélectionné. Depuis le décret de 2005, les chiens sont obligatoirement LOF, les élevages traçables, les chiens choisis sur des critères comportementaux et esthétiques, dont ils sont sortis à 8 semaines. Ils passent ensuite en famille d’accueil, qui leur enseigne l’éducation de base, les socialisent (vie en famille, apprentissage des ordres de base et de la propreté). On passe ensuite à l’éducation en centre (programmation aux attendus en fonction du handicap – chiens guides, d’assistance, écouteurs). La remise consiste à choisir le bon chien pour le bon bénéficiaire.
Les chiens réformés qui manifestent des pathologies ou des problèmes de comportement peuvent être proposés à l’adoption. Les chiens retraités retournent souvent en famille d’accueil. Leur vie est une situation de travail H24 durant des années, nécessitant hyper-vigilance, déplacements constants, hyper-adaptabilité.

Qu’en est-il de l’équilibre émotionnel d’un chien qui passe par des ruptures de situations de vie, avec en plus un conditionnement intensif ? Qu’en est-il de la responsabilité comprise par les bénéficiaires quand un chien leur est remis ? Quand considère t-on les conditions de vie et de travail du chien ? Dès qu’il est chiot, quand il est remis ou jamais ? Est-on conscient que l’on ne se préoccupe que du bien-être et non de la souffrance au travail du chien ? Quelle prise en compte des besoins éthologiques du chien ?

Le travail du chien de service

Reconnaître le travail animal implique de reconnaître l’existence des rapports sociaux entre l’homme et l’animal (comme avec les animaux d’élevage), de considérer la relation de travail entre les deux comme vivante, affective, collaborative, d’accepter de reconnaître une sensibilité, une subjectivité, un ressenti moral aux animaux, enfin de prendre en compte leur adaptabilité et leur capabilité.

Si l’on considère que l’animal travail, quelle est alors sa rétribution ? Quelle organisation du travail est mise en place ? Quelles conditions de travail lui sont offertes ? Quels repos, vacances, conditions de remplacement ?

Comment évalue-t-on sa souffrance à l’heure de l’explosion de la prise en considération des troubles psycho-sociaux chez l’homme ? Comment mesure t-on l’épuisement du chien ? Comment lui témoigne t-on de la reconnaissance ?

Quelques points de vue

Corinne Pelluchon, spécialiste de la question de la vulnérabilité et du soin, précise que le chien de service est un bien de consommation, que les personnes handicapées n’auraient sans doute pas eu de chien si elles n’étaient pas en situation de vulnérabilité. C’est un objet de satisfaction car il répond à un besoin d’autonomie. Le courant antispéciste redéfinit nos responsabilités face à tout être vivant non humain et questionne notre position d’agent moral qui vise à être vertueux. La question du bien-être animal reste ancrée dans une vision utilitariste et donne bonne conscience à l’humain.

Les vétérinaires n’hésitent pas à parler de « prothèse vivante » pour qualifier le chien d’assistance. Ils ont repéré des éléments physiologiques liés à l’activité : vieillissement prématuré, apathie repérée au bout d’une année de travail, problèmes au niveau des articulations, du dos et des hanches, problèmes endocriniens, baisse significative et précoce des fonctions sensorielles, altération des fonctions respiratoires et cardiaques.

Les besoins éthologiques (balades quotidiennes en liberté, contacts avec les congénères, avoir une vie de chien) ne sont pas pris en compte, pas plus que les besoins d’hygiène et de confort (bains, soins d’entretien). Dans l’organisation de son travail manquent des phases de repos clairement identifiées.

Une meilleure compensation des besoins du chien pourrait être proposée : financement des personnes pouvant effectuer la satisfaction des besoins éthologiques quand l’entourage de la personne handicapée ne peut le faire, financement des soins d’hygiène et de confort ; un suivi vétérinaire spécifique identique à la médecine du travail ; une reconnaissance du travail fourni par une meilleure prise en considération de cet aspect par les associations et les bénéficiaires qui doivent être davantage responsabilisés. Pourquoi ne pas envisager deux chiens, permettant ainsi une véritable alternance et un respect des conditions de travail ? Enfin à l’ère des robots domestiques, quel est l’avenir du chien de service ?

Les 10 points d’une éthique de la relation homme/chien

1. Se mettre à la place du chien et s’oublier

L’humain a toujours considéré le chien d’un point de vue anthropocentré, souvent comme une projection de ses propres envies ou une réponse à ses névroses. Moins d’égocentrisme, un regard plus empathique, et le chien redevient un individu à part entière, plus un objet.

2. Le respecter

Un chien n’a pas forcément besoin d’être habillé ou de danser pour être heureux avec nous. Il a avant tout besoin qu’on respecte sa nature de chien et qu’on lui permette de l’exprimer.

3. Comprendre sa nature

Le chien est un animal intelligent et sensible, comme nous à la recherche du plaisir. Toute adoption suppose donc de se renseigner sur le chien que l’on choisit, et d’évaluer si notre vie sera compatible avec celle qu’il doit avoir en tant qu’espèce et race.

4. Se débarrasser de ses idées reçues
La dominance, la vie en chenil, faire manger le chien après nous, le faire dormir dans son coin, un beau chien est un bon chien… Autant d’idées qu’il convient de jeter pour partir sur des bases saines ! Le comportement du chien est complexe et ses structures sociales nombreuses. Chaque chien est différent et ne rentrera pas dans des cases préétablies.

 

5. Apprendre à le lire et à l’écouter

Le comportement éthologique du chien est extrêmement riche et varié, mais pas toujours facile à décoder pour un maître débutant. Cela s’apprend ! Les vétérinaires comportementalistes, les éducateurs sont là pour aider à identifier les signaux, les interpréter, et ainsi éviter de commettre des erreurs.

6. Adapter son environnement à ses besoins

Un chien a besoin de courir, d’avoir des interactions avec ses congénères mais aussi avec de nombreux humains et d’autres espèces animales. C’est une espèce sociale, qui aime aussi explorer un territoire, mastiquer, se rouler dans la boue. Autant que possible, il faut satisfaire ses besoins.

7. Reconnaître son travail auprès de nous

La compagnie, c’est un travail, au même titre que de garder un troupeau ! Et tout travailleur mérite d’avoir du temps libre. Un chien qui n’a plus à se maîtriser quelques heures par jour est mieux dans ses pattes.

8. Maîtriser nos peurs et nos émotions

Tenir perpétuellement son chien en laisse de peur qu’il ne s’échappe, lui crier dessus parce qu’on manque de patience, le punir à mauvais escient, lui communiquer notre stress ou notre mal-être… Le chien nous comprend et nous ressent fortement, et ces éléments peuvent l’affecter. Un bon maître, si besoin, peut demander l’assistance d’un psychologue pour être mieux dans sa vie, et donc mieux avec son entourage, et son chien.

9. Progresser ensemble

Rien n’est irrémédiable. Rééduquer un chien demande de très grandes compétences, mais ce n’est pas impossible. Un maître conscient et impliqué dans le travail avec le vétérinaire et l’éducateur pourra améliorer sa relation avec son animal. Et si le blocage persiste, un placement réfléchi est une meilleure solution qu’une souffrance destructrice pour le chien et le maître.

10. L’aimer

L’amour ne suffit pas, mais il reste indispensable à une relation épanouie. C’est le ciment qui fait tenir tout l’édifice construit en suivant les 9 premiers points. Sans amour, il n’y a rien qui tient ! Et l’amour, c’est être à l’écoute de l’autre.

Les infections auriculaires

octobre 17th, 2016 | Redigé par admin in Infections auriculaires - (0 Comments)
© Eléonore H - Fotolia.com

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Les infections auriculaires sont très courantes chez les chiens, moins chez les chats. Elles ont toujours pour origine une otite (inflammation du conduit auditif). L’otite peut être externe, dans ce cas elle sera limitée au conduit auditif externe vertical et horizontal, ou bien elle peut être interne lorsqu’elle touche l’oreille moyenne. Dans ce cas, l’infection aura progressé au-delà de la membrane tympanique jusqu’à la bulle tympanique. Les otites internes sont extrêmement rares et correspondent à une inflammation touchant la cochlée ou les conduits semi­ circulaires. Tout comme les autres affections cutanées, les infections auriculaire sont généralement secondaires à une maladie sous-jacente.

Différents facteurs et maladies prédisposant au développement d’otites chez le chien.

*Facteurs prédisposants :

  • oreilles tombantes

  • conduit auditif étroit congénital

  • nombreux poils dans les conduits auditifs

  • production de cérumen excessive

  • bains trop fréquents

*Causes primaires :

  • corps étranger (ex : épillet)

  • infestation par Otodectes cynotis

  • modification transitoire de la flore

  • dermatite atopique

  • allergie alimentaire

  • polype ou tumeur dans le conduit auditif

  • intolérance à certains médicaments auriculaires

  • hypothyroïdie

  • affections séborrhéiques

  • hyperplasie des glandes cérumineuses

  • otite à démodécie

*Facteurs d’entretien :

  • infection bactérienne résistante (ex : Pseudomonas)

  • otite moyenne

  • sténose progressive du conduit auditif

  • fibrose du conduit auditif

  • calcification du conduit auditif

  • ostéomyélite de la bulle tympanique

Les causes sous­ jacentes d’une otite sont regroupées en trois groupes : les facteurs de prédisposition, les causes primaires et les facteurs d’entretien. Les facteurs de prédisposition sont de nature anatomique, physiologique, ou comportementale ; ils favorisent le développement de l’otite, mais ne sont pas nécessairement des facteurs déterminants. Les causes primaires sont des maladies spécifiques, dans lesquelles les otites font partie du tableau clinique. Les facteurs d’entretien correspondent à des modifications chroniques pathologiques qui rendront les otites récurrentes ou réfractaires aux traitements. Chez les chats, les deux principales causes d’otite sont les Otodectes et les masses situées dans le canal auriculaire (polypes et tumeurs).

Indépendamment de l’origine de l’otite, le conduit auditif est généralement infecté par des levures ou des bactéries. Au départ, il s’agit d’une multiplication de la flore commensale, avec notamment Staphycococcus intermedius, Streptocoçcus canis ou Malassezia pachydermatis. Avec leur multiplication, on verra également apparaître des bactéries gram négatives comme Escherichia Coli, Proteus spp. ou Pseudomonas aeruginosa, en particulier lorsque le traitement initié au début de l’otite était inadapté.

Anamnèse et signes cliniques

On observe typiquement du prurit, des signes de douleur, une inflammation du conduit auditif,une odeur désagréable, un écoulement et l’animal secoue la tête. Les symptômes d’une otite moyenne sont les mêmes que ceux d’une otite externe; cependant, ils sont généralement plus persistants et récurrents, et peuvent conduire à une paralysie faciale. Bien que les otites internes soient rares, elles peuvent entrainer une surdité et un syndrome vestibulaire (tête penchée, nystagmus, ataxie). On interrogera en détail le propriétaire et on réalisera un examen dermatologique complet afin de détecter des signes d’une affection sous­-jacente. Par exemple, lorsque le chien se met brusquement à secouer la tête, l’hypothèse du corps étranger est la plus probable, alors qu’une apparition progressive du prurit est plus caractéristique d’une allergie.

Techniques diagnostiques spécifiques

Il existe deux techniques particulières à réaliser dès que l’on suspecte une otite : un examen otoscopique et une analyse cytologique de l’écoulement. L’examen otoscopique permettra de mettre en évidence un éventuel corps étranger, la présence d’acariens, l’aspect des conduits auditifs horizontaux et verticaux, l’aspect et l’intégrité de la membrane tympanique et de caractériser la nature de l’écoulement. Lorsqu’une seule oreille est touchée, le clinicien examinera en premier celle qui est saine. Il évitera ainsi de propager l’infection à l’oreille saine et gardera l’examen inconfortable pour la fin. Il peut arriver que le conduit soit trop douloureux, enflé, ou rempli de sécrétions au point qu’il soit difficile de réaliser un examen otoscopique complet. Il conviendra alors soit de sédater le chien, soit de l’anesthésier pour examiner correctement son oreille, ou encore de démarrer un traitement pour l’examiner à nouveau quelques jours plus tard. Le choix de la marche à suivre dépendra de la sévérité de l’atteinte, et du degré de suspicion des autres hypothèses diagnostiques. Tôt ou tard, il sera de toute façon indispensable de réaliser un examen otoscopique complet.

On effectuera une analyse cytologique de l’exsudat lors de la première visite ainsi que lors des visites de suivi. Cet examen est toujours réalisable, même lorsque l’oreille est trop douloureuse pour qu’il soit possible d’effectuer un examen complet. Il permet de déterminer rapidement la nature des agents infectieux en cause (coques, bacilles ou Malassezia). Lorsqu’on trouve des coques ou Malassezia, il est possible de démarrer un traitement empirique, car leur profil de sensibilité est assez facilement prévisible. En revanche, si l’on rencontre des bacilles, il est recommandé de faire une culture bactérienne afin d’obtenir un antibiogramme permettant d’adapter l’antibiothérapie. En effet, la résistance aux antibiotiques est beaucoup plus fréquente chez les bactéries Gram négatives. On recommande aussi d’en faire une lorsque le traitement se révèle inefficace.

Lorsqu’on est limité par le temps, plusieurs stratégies existent afin de faciliter l’introduction des examens cytologiques dans la clinique :

  • Apprendre à une auxiliaire spécialisée vétérinaire comment colorer et examiner les lames pendant que le client patiente

  • Garder le chien à la clinique quelques heures afin d’examiner la lame lorsqu’on en a le temps

  • Mettre de côté le prélèvement pour l’examiner plus tard. Dans l’hypothèse où il faudrait réaliser une culture bactérienne parce que des bacilles sont présents, on collectera également un échantillon stérile. On recommande moins cette méthode car le choix du traitement doit être de préférence prescrit à la lumière de l’examen cytologique. Idéalement, il faudrait que le client attente les résultats de l’analyse pour démarrer le traitement.

En plus de diagnostiquer et traiter l’infection en elle­- même, le clinicien doit essayer de déterminer l’affection sous-jacente. Ceci est particulièrement vrai chez les animaux souffrant d’otites récurrentes. Si le vétérinaire n’effectue pas cette démarche, l’otite risque de devenir chronique ou réfractaire.

Quel traitement ?

Certaines otites surviennent sans raison identifiable et peuvent être soignées en un seul traitement. Ces cas sont susceptibles d’être causés par des modifications passagères de l’écosystème dans le conduit auditif induites par des changements de température, d’humidité ou de la population microbienne. Cependant, si l’infection revient quelques jours ou quelques semaines plus tard, on recherchera une cause sous-jacente afin de la traiter pour éviter qu’elle ne devienne chronique.

Les infections limitées aux canaux verticaux et horizontaux pourront être traitées avec des gouttes auriculaires disponibles dans le commerce contenant diverses associations d’antibiotiques, antifongiques et corticoïdes. Les cliniciens choisiront les médicaments en fonction des organismes mis en évidence par la cytologie ou après culture et antibiogramme. Traiter des otites sans savoir quel est le type d’organisme présent favorise le développement d’antibiorésistances. Pour les infections n’impliquant que des coques, les antibiotiques de choix sont l’acide fusidique ou la polymyxine B. Lorsqu’il y a des bacilles, les options possibles (en attendant les résultats de la culture et de l’antibiogramme) sont la néomycine, la framycétine, la polymyxine B, la gentamicine ou la marbofloxacine, bien que ces deux dernières molécules aient le plus large spectre d’activité contre les bactéries gram-négatives. Il est possible de choisir l’un de ces antibiotiques avant réception des résultats de la culture, mais il faudra parfois en changer selon les résultats de l’antibiogramme. Si la membrane tympanique s’est rompue, ou si son intégrité ne peut être déterminée, on évitera de prescrire de la gentamicine car elle est la plus ototoxique. Les autres agents topiques peuvent généralement être utilisés en toute sécurité, mais les cliniciens doivent être conscients que tout médicament peut se révéler ototoxique, et il faudra envisager de référer si un doute persiste.

Lorsque seules des Malassezia sont présentes, la résistance n’est pas un problème, et toutes les molécules antifongiques disponibles dans le commerce sous forme de gouttes auriculaires sont susceptibles d’être efficaces, comme le miconazole, le clotrimazole ou la nystatine. Il est donc préférable de choisir des gouttes ne contenant pas d’antibiotiques de dernière génération si un antifongique efficace est disponible. Ainsi, on évitera les produits contenant de la gentamicine ou de la marbofloxacine en association avec des molécules antifongiques, car ils sont très utiles pour traiter les infections à bactéries Gram négatives, et leur utilisation irraisonnée peut favoriser le développement de résistances, en particulier si seules des Malassezia sont présentes.

La présence de corticoïdes dans les gouttes est intéressante pour réduire l’inflammation et la douleur ; le type de corticoïde ne semble pas être important et n’est pas pris en compte dans le choix du traitement. Lorsque le conduit auditif est extrêmement sténosé, un traitement court à base de corticoïdes systémiques peut s’avérer efficace pour réduire l’inflammation et rétablir la lumière du conduit. Les solutions auriculaires contenant des céruménolytiques et des agents asséchants peuvent également être bénéfiques pour la gestion des otites. Ces produits sont particulièrement utiles lorsque le conduit auditif est très cérumineux ou trop sale pour permettre aux gouttes antibiotiques de pénétrer, ou encore dans la gestion à long terme des otites chroniques cérumineuses.

Les animaux traités pour une otite doivent être ré­examinés après 5-7 jours de traitement afin d’assurer un suivi clinique. Ceci est important car les clients ne sont pas en mesure d’évaluer si l’infection a bien été traitée dans le canal horizontal. On recommande d’effectuer des examens cytologiques réguliers afin de surveiller l’évolution de la nature des micro-organismes présents, car il n’est pas rare qu’il soit nécessaire de modifier le traitement. Si l’infection n’a pas totalement disparu,on poursuivra le traitement. Si la nature de l’otite a changé (ex : micro-organisme différent), le traitement doit être modifié.

Si une cause sous-jacente est identifiée, il faut la prendre en compte et la traiter. Une mauvaise aération et une humidité accrue, associées à des facteurs de prédisposition nécessiteront d’effectuer des nettoyages réguliers des oreilles et éventuellement d’épiler les poils. Si ces mesures sont insuffisantes, et que le clinicien n’est pas certain de leur implication dans le processus pathologique, un traitement chirurgical du conduit auditif par résection de la paroi latérale ou ablation du canal vertical peut être bénéfique.

Les causes primaires nécessitent un traitement spécifique : retrait des épillets et autres corps étrangers, traitement des acariens, retrait des polypes ou des tumeurs. Cependant, si l’origine est allergique, le traitement sera long, tout comme la gestion de la composante cutanée. Une intervention chirurgicale n’est pas indiquée pour le traitement des causes primaires, sauf s’il faut retirer une tumeur.

Les facteurs d’entretien sont parfois les plus difficiles à traiter car ils peuvent rendre l’infection récurrente ou chronique. Si les facteurs d’entretien ne sont pas traités, le canal auditif peut finir par être définitivement et irréversiblement endommagé. Si les démarches diagnostiques et thérapeutiques décrites ci-dessus sont bien suivies, il est généralement possible d’éviter que ne se développent des facteurs d’entretien. Une fois qu’ils sont installés en revanche, il sera nécessaire de réaliser une intervention médicale et/ou chirurgicale assez complexe pour les traiter.

Technique standard de nettoyage des oreilles

Afin d’augmenter les chances de réussite du traitement, on montrera aux propriétaires comment nettoyer correctement les oreilles de leur animal. On inonde le conduit de nettoyant auriculaire tout en tenant fermement le pavillon. Ensuite, il faut masser les cartilages des conduits horizontaux et verticaux. Il faut ensuite montrer aux propriétaires comment masser la partie profonde du conduit afin que le nettoyage soit efficace. Lorsqu’il est bien effectué, on entendra un bruit caractéristique de succion. Le chien peut ensuite secouer la tête pour éliminer une bonne partie du produit. On retirera doucement le surplus avec une compresse légèrement humide ou un morceau de coton. Il est préférable d’éviter d’utiliser des cotons-tiges car ils repoussent les débris au fond du conduit. Les propriétaires devront bien examiner la compresse pour voir ce qu’elle a ressorti de l’oreille. Cette étape est très importante lorsque les nettoyages sont effectués à long terme, car elle permet de déterminer la fréquence des nettoyages nécessaire. Ces nettoyages pourront n’être effectués que temporairement, afin d’augmenter l’efficacité du traitement de l’infection. En revanche, s’ils sont poursuivis à long terme, l’aspect de la compresse après le nettoyage permet de déterminer à quelle fréquence les renouveler. Si la compresse est très sale, on renouvellera le nettoyage des oreilles le lendemain. Si elle ressort complètement propre, le nettoyage pourra être espacé à un jour sur deux. Si la compresse reste propre lors des nettoyages suivants, on espacera à deux fois par semaine, et on pourra parfois réduire à une seule fois. Lorsque la compresse redevient sale, il faut augmenter à nouveau la fréquence des nettoyages.

Que faire si son état ne s’améliore pas ?

Il y a deux issues que le propriétaire peut considérer comme des « échecs ». Il est d’abord possible que l’infection initiale régresse, mais elle peut récidiver. Il est alors presque sûr que le clinicien est passé à côté d’une infection sous-jacente. Tant qu’elle n’aura pas été identifiée, le problème ne sera jamais complètement résolu. Sinon, il est possible que l’infection ne réponde pas au traitement mis en place initialement. Cette situation est généralement due à la présence de germes résistants tels que Pseudomonas aeruginosa. On réalisera alors une culture associée à un antibiogramme afin d’utiliser un antibiotique approprié.

Si l’origine est établie de façon certaine et qu’elle est traitable (corps étranger, acariens, modification de la flore suite à de nombreux bains), la gestion de l’infection ne devrait pas impliquer de frais importants. Les coûts supplémentaires qu’engendreront les examens cytologiques seront largement compensés par le risque que représente la mise en place d’un traitement inadapté, pouvant conduire à la sélection de bactéries résistantes. Les otites nécessitant un traitement chirurgical (tumeur dans le conduit auditif) ou associées à des affections à vie (allergies) reviendront inévitablement plus cher à traiter. La facture deviendra très élevée lorsque des facteurs d’entretien s’installent, tels que des infections à Pseudomonas résistants, une otite moyenne ou un autre processus irréversible. Il est la plupart du temps possible d’éviter cet écueil en initiant rapidement un traitement adapté dès la première visite.

La distension abdominale

août 26th, 2016 | Redigé par admin in Distension abdominale - (0 Comments)
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La distension abdominale peut être un motif de consulta­tion ou être remarquée par le clinicien au cours d’un exa­men clinique. Elle peut être due à l’accumulation de gaz, de liquide, à une augmentation de taille d’un organe ou à une combinaison de ces éléments. Certains propriétaires auront l’impression que leur animal a pris du poids, sans remarquer qu’une distension abdominale progressive peut être associée à un amaigrissement du reste du corps et à une fonte musculaire, particulièrement marquée sur le dos et la croupe.

Principaux diagnostics différentiels

  • Dilatation-torsion gastrique

  • Gestation ou pyomètre

  • Globe vésical (chats surtout)

  • Accumulation de liquide (ascite)

– Transsudat – hypoprotéinémie, hypertension por­tale préhépatique

– Transsudat modifié – affection hépatique, tumeur, affection péricardique, insuffisance cardiaque congestive droite, PIF (chats)

– Exsudat – péritonite, PIF (chats)

– Autre liquide – bile, sang,urine, chyle

  • Augmentation de taille d’un organe : en particulier, les affections infiltrantes et cancéreuses du foie ou de la rate

  • Syndrome de Cushing : rassemble une hépatomégalie, une faiblesse musculaire et une redistribution de la graisse (abdomen pléthorique)

Approche diagnostique

Lors d’une atteinte aiguë, on essaiera d’évaluer s’il faut mettre en place un traitement d’urgence ou non. Par exemple, les patients souffrant d’une obstruction vésicale ou d’une dilatation-torsion de l’estomac devront être pris en charge rapidement. Si l’atteinte est chronique, on prendra soin de recueillir une anamnèse complète en s’attardant surtout au passé reproducteur des chiennes non stérilisées. On réalisera aussi un examen clinique complet. Il est possible de palper un organe hypertrophié, mais il est souvent difficile d’identifier avec certitude duquel il s’agit. La présence d’un épanchement peut être révélée par un signe du flot positif. Une fois sa présence identifiée, on recherchera la présence d’un reflux hépato-jugulaire. Pour ce faire, un assistant exerce une pression ferme et continue sur le foie, ce qui provoque une augmentation du retour veineux vers l’atrium droit ; si la pression atriale droite était déjà élevée à cause d’une atteinte péricardique ou d’une insuffisance cardiaque droite, l’atrium droit n’arrivera pas à évacuer le surplus de sang et on pourra observer une distension jugulaire. Ce test est facile à réaliser,bien qu’il ne soit pas très sensible. On retiendra qu’il ne faut pas éliminer trop vite une affection péricardique ou une affection du cœur droit comme origine de l’ascite.

Lorsqu’on suspecte fortement la présence de liquide dans l’abdomen, on pratiquera une abdominocentèse et on enverra le prélèvement pour faire une analyse cy­tologique, biochimique (dont les protéines totales, l’al­bumine et d’autres paramètres énoncés plus haut), ain­si qu’éventuellement une culture avec antibiogramme. Il est intéressant de faire également une analyse bio­ chimique du sérum afin de comparer les résultats, ainsi que pour identifier une hypoalbuminémie sévère (va­leur en général < 15 g/L), pouvant être à l’origine de la formation d’un transsudat. La présence dans l’épanche­ment de granulocytes neutrophiles toxiques avec des inclusions bactériennes intracellulaires, associée à une glycémie basse et une lactatémie augmentée, orientera vers une péritonite septique nécessitant une chirurgie d’urgence. Dans le cas d’un uropéritoine, la concentration en créatinine de l’épanchement sera supérieure à celle du sérum. De même lors d’une pancréatite, les concentrations en amylase et lipase seront supérieures dans le hquide par rapport au sérum; et lors d’une péritonite biliaire, la concentration de la bilirubine sera supérieure dans le liquide d’épanchement. On pourra mieux cerner la chronicité et la sévérité d’une hémorragie chez les patients ayant un hémoabdomen grâce à la mesure de !’hématocrite et des protéines totales. On pourra réaliser ces analyses avec la majorité des analyseurs disponibles en clinique.

Une échographie permettra de confirmer la présence de liquide. Elle pourra aussi révéler une hypertrophie d’un organe, un pyomètre ou une gestation. Si on identifie une organomégalie, il est possible d’envisager de faire une biopsie. L’échographie permet aussi de vérifier qu’il n’y a pas d’épanchement pleural concomitant ; la mise en évidence d’une effusion bi­-cavitaire restreint les hypothèses diagnostiques à une hypoprotéinémie, une insuffisance cardiaque droite, une tumeur ou la PIF (chats). On l’utilisera également pour diagnostiquer une affection péricardique ou une insuffisance cardiaque droite.

Une radiographie peut aider à identifier les lésions grossières, mais ne présente qu’un intérêt limité lors de la présence de fluide à cause de la perte de contraste qu’il induit. On pourra cependant identifier un épanchement pleural ou une cardiomégalie grâce à des clichés radiographiques.

Traitement

La prise en charge initiale dépend de l’origine de la distension abdominale. Une dilatation-torsion de l’estomac, une obstruction vésicale, un uroabdomen, une péritonite septique ou un pyomètre sont des urgences. Les patients souffrant d’une hémorragie abdominale aiguë nécessiteront également une prise en charge en urgence afin de les perfuser, de poser un bandage abdominal compressif, et éventuellement d’envisager une chirurgie. Lors d’effusion péricardique, il faudra parfois réaliser une péricardiocentèse en urgence, selon la sévérité de la tamponnade cardiaque.

L’évolution des autres causes de distension abdominale est en général plus lente. La prise en charge initiale visera à établir un diagnostic pour traiter la maladie de façon adéquate. Il arrive lors d’ascite sévère qu’une ponction thérapeutique de suffisamment de liquide soulage l’animal en attendant les résultats des analyses. Lors d’hémoabdomen en revanche, il ne faut pas ponctionner, car ceci peut faire empirer l’hémorragie et empêche la réabsorption de l’hémoglobine et des protéines. Il ne faut pas répéter les drainages trop souvent au risque d’épuiser les réserves protéiques de l’animal.

Si l’état ne s’améliore pas ?

Un traitement ne sera efficace que si l’origine de la maladie a été déterminée. Si le diagnostic n’est pas certain, il faut réexaminer l’animal, se pencher à nouveau sur les résultats des analyses, et faire de nouveaux examens complémentaires si nécessaire.

Excepté lors d’une gestation, les affections responsables d’un épanchement engendreront des frais assez élevés. Elles sont toutes susceptibles de nécessiter des soins d’urgence, une chirurgie ou une gestion médicale conséquente. Il faut essayer d’estimer le pronostic pour en informer le propriétaire avant de se lancer dans des analyses ou une chirurgie poussée. Pour les cas chroniques, il faudra procéder par étape, en réalisant d’abord une échographie complète (ou une abdominocentèse suivie d’une analyse du liquide s’il y en a) pour tenter d’aboutir à un diagnostic. Bien que des radiographies puissent donner quelques renseignements, elles nécessitent souvent une sédation, et l’échographie permettra d’établir un diagnostic plus facilement.

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Le FHV (Feline herpes virus 1) est une cause fréquente d’infections oculaires chez les chats. Cependant, les médicaments pouvant les soigner doivent être appliqués plusieurs fois par jour, et leur efficacité est contestée. Un nouveau modèle espère changer les choses sur ce point.

Les chercheurs du Baker Institute for Animal Health de l’école vétérinaire de Cornell ont développé un modèle de test de ces médicaments. Les premiers résultats ont permis d’identifier un nouveau médicament qui devrait bientôt passer les tests cliniques. Cette étude a été publiée en juin dans le Journal of General Virology.

Les chercheurs ont rempli la cornée de chats décédés d’autres causes que des maladies oculaires avec de l’agarose, qui permet à la cornée de garder sa forme en dôme. Ils ont ensuite inoculé le virus à certaines cornées et pas à d’autres. Enfin, ils ont testé l’efficacité de deux traitements communément utilisés pour le traitement des infections oculaires dérivées du FHV : du cidofovir et de l’acyclovir, qui semble prometteur lorsqu’il est administré fréquemment.

Ces deux traitements faisaient disparaître l’infection lorsqu’ils étaient appliqués toutes les 12 heures, mais il semblerait que le cidofovir soit plus efficace.

Par ailleurs, les chercheurs ont utilisé ce modèle afin d’identifier d’autres traitements potentiels contre ces infections. Le raltegravir, utilisé chez les humains comme traitement contre le VIH, n’avair par exemple jamais été expérimenté chez les chats. Il semblerait très efficace, même avec une seule application toutes les 24 heures.

(Source : Newstat, 25 juillet)

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Pour les vétérinaires qui souhaitent diminuer le stress de leurs petits patients, la réponse peut être juste sous leur nez… ou leurs yeux, oreilles, bouche, bref corps ! En effet, selon les auteurs du livre Canine Medical Massage : techniques and clinical applications, les vétérinaires pourraient, en manipulant les animaux de façon simple et en stimulant leurs cinq sens, réduire efficacement le stress environnemental qui les atteint souvent.

Vue : réduire la quantité de lumières fluorescentes et autres lumières, connues pour interrompre le rythme circadien naturel du corps. Minimiser les bruits offensifs et, si possible, éliminer les patients des zones à fort passage et activité incessante.

Ouïe : parce que la musique modulant les fonctions cardiaques et neurologiques, ne pas hésiter à diffuser de la musique dans les salles de consultation et la salle d’attente. La musique classique et les rythmes lents réduisent particulièrement le stress, facilitent le sommeil, et réduisent la douleur.

Odorat : mettre un diffuseur d’odeurs dans les salles de repos et les salles d’attente. Les phéromones, les fleurs de camomille, de lavande, et l’air frais réduisent l’anxiété. Au moins, il faut tâcher de minimiser les odeurs désagréables telles que la fumée de cigarette et de produits de nettoyage concentrés.

Goût : s’assurer que les patients reçoivent une alimentation bien équilibrée de haute qualité pour assurer les fonctions corporelles sans stress. De plus, s’assurer les gencives de patients sont en bonne santé, et qu’ils reçoivent des probiotiques et des fibres adéquates pour assurer une digestion facile.

Corps / Touché : masser les patients, les brosser ou les peigner réduit leur stress. Si possible, ajouter l’exercice, ou les laisser se reposer au soleil lors d’une journée douce, ou près d’une source d’air frais s’il fait plus chaud. Et jamais sous-estimer la valeur de la compagnie de l’humain !

En plus de réduire le stress, le massage médical canin et la thérapie des tissus mous ont été particulièrement efficaces sur de nombreuses conditions cliniques, y compris la dysplasie de la hanche, l’arthrose et l’épilepsie, notent les auteurs. Leur ouvrage contient ces conseils et de nombreux autres, ainsi que des séquences de massage et les conditions précises pour que le massage soit le plus efficace possible.

Livre en vente à cette adresse : https://www.aaha.org/professional/store/product_detail.aspx?code=CNMDM&title=canine_medical_massage_techniques_and_clinical_applications#gsc.tab=0